La roue de Beyrouth fait partie d’un parc d’attraction de 4 000 mètres carrés. Photo Michel Sayegh
Il y a la London Eye, sur la rive sud de la Tamise, il y a la roue du Prater, à Vienne, qui donne sur le Danube. Il y a la grande roue des Tuileries pour marquer les fêtes de fin d'année et... il y a aussi la roue de Beyrouth, dans le quartier du Bain militaire. Elle surplombe la Méditerranée et la capitale libanaise depuis plus de 45 ans.
Juste après le Bain militaire, à droite, avant d'arriver au cap où l'on marque Beyrouth sur la carte du Liban, se trouve une roue panoramique, pas aussi imposante que celles de Londres (135 mètres), de Vienne et de Paris qui ont chacune une hauteur de 65 mètres.
La roue de Beyrouth est plus modeste, elle mesure 30 mètres et peut accueillir 200 passagers dans ses 40 nacelles. Mais cette roue, qui permet de distinguer de loin la zone de Ras Beyrouth, n'a pas toujours été aussi élevée. « La première roue, celle qui avait été installée en 1968, mesurait 18 mètres et présentait 20 nacelles en bois. Elle a été remplacée par la présente roue en février 1981 », raconte Nizar, technicien en charge du Luna Park de Beyrouth, et donc de la bonne marche de la roue, qui ne s'arrête jamais de tourner sauf les jours de grande tempête, ou tard dans la nuit quand il rentre chez lui.
La nuit, la roue brille de toutes les couleurs. Elle présente 1 920 lampes du côté du Bain militaire (en arrivant de la Corniche) et 320 du côté de Raouché. « Nous avons ajouté les lumières colorées il y a deux ans. Les lampes sont arrivées toutes blanches. Il y avait une erreur dans la commande, je les ai moi-même repeintes avant de les installer », raconte-t-il.
Nizar n'aime pas trop donner de détails sur sa vie privée, mais il parle volontiers du Luna Park de Beyrouth, l'un des endroits les plus familiers de la ville, et confie qu'il ne se lassera jamais des tours dans la roue panoramique. D'ailleurs, il rêve d'y passer des journées entières. « La roue est la plus belle attraction qu'un parc puisse offrir », dit-il. Et d'ajouter : « Une fois dedans, vous oubliez tous vos tracas, vous êtes calmes et tous les horizons vous sont ouverts. »
Le Luna Park de Beyrouth a ouvert ses portes en 1968. La roue faisait déjà partie des attractions. L'endroit, d'une superficie de 4 000 mètres carrés, appartient à un Beyrouthin, Noureddine Rifaï, et présente notamment une dizaine de manèges différents, un circuit d'autos tamponneuses, des jeux divers qui permettent de gagner des cadeaux et un restaurant.
« Le propriétaire était initialement mécanicien, spécialisé dans la réparation des moteurs de voitures. Il a eu l'idée d'ouvrir le Luna Park de Beyrouth. Nous construisions tout au Liban. Et nous exportions vers les pays arabes, comme l'Égypte, la Libye, l'Arabie saoudite, le Bahreïn, le Koweït... À un moment, durant les années quatre-vingt, nous avions trois roues panoramiques ici. Deux d'entre elles étaient destinées à l'exportation. Maintenant, nous n'exportons plus rien. Nous ne pouvons pas faire face à la concurrence venue de Chine », déplore-t-il.
50 piastres le tour en 1978
Nizar a commencé à travailler au Luna Park de Beyrouth en 1979, dans la fabrication et l'entretien de manèges. Aujourd'hui, c'est lui qui est en charge. Il arrive tôt le matin et ne rentre pas chez lui à des heures régulières. « Parfois, je retourne chez moi à 19 heures, d'autres jours à minuit...tout dépend de la clientèle », dit-il, se souvenant que le Luna Park n'a pas désempli durant deux périodes : entre 1982 et 1983, avec le retrait des soldats israéliens de Beyrouth. « C'était comme si les Beyrouthins voulaient se réapproprier leur ville », estime-t-il. Et en 1990-1991, quand les barricades sont tombées entre l'Est et l'Ouest de la capitale, et beaucoup d'habitants d'Achrafieh, du Metn, du Kesrouan et de Jbeil sont venus découvrir le Luna Park du Bain militaire.
« Nous recevons des touristes de toutes les nationalités, surtout des ressortissants des pays du Golfe qui viennent avec leurs enfants », ajoute-t-il.
C'est avec un éclat de rire que Nizar raconte que parmi les passagers des manèges du Luna Park de Beyrouth figuraient des soldats israéliens. « C'était durant l'offensive de 1982. Ils occupaient la capitale. J'étais là, au Luna Park. Un soldat est venu et m'a dit en arabe : "On veut jouer, faire un tour dans les autos tamponneuses." J'ai eu peur, j'ai appelé le propriétaire. Il m'a dit de les accueillir à condition qu'ils n'utilisent pas les attractions gratuitement. Je leur ai demandé trois livres par personne pour le tour. Ils ont fait les comptes et, à l'époque, c'était l'équivalent de six shekels qu'ils ont payés rubis sur ongle. Ce jour-là, j'avais fait 84 shekels », se souvient-t-il.
Le Luna Park a perdu son succès d'antan. Le travail dépend des jours. Mais même durant les soirs d'hiver, même quand il ne s'agit pas de jours fériés, on croise des enfants venus avec leurs parents pour une promenade dans le parc d'attractions de Beyrouth.
En 1978, le tour coûtait 50 piastres, aujourd'hui, il varie entre 2 000 et 4 000 livres.
Alors que Nizar raconte ses jours au Luna Park de Beyrouth, une fillette s'approche de lui et demande d'une voix timide mais déterminée, désignant une machine : « Je voudrais faire un tour dans ce manège, pouvez-vous le faire fonctionner pour moi ? »
Nizar appelle l'un des ouvriers qui met tout de suite la machine en marche.
Mais est-il rentable de faire fonctionner tout un manège pour un seul enfant ? Pourquoi n'a-t-il pas refusé de le faire ? « Nous ne sommes pas en Europe et ce n'est pas une fête foraine temporaire. Si je refuse de faire fonctionner un manège à un enfant, il ne reviendra plus et petit à petit le parc d'attractions perdra ses clients et fermera ses portes », note-t-il.
C'est pour cette raison également que même vide et même la nuit, la roue de Beyrouth tourne, comme pour informer chaque personne qui passe par le quartier du Bain militaire que le parc d'attractions est ouvert et qu'elle peut faire un tour dans un manège si elle a envie, et cela même si elle est seule... et, à ce moment-là, la roue de Beyrouth ne tournera que pour elle.
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La roue de Beyrouth est plus modeste, elle mesure 30 mètres et peut accueillir 200 passagers dans ses 40 nacelles. Mais cette roue, qui permet de distinguer de loin la zone de Ras Beyrouth, n'a pas toujours été aussi élevée....


LA ROUE TOURNE... LES CERVEAUX ÉTOILÉS NE TOURNENT PAS !
20 h 54, le 21 février 2014