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Culture - Sélection

Neuf lectures de plage à la page

Illustration Ivan Debs

Se prélasser mollement sur une serviette, bercé par le doux clapotis de l'eau, et plonger, les yeux en premier, dans ces morceaux choisis. Il a été prouvé (ou pas) que la lecture à la plage rend plus bronzé(e).

Sarkozy à Sainte-Hélène / Patrick Besson

Farniente estival oui, mais avec la culture pour un cocktail rafraîchissant. Pas un roman-fleuve, pas un récit crayeux, pas un essai soporifique, pas une biographie poignante, mais un recueil de nouvelles amusantes et à l'esprit mordant. Et on nomme Sarkozy à Sainte-Hélène de Patrick Besson (Gallimard). Que l'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'un ouvrage historique. La comparaison napoléonienne pour Sarkozy s'arrête sans doute à la taille, pas davantage... Un recueil où l'on parle de tout. En termes vifs, acides et ironiques. Pas plus de trois pages pour chaque portrait où, de Nabila aux migrants en passant par Lacan ou Charlot, la société contemporaine est joliment épinglée. Dans toute sa vanité et ses travers humains. Dans le style piqué d'humour et de moquerie du brillant chroniqueur au magazine hebdomadaire Le Point.
Sans trémolos ou fanfare, un ouvrage critique qui se marie avec les canicules pour un moment intelligent et délassant.

E.D.

Le Français qui possédait l'Amérique / Pierre Ménard

La série Versailles a remis au goût du jour le règne de Louis XIV. Se concentrant sur la cour et ses personnages hauts en couleur, elle ne parle pourtant pas d'Antoine Crozat, qui était, à l'époque, l'un des hommes les plus puissants du monde. D'extraction moyenne, Crozat va gravir les échelons du pouvoir financier au point d'être le rouage essentiel du Roi-Soleil. À coups de magouilles, de manipulations, de sang-froid et surtout de beaucoup de talent, Crozat va accumuler jusqu'à l'équivalent de 300 milliards de dollars actuels, six fois plus que Bill Gates. Écrit de manière assez légère, Le Français qui possédait l'Amérique de Pierre Ménard (Cherche Midi) se lit facilement et, tout en restant très instructif, regorge aussi d'anecdotes. Où l'on apprend que le fondateur de la ville de Detroit s'appelait Lamothe-Cadillac, que l'hôtel du Ritz a été construit justement par et pour Antoine Crozat, et que c'est sa fille qui a construit l'actuel palais de l'Élysée.

O.G.D.

Petites morts à Beyrouth / Youssef Germanos

Nous sommes en 2058. Observer le passé est désormais possible grâce à la rétrovision. Un livre oublié dans un train à la gare de Lyon va changer la vie de Christian et le mener à ce phénomène saisissant. Ignorant son pays d'origine, le Libanais installé au Canada va découvrir le passé, ses ancêtres et une ville fascinante, Beyrouth, en arrière-fond. Depuis Paris, à travers des écrans d'ordinateur, il entame son voyage d'observation, auquel est convié le lecteur. Ce dernier, voyeur, observe la famille de Christian et regarde, impuissant, un Beyrouth festif plonger dans l'horreur de la guerre.
Récit cinématographique où plusieurs histoires et intrigues se télescopent, dont celle que Christian ne peut pas observer, la sienne : son étrange relation avec Ilona et l'émouvante recherche autour de son père..
Garni de nostalgie, d'émotion et de surprises, Petites morts à Beyrouth (Tamyras) est une quête personnelle et touchante d'un adulte en manque de réponses, de racines, d'identité. Un visionnage et un témoignage de l'histoire d'un peuple et « de son rapport à la vie et à la mort », dixit Youssef Germanos, auteur de ce bouquin-mémoire.

C.L.

