À mon très cher ami Labib,
Il n'est pas aisé de parler d'un ami qui n'est plus. Il est difficile de parler d'un ami au passé. Nous aurions souhaité que le passé fût encore présent et que le présent dure et se perpétue. Mais est venu l'arrachement pénible avec son lot de tristesse, pour laisser la place au passé et au souvenir, le bon et beau souvenir. Et c'est seulement avec le souvenir de Labib que nous vivrons.
« Ce qui compte dans la vie, ce ne sont pas les années qu'il y a eu dans la vie, c'est la vie qu'il y a eu dans les années » – Abraham Lincoln. Figure de proue, Labib a été un médecin hors pair. Nombre d'entre nous le connaissent fort bien, d'autres ne garderont de lui que le souvenir d'avoir été de ses étudiants.
Labib a introduit une nouvelle conception de la médecine dès son intégration au corps médical au Liban en 1975, à l'hôpital du Sacré-Cœur. L'hôpital encore de petite envergure, il a travaillé, avec ses confrères, d'arrache-pied pour donner une nouvelle dimension à notre institution. Le médecin moderne « de l'époque » prenait sa place, chez nous. Je me souviens du premier service d'endoscopie, de la manométrie, des quatre lits de soins intensifs confinés au premier étage de l'ancien bâtiment. Actif, sa journée commençait tôt le matin, pour finir tard dans la soirée, visite et contre-visite, toujours entouré de son lot d'externes, internes et de résidents. Je me souviens aussi de ses prouesses quand il disait : la gastroscopie avec moi, c'est exactement 3 minutes « in and out ». Au fil des années, Labib s'imposait pour devenir le médecin incontournable de l'institution.
La faculté des sciences médicales de l'Université libanaise était à son tout début. Il y a intégré le corps professoral et a donné une autre dimension à l'enseignement, à l'échelle du pays. Labib a formé de nombreuses générations de médecins toutes universités confondues au point où de nombreux confrères ont bénéficié de ses larges connaissances et de son vaste savoir-faire médical.
Tour à tour, il a rempli de nombreuses fonctions au sein du comité médical. Inlassable, Labib a brillé dans sa carrière pendant plus de 40 ans.
Réservé, distingué, affable, courtois, intègre, doté d'un sens raffiné de l'humour, il incarnait la noblesse de l'homme et la noblesse « perdue » de la médecine. Son souvenir restera incrusté très fort en nous – son souvenir restera incrusté dans tous les locaux et les services qu'il a fréquentés à chaque moment.
« Le souvenir est la présence invisible de la personne » – Victor Hugo.
Nayla, Tina, Patou... Labib n'est plus. Il faudra faire sans lui, mais juste avec son souvenir – c'est l'âpre et dure réalité de la vie. Mais ma consolation est venue d'un commentaire, à l'annonce de son décès, d'une religieuse qui le chérissait et qui dit : « La mort n'existe pas, le Dr Abouchahine vit en Dieu, de là où il est venu. »
Adieu Labib, tu laisses un grand vide.
Dr Alexandre CHEAIB