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Culture - Liberté D’Expression

« Face aux diseurs de mort, continuer à écrire la vie »

Vingt-sept écrivains ont pris la plume dans « Le Monde des livres » pour répondre « sans trembler » aux attaques terroristes qui ont visé Paris le 13 novembre.

Alors que Michel Houellebecq accusait violemment, dans une tribune publiée dans le quotidien italien Il Corriere Della Sera, les hommes politiques français, du président François Hollande à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, d'avoir créé les conditions ayant conduit aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, d'autres écrivains s'exprimaient hier dans Le Monde des livres pour répondre « sans trembler » aux tueurs jihadistes.
Parmi les 27 romanciers, poètes, philosophes et dessinateurs qui ont pris la plume, figurent les Américains Richard Ford et Joyce Carol Oates, les Libanais Charif Majdalani et Jabbour Douaihy (voir par ailleurs), la Rwandaise Scholastique Mukasonga, l'Égyptien Alaa el-Aswany, l'Italien Marcello Fois ou encore le Britannique Ian McEwan.
« Un drame tel que celui qui vient de mettre Paris à une si terrible épreuve implique des conséquences complexes », écrit Richard Ford. « Il change le sens des mots. Il n'y a pas grand-chose à y faire, sinon essayer de ne pas se laisser prendre de court par l'histoire », poursuit l'écrivain américain.
Nommer les choses, c'est justement à quoi s'emploient Olivier Rolin et Christine Angot notamment. « Ça n'a rien à voir avec l'islam. Mais non bien sûr. Des tueurs qui mitraillent au cri d'Allah Akbar, ça n'a rien à voir avec l'islam. "L'État islamique" n'a rien à voir avec l'islam », se demande ironiquement Olivier Rolin, avant d'ajouter « ce doit être une erreur de traduction ». « Soyons sérieux », affirme le romancier. « Le jihadisme est sans doute une maladie de l'islam, mais il entretient précisément avec cette religion le rapport incontestable qu'a une maladie au corps qu'elle dévore », souligne-t-il.
Christine Angot raconte comment, après les attentats, elle entend dire à la télé que « l'islam est compatible avec la république, le problème c'est pas l'islam, c'est les terroristes » . Ce discours est « inaudible », affirme la romancière. « Ça fait mal aux oreilles », dit-elle, avant d'affirmer : « On n'est pas musulman, on n'est pas juif, on n'est pas catholique, on n'est pas blanc, on n'est pas homme, on n'est pas femme. On joue en équipe, et notre équipe, c'est l'équipe de France. »
L'écrivain Arnaud Cathrine préfère parler d'Adel l'épicier du bas de sa rue dans l'est de Paris. « Un amalgame entre musulmans et fanatiques faciliterait amplement la tâche des assassins », met-il en garde. Jean Hatzfeld, lui, veut se souvenir de « la plus pure solidarité » qui a uni les Parisiens après les attentats, alors que Jérôme Ferrari avoue : « Peut-être sommes-nous entrés en guerre, peut-être sommes-nous entrés en résistance. Je ne sais pas. »
Désormais, il faut « regarder la mort en face », soutient, de son côté, Laurent Mauvignier, qui écrit aussi que « s'engager, c'est aussi savoir ne pas changer, continuer à être ce que nous sommes ».
Responsable du Monde des livres, Jean Birnbaum souligne « qu'on adhère ou non à telle ou telle contribution, on admettra que chacune participe au geste crucial : face aux diseurs de mort, continuer à écrire la vie ».
(Source AFP)

 

Pour Charif Majdalani (extrait):
« ...L'État islamique (EI) frappe méthodiquement chacun de ses adversaires. Mais il les frappe hors du champ de bataille, ce qui est, à mon avis, la preuve de son affaiblissement...
Reste qu'il n'aurait jamais fallu en arriver à devoir se battre contre l'EI. Il aurait fallu l'empêcher de naître, tout simplement. Mais ce n'est pas le lieu ici, ni le moment, de revenir sur les décennies de politiques occidentales consistant à favoriser, par aveuglement ou incompétence, la croissance de telles hydres par le soutien à des dictatures et des régimes autocratiques empêchant des sociétés entières de se développer normalement. L'essentiel aujourd'hui est de réagir en écrasant l'EI. Mais ce ne serait pas rendre justice aux victimes d'hier que de le faire en soutenant un régime dont tous les calculs ont consisté à laisser se développer les mouvements salafistes violents – les observateurs n'ont cessé de le répéter depuis quatre ou cinq ans –, afin que l'Occident un jour soit forcé de choisir entre eux et lui. »

 

Pour Jabbour Douaihy (extrait) :
« ... Nous qui affrontons le paysage humain de nos villes oscillant entre misère et jihadisme islamiste de malheur, et recevons au quotidien les secousses sanglantes provenant de cet immense champ de ruine et de mort, ce vivier de terroristes qu'est devenue la Syrie voisine.
Nous qui, avec un traitement médiatique bien plus sommaire des attentats-suicide, regardons sur les écrans de nos multiples chaînes de télévision défiler les images des corps déchiquetés des victimes et le balbutiement hébété de ceux qui ne savent pas pourquoi ils sont restés en vie.
Nous qui avons suivi, abattu, en direct, qui avons vu et revu tant de fois les images et les films des attentats du vendredi 13 novembre, nous avons bel et bien senti que les attaques de Paris ont été pour nous une prise à revers, un profond coup de poignard dans le dos, militaire et moral. »

Alors que Michel Houellebecq accusait violemment, dans une tribune publiée dans le quotidien italien Il Corriere Della Sera, les hommes politiques français, du président François Hollande à son prédécesseur Nicolas Sarkozy, d'avoir créé les conditions ayant conduit aux attaques terroristes du 13 novembre à Paris, d'autres écrivains s'exprimaient hier dans Le Monde des livres pour répondre « sans trembler » aux tueurs jihadistes.Parmi les 27 romanciers, poètes, philosophes et dessinateurs qui ont pris la plume, figurent les Américains Richard Ford et Joyce Carol Oates, les Libanais Charif Majdalani et Jabbour Douaihy (voir par ailleurs), la Rwandaise Scholastique Mukasonga, l'Égyptien Alaa el-Aswany, l'Italien Marcello Fois ou encore le Britannique Ian McEwan.« Un drame tel que celui qui vient de mettre Paris à une...
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