Qu'est-ce qu'on attend pour vivre mieux ? / Dr Jean-Michel Cohen

« Encore un livre qui va nous rabâcher qu'il faudrait manger light, arrêter de fumer et faire du sport. Comme lecture d'été, on pourrait trouver mieux ! » ricaneront certains. Et ils n'auront pas tout à fait tort. Sauf que c'est souvent à l'orée des vacances, et à l'épreuve du maillot de bain, qu'on constate les dégâts causés par une mauvaise hygiène de vie. Et que l'on prend la décision de tenter d'y remédier. Dans ces moments-là, un ouvrage comme Qu'est-ce qu'on attend pour vivre mieux? (éditions First) à portée de main peut s'avérer bénéfique. Car, d'une part, on a du temps pour s'y plonger tranquillement. Et d'autre part, les conseils qui y sont prodigués par le docteur Cohen sont facilement applicables et pleins de bon sens. À titre d'exemple, dans le chapitre concernant la nutrition, l'auteur prône un rééquilibrage tout en douceur. Avec l'introduction graduelle de bons aliments (fruits, légumes, etc.) dans vos portions quotidiennes. Sans pour autant bannir ceux que vous aimez. Voilà donc une bonne nouvelle ! Et un livre de préceptes que ne boudera pas votre plaisir.

Z.Z.

Conversations avec un enfant curieux / Michel Tremblay

Qui se souvient de son enfance? De la curiosité qui chatouillait chacun? Et des questions posées en rafales aux parents et à l'entourage et qui demeuraient parfois sans réponses ? Michel Tremblay, auteur québécois d'un nombre considérable de pièces de théâtre, de romans, de comédies musicales et même d'un scénario de film, fait revivre dans Conversations avec un enfant curieux (Leméa/Actes Sud) ces instantanés d'enfance, de 6 à 10 ans, où il épuisait ses parents jusqu'à ce qu'il obtienne gain de cause. Ce récit pétillant écrit en forme dialoguée, et souvent en joual (dialecte du Québec), retrace l'enfance du petit Tremblay à Montréal dans les années 50, à l'époque où il vivait avec trois familles. Tout y passe : les mystères de la Sainte Trinité, le dentier du père, la mort de la maman de Bambi, même le troisième secret de Fatima. L'auteur de Bonbons assortis offre à lire de nouvelles chroniques savoureuses à déguster.

C.K.

Nu dans un bocal à poissons / Mohammad Saïd

3aryan fi hawd el-samak (Nu dans un bocal à poissons) est le premier opus, publié aux éditions Naufal Hachette/Antoine, de Mohammad Saïd. Né dans l'antique ville syrienne de Manbij, en 1978, le jeune écrivain à l'œil de lynx (l'ouvrage en témoigne) s'est fait remarquer en publiant ses récits sur sa page Facebook. Un talent indéniable de conteur qu'il met à profit dans ces pages (que l'on dévore) où il se raconte, s'expose, comme un poisson nu dans un bocal, dans un arabe facile et imagé à la fois. Sans tourner autour du pot, un extrait traduit par l'éditeur :
« Le jour où je suis né, Najib Srour est mort dans un asile de fous, et Monica Bellucci n'était encore que mannequin de mode. Et ma mère, comme à son habitude, ramassait du bois et allumait un feu sous son tannour pour nous faire du pain. Plusieurs fois j'ai vu le père Noël à la télé. Je l'ai attendu longtemps dans les nuits froides, mais il n'est pas venu. Je lui en ai voulu à mort, et j'ai souhaité que les moukhabarate l'emprisonnent pour avoir démoralisé la nation arabe. »

M.G.H.

