Culture

« J’avais envie de croquer cet arc-en-ciel avec mes dents... »

Peinture

Michel Maaiki expose en solo pour la première fois ses toiles éclaboussées de couleurs, comme autant d'histoires...

17/02/2017

Michel Maaiki est d'abord un homme de lettres : il privilégie le E pour l'écriture, le C pour la curiosité, le S pour le savoir et la séduction, le L pour la liberté et le H pour l'humour. Animé depuis tout jeune d'une curiosité jamais épuisée, il est de la trempe des hommes qui ont le feu intérieur. À l'ombre des vignes suspendues sur la terrasse de son grand-père, il s'étendait sur des tapis de paille, les yeux grands ouverts pour chasser les météorites. Quarante ans plus tard, elles atterrissent dans ses toiles.
Petit, orateur précoce, quand le professeur à l'école venait enseigner la diction, il raconte amusé : « Je m'emparais de la chaire à son départ et, singeant l'instituteur, je m'adressais à un parterre d'adolescents ravis. La nécessité de parler m'animait déjà. J'ai grandi dans les livres et la culture s'est imposée à moi comme une évidence. »
Après des études de droit et de sciences politiques et économiques à l'Université libanaise, il rejoint le ministère de la Culture et, parallèlement, Télé-Liban (pour une trentaine d'années). Il innove en créant la page culturelle au sein du journal télévisé. Plus tard, face à un choix entre deux métiers, il abandonne le ministère, persévère à Télé-Liban et accepte un poste d'enseignant à l'USJ où, avec le soutien du doyen de l'époque, René Chamussy, il instaure le département Info Com. Mû par la nécessité de toujours faire entendre sa voix et porter le message culturel encore plus haut, il publie des textes pour an-Nahar, al-Anwar, al-Hasna', ou encore pour le quotidien as-Safir où la politique internationale est au cœur du débat. Le parcours aurait pu s'arrêter là, mais Michel Maaiki est insatiable.

Le verre de whisky
Il y a quelques années, il rejoint à nouveau le ministère de la Culture en tant que conseiller de Rony Arayji. Entre discours revus et approuvés, projets ambitieux (tel l'ouverture au public de la salle des sarcophages, avec le financement de l'État italien, au Musée national, et l'exposition au sein de l'aéroport de Beyrouth de pièces muséales, sans oublier l'instauration du prix du meilleur roman), il répond à sa passion et au souhait d'un ministre qui a beaucoup œuvré pour la culture et qui avait trouvé en Michel Maaiki un alter ego.
Le mandat terminé, il quitte non sans regrets et rêves en gestation une position qu'il avait bien méritée, mais qui lui laisse un goût d'inachevé. « J'aurais voulu pouvoir mener à bon port le projet de création de théâtres de poche dans toutes les régions du Liban pour décentraliser la culture, ainsi que la construction d'une salle d'opéra. »
Après avoir embrassé tant de métiers, Michel Maaiki se souvient qu'à l'âge de 12 ans, un arc-en-ciel taquin l'avait défié. Émerveillé par cette palette de couleurs, de cet émerveillement dont seuls les enfants ont la recette, il s'était lancé à travers les collines pour tenter de le prendre dans ses mains. « J'avais envie de le croquer avec mes dents », se souvient-il. Il le fera un soir, mais avec ses doigts, complices de son imagination, qui empoigneront quelques feutres et feuilles A4 et feront rejaillir une nature qui sommeillait. Celle de l'artiste.
Aujourd'hui, Michel Maaiki expose en solo pour la première fois, sous l'intitulé Massaya, ses rêves enfouis, son vécu et sa vision du monde à la galerie Exode*. Les couleurs qui éclaboussent ses toiles dissimulent des histoires dont lui seul connaît le secret mais qui, dans une facture abstraite, peuvent concrétiser toutes les réponses aux questionnements du spectateur. À s'approcher de plus près, elles risquent de vous enivrer d'une odeur particulière, celle d'un verre de whisky qu'il avoue ne jamais lâcher quand il peint.
Les mots étant ce qu'il a de plus sacré, qu'ils soient peints ou formulés, il continue à les disséminer à travers l'émission 3ala Massouliti sur Radio Liban, où il aborde la politique en fin scrutateur, et à les répandre à sa manière. Celle d'un missionnaire de la culture, artiste de surcroît.

*Achrafieh, descente Accaoui. Jusqu'au 22 février.

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