Un manifestant du mouvement populaire, le « hirak » (la mouvance), qui secoue la région du Rif dans la ville d’al-Hoceïma au Maroc. Photo prise le 27 mai. Fadel Senna/AFP
En cavale depuis deux jours, le leader de la contestation populaire dans le nord du Maroc, Nasser Zefzafi, a été arrêté hier après avoir défié l'État pendant plus de six mois. Nasser Zefzafi a été interpellé au petit matin « en compagnie d'autres individus » et transféré dans la foulée à Casablanca, selon le parquet d'al-Hoceïma (Nord), qui n'a pas précisé les circonstances exactes de l'arrestation.
M. Zefzafi était recherché depuis vendredi soir par la justice pour avoir interrompu le prêche d'un imam à la mosquée Mohammad V, la principale de la ville d'al-Hoceïma. Il était accusé d'avoir « insulté le prédicateur », « prononcé un discours provocateur » et « semé le trouble ». Il fait désormais, avec les personnes qui l'accompagnaient au moment de son arrestation, l'objet d'une enquête pour « atteinte à la sécurité intérieure de l'État et d'autres actes constituant des crimes en vertu de la loi », a précisé le procureur.
Ce chômeur de 39 ans était devenu ces derniers mois le visage du mouvement populaire, le « hirak » (la mouvance), qui secoue la région du Rif où la mort en octobre 2016 d'un vendeur de poissons, broyé accidentellement dans une benne à ordures, avait suscité l'indignation.
Au fil des mois, la contestation, menée par un petit groupe d'activistes locaux derrière Zefzafi, a pris une tournure plus sociale et politique, pour exiger le développement du Rif – marginalisé selon eux – dans un discours identitaire teinté de conservatisme et de références islamiques. Dans ses harangues enflammées diffusées sur Facebook, Zefzafi n'a eu de cesse de s'en prendre au pouvoir, dénonçant la « dictature », « la corruption » ou encore la « répression » de « l'État policier ». Il tenait ainsi d'innombrables « conférences de presse » en direct sur les réseaux sociaux, dans les rues de sa ville ou depuis le salon familial, sous les couleurs du drapeau rouge et blanc de l'éphémère république du Rif des années 1920 et le portrait de son fondateur Abdelkarim el-Khattabi, vainqueur du colonisateur espagnol. Très populaire – en particulier parmi les jeunes – dans sa ville natale d'al-Hoceïma, où il est parvenu à mobiliser des milliers de manifestants, il était aussi l'objet de critiques pour ses surenchères, ses propos parfois très violents et la manière dont il a écarté plusieurs partisans du mouvement.
En réponse à la contestation, l'État – à grand renfort de visites ministérielles et annonces officielles – avait relancé ces dernières semaines tout un catalogue de projets de développement pour la région, érigée en « priorité stratégique », tout en disant vouloir « favoriser la culture du dialogue ».
Familles sans nouvelles
Pour l'Association marocaine des droits humains, en revanche, c'est « l'insistance » de l'imam « à mobiliser les fidèles contre les manifestations » qui « a suscité l'ire des militants du hirak » présents. Zefzafi a pu échapper à des policiers venus l'interpeller à la sortie de la mosquée, avant de se réfugier au domicile familial et de disparaître dans la nature, diffusant au passage une vidéo dans laquelle il a appelé la population à « marcher à ses côtés » de façon « pacifique ».
La police a procédé depuis lors à 22 arrestations, visant essentiellement le noyau dur du « hirak », selon un décompte officiel. Un avocat a fait état de 70 interpellations. Vendredi et samedi, des heurts nocturnes avaient opposé manifestants et policiers à al-Hoceïma, et dans d'autres localités de la province, comme Imzouren. Les policiers sont intervenus en force pour éteindre ces foyers de contestation. Des sit-in de « solidarité » ont été par ailleurs organisés dimanche soir dans plusieurs villes du pays, et notamment à Nador (Nord), où la presse a fait état de l'arrestation d'un journaliste algérien du journal el-Watan.
Source : AFP

