Bâti sur un terrain de plus de trois hectares, à Mougins, le mas Notre-Dame de Vie dispose d’une vue imprenable sur le massif montagneux de l’Estérel et la baie de Cannes, mais souffre d’un environnement quelque peu bruyant et d’une servitude pour le passage des promeneurs. Pablo Picasso y a passé les dernières années de sa vie. Valery Hache/AFP
Le mas de Picasso à Mougins, au sud de la France sur la Côte d'Azur, dans lequel le célèbre peintre a passé les dernières années de sa vie, a été adjugé, hier, pour un peu plus de 20 millions d'euros à un homme d'affaires néo-zélandais au cours d'une vente aux enchères devant un tribunal à Grasse.
Dans un premier temps, en juin, la mise à prix avait été fixée à 18,360 millions d'euros, avant que Rayo Withanage, un investisseur néo-zélandais d'origine sri lankaise, ne fasse une surenchère de 10 % dans les 10 jours, portant la mise à prix à 20,196 millions d'euros. Hier matin, aucun autre enchérisseur ne s'étant présenté au tribunal, c'est donc cet homme d'affaires, à la tête de la société d'investissements immobiliers BMB Group, fondée en 2004 avec un prince du riche sultanat pétrolier de Brunei, qui a été adjudicataire du bien.
Le feuilleton à rebondissements de cette vente singulière n'est toutefois peut-être pas terminé, car l'acquéreur a maintenant deux mois pour trouver les fonds nécessaires à son achat. « Rayo Withanage est propriétaire à compter de ce jour, mais il doit encore payer le prix dans les deux mois », confirme Me Van Rolleghem, l'avocat de la banque néerlandaise Achmea Bank, créancier de l'ex-propriétaire des lieux, un particulier néerlandais défaillant. « Depuis un an, nous étions en discussion avec lui, il essaye de s'organiser pour l'acquérir, mais sans réussir à réunir la somme, espérons qu'il va y arriver dans la dernière ligne droite », a ajouté Me Van Rolleghem. L'ex-propriétaire défaillant, qui avait fait l'acquisition du bien pour 12 millions d'euros auprès d'une héritière de Picasso, Catherine Hutin-Blay, en 2007, avait engagé pour 10 millions d'euros de travaux. « Je suis déçu, il y avait eu des visites, des gens qui avaient promis de venir enchérir, mais personne n'est venu, alors que c'est un bien qui vaut au minimum 30 millions d'euros », a déploré Me Van Rolleghem.
Le mas Notre-Dame de Vie dispose d'une vue imprenable sur le massif montagneux de l'Estérel et la baie de Cannes, mais souffre d'un environnement quelque peu bruyant et d'une servitude pour le passage des promeneurs. Il est composé de diverses habitations, pour un total de 1 700 m2 habitables, sur un terrain de plus de trois hectares, avec pool house, piscine, tennis, maison de gardiens et annexes diverses. Dans l'entourage du nouvel acquéreur, on indique ne pas savoir ce que le nouveau propriétaire va faire de ce bien, alors qu'un projet immobilier a été évoqué sur la base de la construction, avant même la vente, d'une nouvelle dalle de 600 m2. « Une dalle a bien été posée, mais cela ne préjuge en rien de ce qui va être fait, cela peut servir à n'importe quoi », a-t-on assuré de même source.
Avant Picasso, Churchill...
La propriété de Mougins avait été acquise en 1961 par le maître espagnol, qui y est décédé 12 ans plus tard, le 8 avril 1973. Après sa mort, sa dernière épouse, Jacqueline Roque, vécut dans la maison jusqu'à son suicide en 1986. C'est sa fille, Catherine Hutin-Blay, née d'un premier mariage, qui avait hérité de la demeure avant de la vendre donc. Avant Pablo Picasso, cette maison a appartenu à la famille Guinness, et Winston Churchill y séjournait régulièrement lors de ses vacances. L'habitation principale, frugale du temps de Picasso, date du XVIIIe siècle et a été profondément restaurée. Des baies vitrées ont été ajoutées pour faire entrer davantage de lumière. Ainsi, le particulier néerlandais qui l'avait rachetée à Catherine Hutin-Blay l'avait rebaptisée L'Antre du minotaure, l'avait agrandie et dotée de nombreux aménagements sophistiqués – piscine, ascenseur, climatisation, spa, garages, tennis – avant que ses difficultés financières ne mettent un terme aux travaux. « De la période Picasso, la seule pièce originale est l'atelier qui porte des traces de taches de peinture laissées par le peintre, mais la propriété ne contient aucune œuvre », indique l'agence immobilière Michaël Zingraf.
Source : AFP

