X

Culture

Au fil des ans, le carrousel d’images de l’Arche de Noé...

Exposition

La galerie Noah's Ark célèbre aujourd'hui ses vingt ans de présence arméno-libanaise dans une exposition phare au souk des bijoutiers*. Joli écrin pour 50 peintres, avec un total de 78 tableaux, ainsi que cinq sculpteurs et dix de leurs œuvres choisies. Un riche panel groupant, bien entendu, beaucoup de peintres de l'Arménie, mais aussi de la diaspora (France, USA, Canada) et, loin de l'arménité, deux talents du pays du Cèdre. Visite guidée.

30/11/2016

Dans le sillage du 25e anniversaire de l'indépendance de l'Arménie, la galerie Noah's Ark, issue de la mère patrie et établie depuis 20 ans à Jal el-Dib, a offert au public libanais la fine fleur de l'inspiration picturale du pays du lac Sevan. Au moment où peu de gens connaissaient encore la palette d'artistes qui se sont vite imposés dans l'art de peindre comme noms retentissants sur le tremplin de la scène internationale. Ce n'est pas racler les fonds de tiroirs, mais une vitrine où les talents émergents fusionnent avec les générations aux réputations déjà solidement établies.
Bien sûr, il y avait déjà Carzou, Yuroz et Robert Elibekian. Mais aujourd'hui la ronde s'est élargie et des noms nouveaux sont venus grossir les rangs. Et on nomme Vahan Roumelian, Edik Pertian, Samuel Gareguinyan, Vahram, David D...
Du côté libanais, une brochette d'artistes aux racines et aux origines parfaitement ancrées dans la terre du mont Ararat et dont l'œuvre a largement dépassé les frontières nationales : Paul Guiragossian et ses silhouettes lumineuses ; Guvder (qu'on vient de perdre récemment à un âge vénérable) et ses longs cortèges silencieux, drame inconsolable d'un génocide toujours en mémoire ; Hrair (qui a été la coqueluche de la société dans les années fastes de Beyrouth) et ses angelots aux boucles dorées ; Dikran Daderian et son mouvement cinétique au pinceau si sobre, et Assadour à l'univers tourmenté et superindustrialisé avec un cœur toujours en émoi entre clous, boulons, équerres, compas et lignes aux cordeaux...
Sans oublier, loin de toute arménité, Juliana Seraphim, la diva au turban, à l'époque des folles soirées à la Flying Cocotte, et son sulfureux univers onirique. Avec, au premier plan, ces dames-fleurs à l'érotisme ultraléché. Mais certainement aujourd'hui dépassé. Dépassement, dans tous les sens du terme. Voilà le mot- clef de cette exposition qui jette la lumière sur plus d'un univers foisonnant de couleurs vibrantes, entre passé et présent, entre souvenirs et horizons nouveaux, entre témoignage et évasion, entre réalisme et abstraction.
Un mélange de genres et de styles où l'humour (coquines fesses chez Ruben Abovian croquant des femmes rondes à la Poussin) se le dispute à la fantaisie du monde sans frein d'imaginaire chez Vahram entre Renaissance, cerceaux et montgolfières. La sensualité de boudoir a sa place avec Suren Vosganian utilisant des tons pastel pour des bacchanales dénudées, douces et tendres, dans des atmosphères feutrées et enjolivées à la Klimt.
Plus Picasso sont les traits des couples chez Yuroz qui ne s'embarrasse pas de montrer des mecs à la Marlon Brando et des femmes qui n'ont rien de la fragilité de Blanche Dubois... Dans le même sillage de peinture du maître de Malaga s'inscrivent les toiles du Canadien Berdj Tchakedjian, nouvelle recrue dans la galaxie des poulains de Noah's Ark, dans un radieux cubisme revisité.
D'une facture plus classique sont les œuvres d'Edik Pertian, vieux lion de la palette, qui a abandonné ici les paysages flamboyants pour un artiste dans son atelier avec femme nue devant son chevalet. Oui Courbet n'est pas loin... Et comme emporté dans ce courant de sensualité, cette jeune femme avec serviette sur le corps est un prolongement à cette louange des sens exacerbés.

Appel à la vie
Entre les mirages et le théâtre, entre un état de transe et des décors portuaires impressionnants, Carzou lance les flèches de son stylet incisif sur des lithographies portées aux rêves, aux songes chargés de départs, de retrouvailles, de séparations, de tout ce que la mémoire encombrée des Arméniens garde pour dépasser, dans la dignité et une pose hiératique, ce qui fait souffrir...
Il est évident que cette exposition, au fanion battant pavillon foncièrement arménien, porte en elle toutes les fragrances, les parfums et les essences, les couleurs, les paysages de l'Arménie. Mais pas que. Il y a un appel à la vie tout court. Car il y a ce jumelage avec les artistes du pays du Cèdre (même s'ils ne sont pas nombreux) avec ceux de l'Arménie profonde et de la diaspora. Une fusion pour un horizon ouvert qui a pour ciel et plafond commun l'art. Celui de témoigner, mais aussi de vivre le moment.
Les sculptures de Zaven, Guedelian, Mazmanian, Arthur Manouguian et Aramov sont un petit plus à cette vision de l'art, en général arménien, mais restent un peu en retrait de l'éclat fauve de ces toiles rutilantes de couleurs, de mouvements, de vie, d'une mémoire gardienne de pieux souvenirs. Oui la mémoire ici n'est pas seulement fonction d'oubli. Mais aussi (res)source d'inventivité, de créativité, de renouvellement, d'abstractions lyriques. Notamment avec Vahan Roumelian et ses éclaboussures à la Mathieu. Mais aussi les ombres diaphanes, poudreuses, presque insaisissables, dans des tonalités orangées ou bleutées, de Gevorg Yeghyazaryan. Dans ce kaléidoscope d'images, même s'il y a une impression de déjà-vu, loin de ce qui est larmoyant, misérabiliste ou tragique, l'intention est surtout d'attirer le regard vers ce qui est vif et vivant. Tout ce qui touche le cœur, émeut et flatte la vie. Un pas vers l'avenir sans renier ou oublier totalement le passé, mais en tirer force et énergie nouvelles...

*L'exposition « L'art est une invitation à la vie » à la galerie Noah's Ark (au souk des bijoutiers, centre-ville) se poursuit jusqu'au 7 décembre.

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Décryptage de Scarlett HADDAD

Tractations gouvernementales : retour à la case départ

Les + de l'OLJ

1/1

Le Journal en PDF

Les articles les plus

A WEEKLY EDITION CURATED AND
PERSONALIZED BY OUR EDITORIAL TEAM

SIGN UP TO OUR NEWSLETTER IN ENGLISH

More Info See Sample
x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

L'OLJ vous offre 5 articles

"La révolution en marche". Rejoignez maintenant la communauté des abonnés en vous abonnant dès 1$

Je poursuis la lecture

4

articles restants