Audi, la marque aux quatre anneaux, va se retirer du championnat du monde d’endurance et ses mythiques 24 Heures du Mans, à la fin de l’année, pour s’investir davantage dans la formule E (électrique). Jean-François Monier/AFP
La marque aux anneaux va quitter l'endurance et ses mythiques 24 Heures du Mans : le retrait à la fin de l'année d'Audi, qui rejoint la formule Électrique, est un coup dur pour cette discipline, où le constructeur allemand jouait un rôle majeur depuis 1999. « Je pensais vraiment qu'on irait jusqu'à fin 2017. La voiture de l'an prochain est dessinée, on allait bientôt commencer les tests », regrette le pilote français Benoît Tréluyer, triple vainqueur au Mans et champion du monde en 2012 avec Audi.
Deux constructeurs seulement, Porsche et Toyota, restent en lice pour la saison 2017 dans la catégorie reine (LMP1), celle des prototypes hybrides. Avec des moteurs essence car le diesel, consacré au plus haut niveau par Audi, n'a plus la cote. « Un constructeur s'en va, d'autres arrivent bientôt, c'est la vie d'un championnat », a voulu dédramatiser Gérard Neveu, directeur général du championnat du monde d'endurance (WEC). « C'était une vraie famille. Ce qui va me manquer, c'est l'entente avec les autres pilotes, les mécanos, les ingénieurs », renchérit Benoît Tréluyer.
Il n'y aura pas de dernier tour de piste, a récemment annoncé la marque d'Ingolstadt. Audi ne l'a pas dit explicitement, mais dans les coulisses du Mans, on assure que sa décision est liée aux 15 milliards de dollars que le groupe VW risque de devoir payer aux États-Unis à cause du scandale de ses moteurs diesel truqués. La décision est symbolique, si l'on compare le coût du dieselgate au budget d'Audi Sport pour l'endurance – autour de 300 millions d'euros par an.
La formule Électrique, où la marque aux anneaux va intensifier ses efforts, coûte encore moins cher : sept millions d'euros, en moyenne, par saison et par écurie de deux pilotes, pour une dizaine de courses d'une heure dans de grandes capitales, d'octobre à juillet. Soit « dix fois moins que pour la plus modeste écurie de F1 », souligne volontiers le promoteur de la formule E, Alejandro Agag.
« Moi, la formule E, ça ne m'intéresse pas du tout. Ce n'est pas de mon âge », rigole Benoît Tréluyer, âgé de 40 ans. Sous contrat jusqu'à fin 2017, il va continuer à rouler en Audi : sur la glace du Trophée Andros cet hiver, avec son ami Olivier Panis, puis dans une R8 LMS en GT, peut-être, la saison prochaine. Est-ce qu'il est prêt à retourner au Mans, dans une autre catégorie, sans pouvoir gagner ? « Je n'en dors plus (...). Je ne pense pas, confie-t-il. Quand on a gagné au Mans, après avoir fait tant d'efforts, je ne sais pas si on peut y retourner juste pour le plaisir. »
Ford est revenu...
Audi a remporté treize fois les 24 Heures du Mans et est devenu le premier à le faire avec un moteur diesel, en 2010 (cela s'est reproduit à sept autres reprises depuis).
La marque va laisser le champ libre à sa cousine Porsche, qui fait partie du même groupe VW. La firme de Stuttgart vient de publier des résultats en hausse, pour les neuf premiers mois de 2016 : 16,5 milliards d'euros de chiffre d'affaires, pour 2,9 milliards de résultat opérationnel (+12 %). De quoi rassurer un peu les patrons de l'endurance, à commencer par l'Automobile Club de l'Ouest (ACO), organisateur des 24 Heures du Mans. « Nous regrettons le départ d'un acteur majeur de l'endurance », a déclaré Pierre Fillon, président de l'ACO et frère de l'ex-Premier ministre François Fillon. « Plus qu'un compétiteur, la marque aux quatre anneaux a été un véritable contributeur de la formidable croissance de l'endurance ces dernières années, partout dans le monde », a-t-il ajouté.
Pour se démarquer de la F1 et du rallye, l'endurance voit déjà plus loin : « Les évolutions du règlement technique vers une propulsion électrique à hydrogène répondront dès demain à la transition énergétique de cette nouvelle ère », promet Pierre Fillon. De quoi continuer à séduire les grands constructeurs automobiles, pour qui l'endurance est une vitrine technologique haut de gamme, un banc d'essai hors pair, en plus d'un vecteur d'image dynamique. Ainsi, Ford est revenu cette année, et Peugeot, parti brutalement début 2012, réfléchit à un retour éventuel. En attendant, Porsche et Toyota ont encore deux courses de Six Heures, à Shanghai et Bahreïn, pour gagner des titres mondiaux en WEC, pilotes et/ou constructeurs. Avec Audi comme arbitre...
Daniel ORTELLI/AFP

