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Culture - Comédie Musicale

Quand le véritable roi est dans les coulisses

Avec « Caricature »*, sur les planches du Théâtre des Arts, Romeo Lahoud reprend « Singof Singof » présenté en 1974 et interrompu par un 13 avril maudit. Fidèle aux chansons, il réécrit le texte et offre la scène à de jeunes et nouveaux talents.

Dans « Caricature », une reine qui penche vers l’Occident et un roi qui flirte avec l’Orient se rencontrent pour mettre fin à un conflit qui les oppose.

Tout commence, à l'instar des plus belles histoires, par un rendez-vous galant. Romeo Lahoud, étudiant en architecture et passionné de théâtre, fréquente les Folies Bergères. Une femme, la plus belle, fera en sorte de le faire revenir tous les soirs. Le théâtre l'attire et le fascine. Il plonge dans les coulisses d'une romance, s'intéresse aux rouages du métier, espionne les machinistes, dissèque les décors et décide de partir en Italie afin d'étudier la mise en scène puis la scénographie mécanique à la Scala de Milan avec le professeur Carlo Montecamozzo. Nous sommes en 1955 et la carrière de Romeo Lahoud est lancée, au cours de laquelle il mettra en scène plus de 35 pièces et fondera cinq théâtres...

Chez les Lahoud, l'art est une histoire de famille. Dans une fratrie de cinq enfants, le talent n'épargne personne. La matriarche Aline (journaliste), Papou (styliste), Nay (chorégraphe) et Nahi (producteur et historien) sont la clé de voûte de l'édifice Romeo Lahoud, lui-même auteur de ses pièces et metteur en scène. Après avoir présenté, fin 2015, une reprise de Bint el-jabal avec Aline Lahoud, Badih Abou Chacra et Issam Merheb dans les rôles principaux, il propose actuellement, sur les planches du Théâtre des Arts, une version revisitée de sa comédie musicale Singof Singof (1974), devenue en 2016 Caricature.

 

À écouter avec les yeux
De son origine étymologique caricarre, dans l'italien du XVIIe siècle qui voulait dire charger quelqu'un, caricaturer permet d'exprimer le refoulement d'une société en chargeant comme un animal en colère un adversaire, comme on charge une arme. Les attitudes collectives, les mœurs et les personnalités politiques sont désignées comme cibles.

Caricaturer, c'est déclencher le rire du public, mais c'est aussi dénoncer. Un mécanisme qui s'emploie souvent à dépasser les bornes du vraisemblable ou de la morale, à franchir certaines limites. La caricature, et celle-ci en particulier, passe au crible les dirigeants, les idéologies, les croyances et rien ne peut échapper à l'intention critique du metteur en scène qui cependant reste dans l'actualité universelle.
L'histoire, alors ? Une reine qui penche vers l'Occident et un roi qui flirte avec l'Orient se rencontrent pour mettre fin à un conflit qui les oppose. Dans une joute verbale aux accents français et bourgeois pour la reine et aux couleurs folkloriques et populaires pour le roi, ils se livrent à une échauffourée truffée de moments rocambolesques.
Le roi incarné par Tarek Tamim (acteur professionnel confirmé), fanfaron capable des plus incroyables pirouettes pour se sortir d'une situation, sachant manier l'art du défi verbal, n'est pas sans rappeler le mythe de Abou el-Abed. Quant à la reine, interprétée par Cedra Eid (chorégraphe et danseuse), précieuse et perfide, innervée de féminisme, elle éblouit par sa prestance et par son élégance. Les costumes très seyants et les coiffures innovantes attirent le regard du spectateur. Papou Lahoud, grande prêtresse de la mode orientale revisitée, surpique le spectacle avec une recherche stylistique et un sens du détail abouti. Le mariage des couleurs, qui passe du rouge et noir dans le premier acte, aux couleurs flamboyantes défiant l'arc-en-ciel dans le second acte, confirme le talent de la styliste.

Mais Caricature est avant toute chose une comédie musicale. La chorégraphie, au rythme tantôt endiablé de la dabké traditionnelle, tantôt lyrique, les chansons Khedni maak, Yaba yaba leh, Lamma bada yatayhanna que le public aime à fredonner – interprétées par Jad Katrib et Marita Abi Nader, deux talents prometteurs –
compensent la légèreté du texte, la diction quelquefois maladroite des acteurs dont certains foulent les planches pour la première fois. Quant à Issam (Simi) Merheb, neveu du metteur en scène, il est un firmament à suivre.

 

Dans les mains du public
Quand l'adversaire est chargé, quand les victimes sont ridiculisées et destituées, quand les discours des puissants de ce monde sont déconstruits, quand leurs paroles sont disséquées, le public est érigé en état de supériorité. Il glousse et s'esclaffe mais ses rires se voilent de dégoût et de répulsion face à la réalité qui le rattrape une fois le rideau tombé. « C'est une comédie, avoue le metteur en scène, mais qui ne me fait pas rire. C'est plutôt une tragicomédie qui relate comment l'histoire se poursuit et se répète inlassablement, les opprimés se déplacent sur la carte géographique et les oppressants les suivent sans vergogne, les puissants se jouent des faibles et le monde n'en finit pas de s'effondrer. » Romeo Lahoud, ténor de la comédie musicale, donne à cet art, une fois de plus, ses lettres de noblesse dont il est l'un des quelques talents libanais à pouvoir
s'enorgueillir.

*« Caricature », de Romeo Lahoud, au Théâtre des Arts, Jounieh. Tél. 09/933833.

 

Pour mémoire

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Tout commence, à l'instar des plus belles histoires, par un rendez-vous galant. Romeo Lahoud, étudiant en architecture et passionné de théâtre, fréquente les Folies Bergères. Une femme, la plus belle, fera en sorte de le faire revenir tous les soirs. Le théâtre l'attire et le fascine. Il plonge dans les coulisses d'une romance, s'intéresse aux rouages du métier, espionne les machinistes, dissèque les décors et décide de partir en Italie afin d'étudier la mise en scène puis la scénographie mécanique à la Scala de Milan avec le professeur Carlo Montecamozzo. Nous sommes en 1955 et la carrière de Romeo Lahoud est lancée, au cours de laquelle il mettra en scène plus de 35 pièces et fondera cinq théâtres...
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