Les discours prononcés en fin de semaine par certains responsables du Hezbollah ont valorisé l'opération militaire, ayant conduit à l'arrestation d'un émir du groupe État islamique à Ersal, en ce qu'elle illustrerait « la lutte préventive contre le terrorisme préconisée par le président de la République dans son discours d'investiture ». En outre, le parti a jugé nécessaire de former un cabinet largement inclusif, qui renonce à la politique de distanciation, en faveur d'une « revitalisation des relations libano- syriennes ».
Prenant part, à Nabatiyé, à la commémoration annuelle de la création du mouvement de redressement par l'ancien président syrien Hafez el-Assad, organisée par le Baas, le député Mohammad Raad, chef du bloc parlementaire du Hezbollah, a appelé à redynamiser les relations libano-syriennes. « Le leadership courageux du président Bachar el-Assad, de même que les sacrifices et prouesses de l'armée arabe syrienne et l'enracinement de l'État dans la conscience du peuple syrien qui n'a jamais perdu la boussole au cours des dernières années de crise sont les facteurs fondamentaux de la victoire, sans lesquels toute forme d'assistance politique et de renfort sur le terrain (NDLR : en provenance du Hezbollah notamment) aurait été vaine », a déclaré M. Raad. Il a affirmé en outre qu'« après l'endurance de la Syrie et la défaite des terroristes, l'image de la région arabe changera inévitablement, et avec elle le concept de l'arabité ne signifiera rien sans la Syrie (...). Le Liban se verra alors dans l'obligation, s'il entend répondre à son intérêt national, de redynamiser sa relation avec la Syrie à tous les niveaux et dans toutes les directions ». Et cette relance des rapports bilatéraux ne supporterait pas, selon M. Raad, le maintien de la politique de mise à l'écart du Liban par rapport aux conflits régionaux. « Si le principe de mise à l'écart a prévalu dans le cadre du gouvernement de gestion du conflit et des gouvernements qui l'ont précédé, ce principe perd toute sa pertinence, encore qu'il en ait dans l'absolu, à l'ombre du rétablissement des relations libano-syriennes, que ce soit dans la lutte stratégique contre des ennemis communs ou dans la garantie d'intérêts communs aux deux pays », a expliqué le député.
Complémentarité armée-résistance
C'est aussi sur l'opération de Ersal que s'est attardé hier le numéro deux du Hezbollah, le cheikh Naïm Kassem, avant de se prononcer sur la situation interne. L'arrestation « préventive » de l'émir de l'EI prouverait selon lui que « la lutte contre le terrorisme et le takfirisme par tous les moyens disponibles est la solution à même de renforcer durablement la stabilité au Liban ». À cet égard, le président du comité chérié du Hezbollah, le cheikh Mohammad Yazbeck, a été on ne peut plus clair : « L'opération préventive est une mise en œuvre du discours d'investiture (qui avait prévu la lutte préventive contre le terrorisme, NDLR) », a-t-il dit, tandis que le vice-président du conseil exécutif du Hezbollah, le cheikh Nabil Kaouk, a loué « les sacrifices de l'armée et de la résistance (...) qui ont fait du Liban le pays le plus sûr de la région ». Une « complémentarité » soulignée également par M. Fneich.
Parallèlement à cette allusion au triptyque armée-peuple-résistance, dont le discours d'investiture serait garant aux yeux du Hezbollah, le cheikh Kassem s'est étendu sur le « rôle actif du parti dans la tenue de la présidentielle ». « Lorsque le monde tout entier reconnaît au Hezbollah ce rôle, les autres prétentions d'héroïsme (NDLR : allusion entre autres aux Forces libanaises) ne sont que des gribouillis sans valeur, une illusion de victoire », a-t-il dit. Pour ce qui est de la formation du cabinet, il a jugé que « le plus dur est passé et il n'y a pas de raison pour un retard supplémentaire ». Il a appelé à faire preuve « d'un peu de souplesse » et déclaré que le Hezbollah « n'épargnera aucun effort pour le redressement de l'État, loin de tout calcul sectaire ou personnel ».


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