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Moyen Orient et Monde - Diplomatie

Quand la marge de manœuvre de Pékin se rétrécit...

Le président chinois, Xi Jinping, le 23 février. Fred Dufour/Pool/AFP

La Chine, principal soutien de Pyongyang, reste en retrait face à l'escalade verbale entre la Corée du Nord et les États-Unis, renvoyant volontiers dos à dos les deux pays alors même que ses propres marges de manœuvre s'avèrent réduites.
En pleine « guerre des mots » avec le régime de Kim Jong-un, auquel il a promis « le feu et la colère », le président américain Donald Trump a de nouveau pointé jeudi la responsabilité de Pékin. En réaction, la Chine a de nouveau appelé hier « toutes les parties » à « faire preuve de prudence ».

Quelle stratégie ?
Pékin défend la reprise des négociations à Six (les deux Corée, Japon, Russie, Chine et États-Unis) interrompues depuis 2009. « La Chine pourrait présider ces discussions et conforter son influence » dans la région en jouant un rôle de médiateur, décrypte le politologue Willy Lam basé à Hong Kong.
Dans l'immédiat, cependant, Pékin s'efforce de ne pas intervenir dans l'escalade verbale entre la Maison-Blanche et le régime nord-coréen, estimant que c'est à Pyongyang et Washington seuls d'« agir plus activement » pour désamorcer « les tensions ». « Nous appelons toutes les parties à faire preuve de prudence dans leurs mots et actions (...)
et à renforcer la confiance entre eux, plutôt que de recourir à de vieilles recettes consistant à enchaîner les démonstrations de force », a cinglé hier la diplomatie chinoise.
Le Chine prône par ailleurs un double « moratoire » : l'arrêt simultané des essais nucléaires et balistiques nord-coréens, d'une part, et celui des manœuvres militaires conjointes des États-Unis et de la Corée du Sud, d'autre part. Mais ni le président américain ni le régime de Kim Jong-un, emportés dans une rhétorique incendiaire, ne semblent prêts à engager ce « dialogue » souhaité par Pékin. « Un dialogue sensé n'est pas possible avec un gars comme (M.
Trump) qui a perdu la raison », a tranché le général Rak-gyom, commandant des forces balistiques nord-coréennes, cité hier par l'agence officielle KCNA. De son côté, loin de chercher l'apaisement, Donald Trump a affirmé hier que « des solutions militaires (étaient) en place » contre Pyongyang.

Quelles options ?
« La Chine ne dispose d'aucun levier effectif pour initier une désescalade de la situation, si à la fois Trump et le régime de Kim (Jong-un) continuent d'agir de façon impulsive », observe Xu Guoqi, expert en relations internationales à l'Université de Hong Kong.
Dans un éditorial, le quotidien officiel chinois Global Times arrivait hier au même constat : « Pékin n'est pas en mesure, cette fois-ci, de ramener au calme Washington et Pyongyang ». L'occupant de la Maison-Blanche voit les choses différemment : la Chine, principal partenaire économique de Pyongyang, peut « faire beaucoup plus » pour mettre la pression sur son turbulent voisin, a tonné Donald
Trump hier.
Pour autant, la Chine, membre permanent du Conseil de sécurité de l'ONU, a approuvé samedi une septième volée de sanctions économiques internationales contre la Corée du Nord, et a promis lundi d'appliquer ces sanctions « à 100 % ». Mais les experts restent dubitatifs sur l'efficacité des sanctions. Et la Chine, destinataire de 90 % des exportations nord-coréennes, maintient qu'elle n'interrompra pas les échanges constituant une aide « à visée humanitaire ». De l'avis des experts, pour encourager Pékin à réduire drastiquement cette « aide », « il faudrait que les États-Unis fassent d'importantes concessions, par exemple sur le déploiement de leur bouclier antimissiles Thaad, les différends commerciaux ou la mer de Chine méridionale », indique M. Lam.

La Chine défendra-t-elle Pyongyang ?
Huit ans après la fin de la guerre de Corée, Pékin et Pyongyang avaient conclu un « traité d'amitié, de coopération et d'assistance mutuelle », mais les experts s'interrogent sur l'application exacte des clauses de ce pacte en cas de conflit. On dit la Chine inquiète d'un effondrement du régime nord-coréen, qui se traduirait par des afflux de réfugiés sur son territoire, et hostile à tout rapprochement des forces américaines à ses frontières.
Mais tout dépendra de qui débutera une intervention militaire, affirmait hier le Global Times. « Si la Corée du Nord envoie des missiles menaçant le sol américain en premier lieu et que les États-Unis réagissent, la Chine restera neutre », assurait le journal. Mais si Washington et Séoul frappent les premiers « et tentent de renverser le régime nord-coréen et l'équilibre politique de la péninsule, alors la Chine les en empêchera ».
Yanan WANG/AFP

La Chine, principal soutien de Pyongyang, reste en retrait face à l'escalade verbale entre la Corée du Nord et les États-Unis, renvoyant volontiers dos à dos les deux pays alors même que ses propres marges de manœuvre s'avèrent réduites.En pleine « guerre des mots » avec le régime de Kim Jong-un, auquel il a promis « le feu et la colère », le président américain Donald Trump a...
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