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Moyen Orient et Monde

Telegram, le média politique de Hassan Rohani

Iran

Le président modéré et ses alliés réformateurs s'opposent aux conservateurs radicaux, qui voient dans l'application une menace pour la sécurité nationale.

14/02/2017

Le 8 janvier dernier, Hassan Rohani perd un soutien de poids avec la mort de Ali Akbar Hachémi Rafsandjani, ex-président influent qui l'avait aidé à accéder au pouvoir en 2013. Alors qu'il souhaite briguer un nouveau mandat en mai prochain, le président iranien va devoir se confronter à nouveau à l'hostilité du camp conservateur. Ayant fait de l'accord nucléaire avec les 5+1 (États-Unis, Chine, Russie, France, Royaume-Uni, Allemagne) le principal objectif de son mandat, Hassan Rohani se trouve aujourd'hui affaibli par la ligne anti-iranienne adoptée par la nouvelle administration américaine et par les retombées pour l'instant mitigées de l'accord.

Pour défendre son programme auprès des Iraniens, M. Rohani a toutefois un atout de poids : Telegram. Celui qui se pose en défenseur des réseaux sociaux a utilisé l'application russe pour sa communication politique ces quatre dernières années.
Il alimente quotidiennement sa chaîne sur le réseau, devenue un média officiel et direct avec le peuple iranien. Forte de plus de 20 millions d'utilisateurs en Iran, l'application est la plus populaire du pays, ce qui en fait un outil de communication politique idéal. « Telegram va jouer un rôle prépondérant dans l'élection présidentielle de mai 2017 », confirme Amin Sabeti, chercheur à Small Media, une organisation spécialisée dans la recherche numérique et qui a travaillé sur le cas de l'Iran. Contrairement à Facebook ou Twitter, le réseau russe de messagerie mobile cryptée n'est pas interdit et fonctionne sans avoir besoin de contourner les éventuelles restrictions de réseau. Telegram bénéficie donc d'une forte disponibilité et atteint même les populations des régions reculées du pays. « Étant donné que les médias traditionnels, tels que la télévision et la radio, sont sous le contrôle des conservateurs, Telegram peut aider Rohani à approcher son public et à avancer ses idées », analyse le chercheur.

 

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Sur son compte, le « mollah qui sourit » publie des photos, des vidéos, des messages vantant les « martyrs », cette « source de fierté pour la nation iranienne ». Le 19 janvier dernier, alors que 20 pompiers meurent dans l'effondrement d'un immeuble à Téhéran, un message adresse des condoléances officielles aux « familles des pompiers martyrs ». Le conservateur modéré se fait le chantre d'un Iran moderne, capable de s'ouvrir aux réseaux sociaux tout en défendant les valeurs de la République islamique.
Cette stratégie politique de défense d'Internet a déjà porté ses fruits l'année dernière. Lors des élections du Parlement et de l'Assemblée des experts, le camp des modérés et réformateurs enregistre une nette progression et marque des points face aux radicaux, notamment grâce à leur maîtrise des réseaux sociaux. « Ses supporters avaient mis en avant leurs candidats sur Telegram pour pousser les électeurs à voter », explique Hadi Ghaemi, directeur de l'International Campaign for Human Rights in Iran.

 

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« Un mollah pragmatique »
M. Rohani doit toutefois faire face aux pressions des membres de la ligne dure du régime. En janvier, le procureur général de Téhéran, Abas Jafari Dowlabati, lui lance un avertissement sur la nécessité de bloquer l'application. Officiellement, les radicaux voient dans Telegram une menace pour la sécurité nationale, ce qui justifie souvent des arrestations d'utilisateurs. Le 18 janvier dernier, les autorités judiciaires dans la province de Hormozgan en Iran annoncent ainsi la clôture de 80 canaux Telegram et l'arrestation de 32 personnes, d'après une source citée par l'organisation International Campaign for Human Rights in Iran. En cause : des « mensonges », et la propagation de « contenus immoraux et anticulturels ». Mais les conservateurs radicaux se méfient surtout du président et de son jeu politique. En prenant le parti des réseaux sociaux, Hassan Rohani adopte en fait une stratégie « populiste », décrypte Clément Therme, chercheur à l'International Institute for Strategic Studies (IISS) et spécialiste de l'Iran. « Rohani est un mollah pragmatique », poursuit-il. En tant qu'élu de la population, il veut satisfaire un électorat favorable à Internet.

Même s'il se pose comme le défenseur des réseaux sociaux, le président iranien n'a en réalité pas de vrai contrôle sur le domaine des restrictions d'Internet. La Commission pour déterminer les exemples de contenu criminel (CDICC), issue du système judiciaire, est l'organe qui permet de juger des contenus représentant des menaces sécuritaires ou portant atteinte aux valeurs de l'islam. La plupart de ses membres sont nommés par le Parlement ou le guide suprême. En 2014, M. Rohani cherche à empêcher le CDICC de bloquer WhatsApp, mais son action est largement contestée. Abdolsamad Khorramabadi, le directeur de la commission, lui rappelle qu'il n'a pas le pouvoir d'empêcher cette décision. Seul le pouvoir judiciaire, qui découle du guide suprême, a autorité en la matière. « C'est pour ça que Hassan Rohani ne peut pas empêcher les arrestations d'utilisateurs, par exemple », développe Clément Therme.

Comme le guide suprême, qui possède lui-même un compte Telegram, le président iranien a en fait compris l'enjeu de l'application pour le pays, et notamment pour la jeunesse iranienne qui y voit un espace de liberté, indépendant du système politique. « Plutôt que cela ne se retourne contre eux, ils préfèrent l'investir », résume le spécialiste.

 

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