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Dossier spécial : Trump à la Maison Blanche

Un an après, l’accord sur le nucléaire iranien à la merci de Trump

Analyse

L'arrivée au pouvoir du milliardaire américain devrait refroidir encore davantage les relations entre Washington et Téhéran.

OLJ/Siavosh GHAZI/AFP
20/01/2017

Un an après son entrée en vigueur, l'accord historique sur le nucléaire iranien est fragilisé par l'arrivée à la Maison-Blanche de Donald Trump, hostile à ce texte considéré comme l'un des succès majeurs du président Hassan Rohani.
Le 16 janvier 2016, une grande partie des sanctions internationales frappant l'Iran étaient levées en échange de la limitation de son programme nucléaire, comme l'avait prévu l'accord signé six mois plus tôt par Téhéran, d'une part, et six grands pays (États-Unis, Russie, Chine, Royaume-Uni, France et Allemagne). Son premier anniversaire, aujourd'hui, coïncide presque avec l'investiture du nouveau président républicain Donald Trump le 20 janvier. Ce dernier n'a cessé de critiquer l'accord qu'il avait promis, pendant sa campagne, de « déchirer » et qu'il vient encore de qualifier d'« horrible ». Et il a nommé à des postes-clés de son administration des personnalités ouvertement anti-iraniennes, à commencer par le secrétaire d'État Rex Tillerson, qui veut une « révision complète » de l'accord.
« Les États-Unis ont fait tout ce qu'ils ont pu pour ralentir les progrès de l'Iran » après l'accord et leur « hostilité s'accroît de jour en jour », a affirmé hier Abbas Araghchi, le vice-ministre des Affaires étrangères, qui a été le chef des négociateurs iraniens de l'accord. Mais, quel qu'il soit, « Obama ou Trump, le président des États-Unis est tenu d'annuler les législations qui vont à l'encontre » de l'accord, a-t-il dit.
Pour Fouad Izadi, professeur à la faculté des études mondiales de l'Université de Téhéran, l'arrivée du président républicain va « certainement » entraîner « un durcissement de l'attitude » américaine.
Pour autant, les experts ne prévoient pas l'annulation pure et simple de cet accord qui a nécessité des années de difficiles et très complexes négociations. Si « la situation va s'aggraver, l'accord ne sera pas déchiré (...), car cela serait stupide », avance Nasser Hadian, professeur de relations internationales à l'Université de Téhéran.

Pas des « amis »
Selon cet expert, il faut s'attendre à un renforcement des sanctions américaines toujours en place et liées à la situation des droits de l'homme en Iran, son soutien au « terrorisme » au Moyen-Orient et son programme balistique.
Une éventuelle action de M. Trump contre l'accord se heurterait à l'opposition des pays européens, de la Russie et de la Chine, qui se déclarent satisfaits de son application. « Tout se déroule comme prévu », a ainsi assuré le représentant russe Vladimir Voronkov en marge d'une réunion le 10 janvier à Vienne de l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), chargée de superviser le processus. « Si les Européens ne résistent pas face aux pressions américaines, quel sera l'intérêt (pour Téhéran) de continuer (à appliquer) l'accord nucléaire ? » s'interroge Fouad Izadi.
Le vice-ministre iranien du Pétrole, Amir Hossein Zamaninia, a noté hier que si l'accord avait abouti à des « résultats significatifs pour le pays », il n'avait pas pour autant « transformé les États-Unis en ami de l'Iran ».

Accord « survendu »
À Téhéran même, l'accord a ses détracteurs, en particulier les plus conservateurs de l'échiquier politique, qui mettent en avant le manque de résultats concrets pour la population. Or, le président modéré Hassan Rohani mise sur ses retombées pour s'assurer un second mandat à l'élection présidentielle prévue en mai.
Selon le ministère du Pétrole, en neuf mois, l'Iran a plus que doublé ses exportations pétrolières et gazières à 2,5 millions de barils par jour (mb/j), qui ont rapporté 29 milliards de dollars. Le pays a aussi réussi à attirer dans ce secteur pétrolier et gazier de grands groupes internationaux comme le français Total, l'anglo-néerlandais Shell, ou encore des entreprises russes, chinoises et japonaises.
La levée des sanctions a également permis la signature de deux gros contrats pour l'achat de 180 avions à Airbus et Boeing, et, dans le secteur automobile, le retour des groupes français PSA et Renault.
Mais, pour l'homme de la rue, la situation n'a pas vraiment changé, même si la croissance officielle s'élève à plus de 6 % au cours des six premiers mois de l'année iranienne (mars 2016-mars 2017). L'inflation a bien été ramenée à moins de 10 %, mais le chômage est reparti à la hausse et atteint désormais 12,7 % de la population active, 27 % des jeunes de moins de 29 ans.
Selon Nasser Hadian, le président Rohani a « survendu » l'accord en répétant que, grâce à lui, les « investissements allaient se déverser » en Iran où la situation deviendrait « rose » du jour au lendemain. Or, « il savait que c'était impossible et que cela prendrait du temps. Aujourd'hui, ses adversaires utilisent cela pour attaquer l'accord nucléaire ».

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