Paysage sidérant et sidéral que celui de ses « soixante-huitards » Libanais catapultés au-devant de la scène politique à la suite d'une crise nationale relative aux ordures ménagères !
Après plus de soixante-dix ans d'indépendance, trente-trois années de guerre civile et de tutelle étrangère, et une mainmise alternée des différentes interventions étrangères, qui ont utilisé la corruption quasi généralisée, comme « arme massive de gouvernance du pays du Cèdre », la société civile se réveille enfin et s'exprime dans la rue. Elle menace avec son cœur et sa pureté juvénile d'abattre le temple sur la tête de ceux qui l'ont façonné et qui le gèrent. Elle exige un changement profond du régime politique et un rôle réel et effectif du citoyen dans les prises de décision nationale, en un mot, elle prône le passage d'un régime communautaire et confessionnel à un régime civil. Autant dire qu'il s'agit là, consciemment ou inconsciemment, d'une remise à plat de la formule constitutionnelle de 1943 et d'un changement fondamental de l'entité nationale... !
Si les revendications sont un droit constitutionnel inaliénable, les moyens de les réaliser sont également régis par des devoirs et des obligations indiscutables. La vie des nations démocratiques est riche de démarches similaires et les citoyens y bénéficient de droits sacrés dans le choix de leurs destins nationaux, mais aussi faut-il que les mémentos choisis pour y accéder soient les bons, les voies pour les concrétiser suffisamment transparentes et solides et que les objectifs à atteindre ne soient pas manipulés ou noyautés pour servir des intérêts individuels, politiques ou encore géostratégiques...
Les manifestations entreprises ces derniers jours par la société civile, toutes origines régionales, politiques et confessions confondues, avaient deux buts essentiels : d'une part, exiger une solution rapide et définitive au problème des ordures ménagères, mais aussi et surtout, faire parvenir à toute la caste politique sans distinction aucune, que le peuple dans sa totalité, refusait cette gouvernance profondément corrompue et qu'il souhaitait leur changement dans les plus brefs délais. Deux places se sont exprimées avec beaucoup de conviction, mais malheureusement de façon désordonnée et anarchique, et les premiers essoufflements commencent à transparaître malgré les efforts de rattrapage des organisateurs, au grand dam de la population qui avait espéré que cette action contre la corruption pourrait marquer des points. Il est encore trop tôt pour comprendre tout ce qui s'est passé ou est en train de se passer, mais il est peut-être souhaitable que ces mouvements tiennent compte de certains paramètres indispensables pour gérer au mieux les objectifs qu'ils recherchent et donner de la crédibilité à leurs actions, à savoir :
1) Les revendications de la société civile sont sacrées et démocratiques.
2) Les causes des mouvements de ces jours passés sont totalement justifiées et ont même trop tardé à être exprimées.
3) Tout le peuple doit y participer, surtout qu'il exprime le rejet incontestable de la corruption profondément ancrée dans tous les coins et recoins de la république et au niveau de la quasi-totalité de la classe dirigeante.
4) Un comité de coordination entre les différentes branches participantes à ces actions doit être formé et composé de personnalités sages et expérimentées pour éviter les dérapages, les manipulations et les récupérations politiques qui pourraient faire échouer les objectifs à atteindre.
5) Il est indispensable qu'une même feuille de route soit établie et adoptée par tous les contestataires, assortie d'un plan clair d'actions et de contrôles de toutes les manifestations envisagées.
6) Il est enfin impératif de faire la différence entre les intérêts supérieurs de la nation, ses institutions et la remise en question des responsables politiques corrompus et de leur gouvernance. En dehors de cette équation, toute confusion pourrait en effet justifier et entraîner, directement ou indirectement, l'accession au pouvoir d'organisations non souhaitées et de factions dangereuses pour l'équilibre et la perduration de l'entité nationale.
Les manifestations de la société civile actuelles rappellent dans leur esprit et leur forme et non dans leur fond celles de mai 1968 en France. C'est pourquoi il serait utile que les organisateurs de cette contestation du centre-ville s'informent sur ce qui s'y était passé pour éviter les dérapages qui s'y étaient opérés. Paris avait en effet vécu cette année-là un mouvement contestataire étudiant exceptionnel, il avait même réussi à rallier les ouvriers de Renault qui avaient été jusqu'à arrêter le travail et faire des « sit-in » au sein de leurs entreprises, toute la machine économique s'était alors grippée et le régime politique du grand général de Gaulle avait été mis à rude épreuve. Toute la population avait suivi avec stupeur, inquiétude mais non sans une certaine admiration ces jeunes qui avaient osé défier un régime politique bien établi. La république avait, non sans difficultés, ramené la paix civile, mais les revendications souhaitées n'avaient pu être concrétisées, car elles avaient dévié de leurs objectifs universitaires de base et avaient été interprétées comme une manipulation visant à anéantir l'existence même de la Ve République. L'analyse du film des événements avait permis ultérieurement de mieux cerner les causes profondes de ce mal-être, les moyens énormes qui avaient été mis alors à disposition de ce mouvement contestataire pour s'étendre, résister et mettre en danger l'ordre public avaient été considérés disproportionnés avec le contenu desdites revendications. Les informations qui avaient alors filtré de l'enquête entreprise à ce sujet avaient en effet confirmé l'existence d'« encouragements discrets extérieurs » prodigués à ces mouvements par certains mécontents de la politique étrangère du général de Gaulle...
En conclusion, il est indispensable de noter que la réussite du mouvement de contestation actuellement entrepris à Beyrouth et qui est accompagné des vœux de tous les citoyens honnêtes et patriotes ne pourra se réaliser et éviter les amalgames que certains corrompus chercheront à leur faire assumer, que si des voix sages et expérimentées prenaient à tour de bras leurs responsabilités et allaient directement négocier, en corps organisés, avec les décideurs politiques et administratifs, des sujets des désaccords et des changements réclamés.
Salim F. DAHDAH


LES TARES DE LA DÉMOCRATIE... Où TOUT CHACUN COMPTE : L'IVROGNE... L'IGNORANT... LE VAURIEN ET LE PARESSEUX AVEC LE RESTE DES CITOYENS !!!
13 h 28, le 08 septembre 2015