La tristesse des éléphants / Jodi Picoult

Quand une adolescente décide de partir sur les traces de sa mère disparue, cela embarque le lecteur dans une histoire très noire, surprenante et tristement humaine. Jodi Picoult, célèbre romancière américaine, compte à son actif plus de vingt romans depuis 1990, dont plusieurs best-sellers. La tristesse des éléphants (Actes Sud) relate l'aventure de Jenna, petite fille de 13 ans abandonnée à l'âge de 3 ans par sa mère, Alice, une scientifique qui étudiait le rituel du deuil chez les éléphants. D'abord, on aime Jenna, et par procuration Alice, ensuite on aime l'équipe dont Jenna s'entoure pour dénouer le mystère : Serenity, une voyante extralucide qui se prétend en contact avec l'au-delà, et Virgil, l'inspecteur passablement alcoolique qui avait suivi et enterré l'affaire à l'époque, et, enfin, on aime les éléphants.
Un très beau chant, triste et surprenant, sur l'amour des mères, l'amour tout court, l'amitié et tout ce qui nous réchauffe un peu face à la mort, au deuil et à la perte.

D.M.

Cortex / Ann Scott

En plein centre de Los Angeles, le Dolby Theater accueille chaque année la cérémonie des oscars. En termes de chiffres, cela équivaut à 3 000 invités, 300 cameramen, 1 800 mètres carrés de tapis rouge et tout autant de rêves pailletés qui se déploient dans un imaginaire a priori sans limites. Et surtout sans menaces. Sauf que dans Cortex (éd. Stock), une bombe explose après le photocall, soit en direct sous les yeux de 30 millions de téléspectateurs. En des visions apocalyptiques esquissées avec vigueur et malice, la romancière n'épargne aucune des idoles du red carpet. Elle imagine Meryl Streep empalée, Brad Pitt décapité ou Al Pacino démembré, chose qui, au cœur de la folie furieuse de notre époque, ne semble pas inconcevable. Mais le réel coup de force de Cortex, qui se balance habilement entre roman, reportage et ode au cinéma américain, c'est qu'il transmue les tentures de velours pourpre des oscars en un rideau de cendre grise, nous poussant à nous interroger sur la célébrité et son utopie aigre-douce, cette machine à fantasmes, a priori inatteignable, mais qu'Ann Scott envoie en fumée.

G.K.

The Djinns Fall in Love... / Plusieurs auteurs

Imaginez un monde grouillant de créatures de l'ombre qui se faufilent dans nos rêves et sous nos épidermes. Curieuses, elles entendent tout et voient tout autour d'elles (frissons...). Tantôt monstres, tantôt victimes, elles peuvent également apparaître sous les traits d'un ami d'enfance (re-frissons...). Ce sont les djinns, maléfiques et pernicieux pour certains, bienfaisants et serviables pour d'autres. Les voilà aujourd'hui peuplant ce délicieux recueil de petites histoires écrites (ou traduites) en anglais par plus d'une douzaine d'auteurs de toutes les nationalités : The Djinns Fall in Love and other stories (Solaris). Où l'on apprend que les djinns peuvent se trouver au coin de chaque rue, derrière le volant d'un taxi, parmi un chœur d'enfants, et entre les pages d'un livre. Ces créatures invisibles ou polymorphes sont présentes dans toutes les cultures, dans toutes les religions. Quel que soit le nom qu'on leur donne, pas un pays qui n'ait pas ses histoires de génies. Ce sont les djinns. Ils sont parmi nous.

M.G.H.

Se prélasser mollement sur une serviette, bercé par le doux clapotis de l'eau, et plonger, les yeux en premier, dans ces morceaux choisis. Il a été prouvé (ou pas) que la lecture à la plage rend plus bronzé(e).

Sarkozy à Sainte-Hélène / Patrick Besson
Farniente estival oui, mais avec la culture pour un cocktail rafraîchissant. Pas un roman-fleuve, pas un récit crayeux, pas un essai soporifique, pas une biographie poignante, mais un recueil de nouvelles amusantes et à l'esprit mordant. Et on nomme Sarkozy à Sainte-Hélène de Patrick Besson (Gallimard). Que l'on ne s'y trompe pas : il ne s'agit pas d'un ouvrage historique. La comparaison napoléonienne pour Sarkozy s'arrête sans doute à la taille, pas davantage... Un recueil où l'on parle de tout. En termes vifs, acides et ironiques. Pas plus de trois pages pour...
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