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Culture - Vient De Paraître

Détecter la vie et l’espoir dans l’enfer d’Alep

Un regard sur la ville martyre porté par le photographe Ammar Abed Rabbo*.

Abed Rabbo ne se positionne pas en tant que photographe des actions militaires mais celui de la vie quotidienne et de la paisible résistance des citoyens.

Un ouvrage, non pas nostalgique de la belle époque d'Alep, une des plus vieilles villes du monde, avec ses souks de bijoutiers, sa gastronomie fine et savoureuse, ses nombreuses églises, sa grande mosquée, sa citadelle altière, ses savons odoriférants, mais sur cette ville, aujourd'hui entre déchirures, ruines fumantes et chicots de vie. Voici le regard chargé de mansuétude, à la fois tendre et juste, du photographe Ammar Abd Rabbo.
Un livre d'une brûlante actualité mais qui change de l'horreur des images à sensation des écrans de télévision. Car ici, par-delà un clic dénonciateur ou révolté, par-delà peur et angoisse, il y a une certaine humilité devant l'inexorable, un attachement aux valeurs simples, un constat devant les dégâts, une force d'endurance, d'empathie et de résilience, de l'humanité, de l'espoir... À travers une caméra qui détecte la vie dans une ville en déliquescence. Pour cravacher les consciences et agiter les âmes mortes et mourantes.
Comment sauver ce qui reste de la seconde ville de Syrie qui tombe en lambeaux et se transforme en cimetière à ciel ouvert ? Tragique et dramatique problème d'Alep qui s'approche de plus en plus de la dévastation la plus totale, la plus inhumaine, la plus inacceptable. Devant une consternante inertie générale et un rageant ponce pilatisme international. Mais de quel humanisme, de quelle non-assistance aux personnes en danger parlent donc les vivants et les bien-pensants ?
On ne défend ni le régime tortionnaire ni l'opposition, rebelles barbares à connotation « jihadiste ». L'enjeu n'est pas là. L'essentiel est de faire taire les armes, les bombes qui pleuvent. Arrêter le flot de morts inutiles et atroces du côté des enfants, des femmes, des vieillards. Stopper ces saccages gratuits d'existences vouées à une guerre absurde, pour une bataille enclenchée en 2012 et qui dure lamentablement.
Chaque minute qui passe est un chaos de plus, une injustice flagrante, un crime perpétré de sang-froid. Chaque instant qui s'écoule rapproche davantage Alep de l'innommable, de l'insupportable. Chaque seconde qui s'en va ces lignes sont obsolètes... Et c'est l'œil de lynx de la caméra d'Ammar Abd Rabbo qui en parle le mieux.

Photographe de la résistance des citoyens
À travers, notamment, ce livre de photographies, intitulé en toute simplicité mais en toute clarté, en termes de calembour, Alep, A Elles Eux Paix (éditions noir et blanc etc...). Longue randonnée et flânerie pour capter l'essence aujourd'hui d'une ville autrefois florissante et insouciante avec ses 2 millions et demi d'habitants et qui cultivait, en toute harmonie, douceur de vivre et mosaïques de communautés.
Ammar Abd Rabbo, né à Damas mais de nationalité française, a couvert les guerres (Bosnie, Irak, Liban, Libye) en enchaînant les couvertures du Time, de Paris Match, du Der Spiegel, Le point... Fondateur de Balkis Press sur l'actualité du monde arabe, il ne se positionne pas en tant que photographe des actions militaires mais en photographe de la vie quotidienne et de la paisible résistance des citoyens.
C'est dans cette optique qu'il a rassemblé ses instantanés. En parlant d'Alep surprise dans ses dédales entre passé et présent. Un kaléidoscope d'images entre barricades et destructions mais aussi un homme en prière devant un bus troué de balles, un combattant fumant sa clope avec rose au fusil, une farandole de danses par des jeunes gens en euphorie, un enfant portant en toute innocence un bouquet de persil, le quartier de Jdeydeh ou Salaheddin en gruyère, douche improvisée d'un garçonnet à Bab el-Nasr, tournage d'un feuilleton télévisé syrien populaire dans un paysage apocalyptique et surréaliste, la saison de l'ail en monticules au marché de Maadi...
Images fascinantes et touchantes dans leur sobre dépouillement avec, en accompagnement, les mots des « amis » d'Alep. Et on nomme Christophe Boltanski, Édith Bouvier, Magyd Cherfi, Jean-Pierre Filiu, Nicolas Hénin, Salam Kawakibi, Camille de Rouvray, Marie Seurat et Nora Charabati Joumblatt qui signent des textes qui soulignent et portent ces images. Des textes qui non seulement enserrent ces photographies des journées d'Alep, amoureusement et judicieusement captées, mais prolongent l'émotion, la rêverie, l'espoir d'une main tendue, la compassion des cœurs qui ont encore un élan pour les autres et la vie.

*Ammar Abd Rabbo signe son livre « Alep, A Elles Eux Paix » (éditions noir et blanc etc..), demain soir à la Galerie Ayyam à partir de 18h.

Un ouvrage, non pas nostalgique de la belle époque d'Alep, une des plus vieilles villes du monde, avec ses souks de bijoutiers, sa gastronomie fine et savoureuse, ses nombreuses églises, sa grande mosquée, sa citadelle altière, ses savons odoriférants, mais sur cette ville, aujourd'hui entre déchirures, ruines fumantes et chicots de vie. Voici le regard chargé de mansuétude, à la fois tendre et juste, du photographe Ammar Abd Rabbo.Un livre d'une brûlante actualité mais qui change de l'horreur des images à sensation des écrans de télévision. Car ici, par-delà un clic dénonciateur ou révolté, par-delà peur et angoisse, il y a une certaine humilité devant l'inexorable, un attachement aux valeurs simples, un constat devant les dégâts, une force d'endurance, d'empathie et de résilience, de l'humanité, de l'espoir......
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