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Diaspora

Mgr Jonas Abib, un pilier de l’Église catholique au Brésil

Interview

Le fondateur d'une communauté appelée « Nouvelle Chanson » visite pour la première fois le pays de ses ancêtres, à 80 ans.

03/10/2017

Sa paroisse, située à 30 kilomètres du site de « Nossa Senhora Aparecida », à mi-chemin entre São Paulo et Rio de Janeiro, accueille toutes les semaines des dizaines de milliers de fidèles qui viennent s'y recueillir. Rien de surprenant puisque Mgr Jonas Abib est le fondateur de la communauté « Canção Nova » (Nouvelle Chanson), dédiée à la diffusion médiatique de la foi chrétienne au Brésil et dans le monde.
Cette communauté a été créée en 1978, suivant les grandes lignes du Renouveau charismatique catholique. Son siège occupe une superficie de 372 000 mètres carrés dans la cité de Cachoeira Paulista et opère un système de radio et de télévision à longue portée, étendu à des pays comme le Paraguay, le Portugal, la France et l'Italie.
Pour sa première visite au Liban, à l'âge de 80 ans, Mgr Jonas Abib a été longuement ovationné dimanche par les centaines de fidèles assistant à l'intronisation de Nossa Senhora Aparecida à Harissa, le 1er octobre. Il nous révèle en exclusivité son histoire passionnante.

Le dur labeur et la foi en héritage
À la question de savoir pourquoi il a tant attendu pour visiter son pays d'origine, Mgr Abib souligne n'avoir pas pu s'y rendre plus tôt faute d'opportunité. « Mgr Edgar Madi (évêque maronite du Brésil) m'y encourageait continuellement, et me voici au Liban, grâce à Dieu, poursuit-il. Je compte visiter pour la première fois des membres de ma famille qui se trouvent à Beyrouth, et que j'ai pu retrouver grâce au patriarcat. Mon arrière-grand-père s'appelait Georges Atallah Merhej, il possédait de grandes plantations d'oliviers. »
Que signifie ce voyage pour lui ? « Le Liban est la terre de mes racines, je suis très fier d'être libanais, parce que mon arrière-grand-père était un homme très travailleur, affirme Mgr Abib. C'est mon grand-père qui a émigré au Brésil où il s'est marié et a eu dix fils. Il avait hérité l'amour du travail de son père : il louait une petite terre avec des buissons, il en extrayait du bois pour divers usages, et tous ses fils l'aidaient. L'éducation qu'il a donnée à ses enfants était celle du dur labeur. »
Il est resté à Mgr Abib une image précise et marquante de ce grand-père. « Tous les week-ends, mon grand-père restait assis au bas d'un arbre, priant et chantant, avec beaucoup de dévotion, se souvient-il. Cette foi a beaucoup touché l'enfant que j'étais. Le Liban, ce sont mes racines, je suis heureux d'être descendant de Libanais. Au Brésil, c'est par leur dur labeur que les Libanais ont connu la prospérité, après être arrivés sur ce territoire sans rien. »
En tant que fondateur de « Canção Nova », Mgr Abib a réussi à convaincre un groupe de jeunes Brésiliens de quitter leur maison, leur famille, leur travail, leurs études, pour vivre et travailler en communauté. C'est ainsi que « Canção Nova » s'est développée. « Nous avons créé des programmes de radio, raconte-t-il. João Saad, également d'origine libanaise, fondateur du groupe de communication Bandeirantes, nous a aidé à acheter une radio, et puis après une télévision. »
Et d'ajouter : « Aujourd'hui, plus de 1 200 personnes se sont consacrées à Dieu à mes côtés. Elles vivent pour ce travail, et sont éparpillées dans beaucoup d'endroits au Brésil et dans le monde. Ce fut une heureuse coïncidence que la date de mon voyage coïncide avec l'arrivée de la statue de Nossa Senhora Aparecida. »

Deux peuples de foi
Pour le prélat, cette visite revêt un sens particulier. « Le Liban est un pays qui a beaucoup lutté, dit-il. Les deux peuples libanais et brésilien sont des peuples de foi, et l'intronisation de cette Vierge très vénérée au Brésil est une grande rencontre entre les deux. »
Que ressent-on, au Brésil, lorsqu'on prend connaissance des persécutions contre les chrétiens d'Orient ? « Nous éprouvons une grande douleur du fait des événements qui ont eu lieu dans cette région, dit-il. Un peuple qui souffre à tant de reprises a besoin d'émigrer afin de vivre et, de ce fait, il affronte beaucoup de difficultés en vue de survivre, avec ses enfants. Le Liban a justement été un pays qui a reçu beaucoup de réfugiés qui sont nos frères. »
Mgr Abib appelle « le peuple libanais à poursuivre sur la même voie, avec cette force, cette vigueur et cette foi qui le caractérisent, afin qu'il puisse transmettre sa propre foi à de nombreux pays de ce monde ». L'évêque souhaite aussi que le Brésil « continue de recevoir la contribution des Libanais dans sa vie nationale », estimant que « cette relation entre nos deux pays se perfectionne de plus en plus, et bénéficie aux deux peuples ».

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