Culture

Portes ouvertes sur l’art coréen contemporain

Exposition

Huit artistes de Corée du Sud pour trente œuvres entre installations, sculptures, plexiglas, pigments naturels et papier travaillé à la galerie Opéra.

20/03/2017

Un riche kaléidoscope de créations qui attestent de la vigueur, de l'audace, du sens de la rénovation, de l'inépuisable énergie de l'inspiration en Asie et notamment en Corée du Sud. Mélange chatoyant et magnétique d'un pays aux concepts américanisés, soutenu par une culture ancestrale qui a su évoluer, gardé par des traditions chamaniques et porté par une vision taoïste d'une nature exceptionnellement belle.
Trente œuvres qui portent l'empreinte d'un dynamisme certain et d'un sens remarquable de la transition entre les styles, les époques, les expressions, les techniques.

Une promenade impromptue entre ces noms d'artiste (le public libanais est peu familier avec ces sonorités, pourtant reconnues dans leur pays d'origine et pour la plupart déjà aux cimaises de certains musées européens), ces paysages, ces corps, ces dires picturaux qui changent de virage sans crier gare mais gardent ferme comme pierre un esprit de cohérence, de cohésion et de révélation d'un médusant savoir-faire, adroit et singulier.

On ouvre la ronde avec les installations en charbon et fils de nylon de Bahk Seon-ghi. Installations aérées, légères comme des plumes, défiant temps et gravité dans un saisissant déploiement suspendu dans l'air. Les charbons deviennent une ruche délicate et transparente comme pour un rituel ou cérémonial religieux qui n'attend qu'un souffle de vent pour tinter, entamer un cycle de prières psalmodiées, vibrer ou bruire en toute harmonieuse douceur...

Né du hasard d'un bol de soupe renversé sur la nappe, l'œuvre cinétique de Chae Sung-pil est fille des circonstances qui créent une étincelle. Telles ces toiles aux couleurs venues du ventre de la terre avec pigments naturels (limon, perles pulvérisées) associées à des liants qui donnent un ondoiement, des zébrures, un mouvement hallucinant de beauté et de surprises visuelles. Par un geste de la main guidant la peinture coulée comme un métal précieux pour être revivifié, fixé et pétrifié...

Les arbres sur plexiglas, avec couches de polycarbonate et lumière Led de Son Bong-chae sont une narration inédite. Les sakuras, ces arbres proches des pins parasols, sont une radieuse romance bleutée avec des branches qui s'épanouissent en ombrelles au moindre toucher du vent. De même que ce gigantesque arbre décharné, se profilant en silhouettes fantomatiques doubles ou triples, a toutes les allures d'un cortex aux capillaires en myriade de ramifications. Comme un secret et compact réseau de nerfs... Mais il est intitulé Migrants. Par-delà tout symbolisme, poésie et notion de prolifération, un péremptoire rappel à la réalité...

Boutons pour robes de poupée

Et l'on s'arrête devant les œuvres d'une minutie à couper le souffle de Suh Jeong-min. Petits bouts de papier hanji, utilisés pour la calligraphie, ils sont coupés, (en)roulés, dextrement enduits de couleurs. Avec de la glu de riz, ils deviennent les incarnations les plus improbables. Cela va d'une rosace à une prairie, avec une densité, un mouvement ondulatoire et une ahurissante mouvance dans les lignes. Serrés comme des brindilles ou de minuscules boîtes d'allumettes, selon qu'ils soient taillés horizontalement ou verticalement, ils reconstituent et suggèrent des univers touffus, vivants, exubérants. Comme cet œil d'une tornade ou d'un cyclone, intitulé Volonté divine. Si fulgurant qu'on en reste tout simplement coi. Par tant de minutie, de précision, de finesse, d'élégance, de virtuosité manuelle, manipulatoire et de force insoupçonnable. Une dentelle ou une vannerie bien particulière, bien autrement enchanteresse !
Dans le même sillage et le même papier « hanji », mais avec un sens des couleurs plus accentué, Kim Ilhwa, en faisant des boulettes telles les graines nourricières de la terre, érige une narration volubile et foisonnante pour témoigner des interactions de l'espace et de l'environnement. Agglutinés, groupés, sertis, capitonnés, serrés comme des boutons lilliputiens, ces papiers ont ici du relief, créent vallonnement et zone creuse, en une multitude de couleurs vibrantes telle une vaporeuse toile impressionniste. Bluffant est l'effet...

Avec Ran Hwang, état de méditation zen bouddhiste sur fond d'une grande rondelle de plexiglas. Avec un maillet, l'artiste martèle des épingles sur des boutons aussi petits que pour des robes de poupée. Boutons qui se superposent en cuirasse avec parfois de petites pierres luisantes collées telle la peau en écaille d'un dragon qui traverse l'installation. Cerisier en fleurs ? Mappemonde extravagante pour une nouvelle lune ? Nul ne peut trancher la question pour cette féerie visuelle dégageant une curieuse musicalité tissée de sérénité et de spiritualité...

Avant de conclure, et on n'a pas tout dit, car il y a aussi les pailles en trompe-œil de bouches pulpeuses de Hong Sang-sik, ainsi que des dessins aux confins des mangas, on revient à Seo Youg-deojk, dont le masque en chaînes de vélo a fasciné les Beyrouthins qui regardaient depuis longtemps les vitrines des lieux. On retrouve à nouveau ses sculptures argentées en chaînes stainless cette fois. Personnage nu à la tête posée sur ses genoux repliés, comme pour mieux se soustraire au vacarme, à toute agression, au consumérisme, au monde. Et, par-delà toute angoisse et inquiétude, briser les chaînes, se rebeller contre la course à la montre, à la vanité et la dictature des modes. Et revenir à ce que dictent le cœur, la voix intérieure, la dépossession et l'état de nature aujourd'hui si cruellement voué aux gémonies... Que l'on ne l'oublie pas, l'art, jamais anodin ou inoffensif, lié au passé, enfant du présent et tendant vers le futur, est toujours une invitation à se libérer et transcender la réalité.

*L'exposition Light and Shadows (Lumière et ombres) des huit artistes coréens à la galerie Opéra (rue Foch au centre-ville) se poursuivra jusqu'au 1er avril 2017, avec sans doute une prolongation.

 

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