Rechercher
Rechercher

Culture - Rencontre

L’incroyable destin de Vartan Melkonian

Invité par le Festival de Baalbeck et le CCGA* pour un concert unique le 19 novembre, le petit gavroche (qui a grandi à l'orphelinat de Byblos) devenu maestro (à la Philharmonie de Londres) se confie, entre gammes de musique et palettes de sentiments.

Vartan Melkonian dans les bureaux du Festival de Baalbeck. Photo Maya Halabi

Dans le sillage du centenaire du génocide arménien, émergent en pleine lumière la vie et l'œuvre de Vartan Melkonian, chanteur, musicien et compositeur. De Londres où il est installé, cet orphelin dont le destin a basculé dans la misère la plus noire sur les trottoirs de Beyrouth, que même un roman de Charles Dickens ou de Krikor Beledian ne peuvent décrire, offre aujourd'hui une retentissante image de succès.

Invité par le Festival international de Baalbeck en collaboration avec le Comité central du centenaire du génocide arménien (CCGA) pour un concert unique au Casino du Liban le 19 novembre, Vartan Melkonian, en plus de la première mondiale de son Poème symphonique (Drake Passage), aura sous sa baguette l'Orchestre symphonique de Beyrouth avec 70 musiciens de plusieurs nationalités, dont bien entendu des Libanais, mais aussi des Français, des Anglais, des Arméniens. Pour diriger également des partitions de Beethoven : Khatchadourian et Rahbani.

Dans le branle-bas des répétitions et la fièvre d'affronter l'auditoire, une rencontre, à travers quelques bribes de conversations, pour jeter la lumière sur une œuvre musicale chargée d'émotions. Un poème symphonique habité par un cortège de larmes, mais tout autant frémissant de vie, de volonté de triompher de l'adversité, et jamais démuni d'espoir. Espoir de renaître, de perpétrer tradition et souffle du patrimoine. Tout en honorant le souvenir de ceux qui ont été jetés sur les routes de la mort, des enfances malheureuses, du dénuement, du déracinement, de la dépossession, de l'exode et de l'exil. Une musique qui parle de la vie (pour sauver des vies), de ses imprévisibles outrages, de l'incroyable barbarie humaine tout autant que de son invincible beauté et de sa force de résurrection.

Adieu à Maria Jacobson
Soixante-six ans, veste noire, foulard blanc, barbe de quelques jours, lunettes rondes à la Trotski, cheveux déteints hérissés comme un professeur Nimbus sortant du laboratoire, le musicien est un parfait british citizen. Tout en confiant que la langue arménienne et la langue arabe sont un peu en veilleuse (pour parler technique musicale, c'est dans la langue de Shakespeare qu'il s'exprime), il garde farouchement en poche son passeport libanais, toujours renouvelé.

Voix douce, mais ferme, mêlant ses multiples racines – un Arménien né au Liban, mais aujourd'hui citoyen de Sa Majesté – il répond, en toute humilité et simplicité, à un questionnaire entre gamme de musique et palette de sentiments, entre détails de composition, souvenirs et désir de mettre en échec une existence aux aléas douloureux. Comment a-t-il retrouvé Beyrouth? « Dans son évolution, égale à elle-même : chaleureuse, accueillante, vivante, avec une gastronomie au-dessus de tout éloge. Toujours le même pays, mais la culture n'est plus la même. J'y reviens deux fois par an depuis mes 25 ans, c'est-à-dire depuis que je l'ai quittée, trois ans avant le grand chambardement. Immuablement, je me dirige toujours de l'aéroport à l'orphelinat Birds Nest à Byblos, ma vraie maison ! »

Sa création musicale la plus récente s'intitule Drake Passage. Elle sera jouée en première mondiale au Casino du Liban. Son inspiration ? « En souvenir de l'oncle de Maria Jacobson (la maman de l'orphelinat) qui parlait de ces eaux terribles et traîtresses dans ce passage reliant les océans Atlantique et Pacifique, explique le musicien. Ceux qui ne les ont pas vus n'ont rien vu, paraît-il... Je n'ai pas réussi à dire cette métaphore de la vie, de la traîtrise des eaux en poésie, alors je l'ai dit en musique. » Quant à la composition, il ajoute qu'il s'agit de « quarante-cinq minutes d'une fresque musicale où défilent des paysages. Une musique non mélodique mais tonale. Et non atonale... Une nouveauté pour le Liban, guère dans la tradition classique ». Elle se situerait, analogiquement, entre Debussy et Rimsky-Korsakov. « Avec de petites couleurs arméniennes comme des fleurs qui étincèlent au pied du mont Ararat. » Pas de chœur accompagnant, mais un passage, « un adieu dédié à Maria Jacobson, qui pourrait parfaitement être chanté un jour... »

Un dernier souhait avant ce concert dont les bénéfices serviront à sauver des vies ? La réponse fuse : « Transmettre la passion de donner bonheur et chaleur humaine aux infortunés que Maria Jacobson a pris sous son aile. Mon message est de montrer que les enfants de la rue ont autant de potentiel que n'importe quel autre enfant à qui tout est donné... »

* Événement organisé au Casino du Liban le 19 novembre à 20h30, en collaboration avec le Comité central du centenaire du génocide arménien. Billets en vente chez Virgin Ticketing. Tél. : 01/999666.

---

 

Mieux qu'une fiction hugolienne

Une histoire presque invraisemblable. Et pourtant si vraie, si attachante. Mieux qu'une fiction hugolienne ou dumassienne, avec la touche des malheurs du pays de saint Grégoire l'Illuminateur. Où la plus sombre part de l'humanité se le dispute à la part la plus éclatante.
Vartan Melkonian est élevé à l'orphelinat Birds Nest de Byblos grâce au zèle et à la dévotion de la missionnaire danoise Maria Jacobson, authentique mayrig (maman) qui a consacré sa vie à sauver celle des déportés du génocide arménien de 1915. Pour le jeune Vartan, dans ce monde dur comme une chape de plomb, la musique et le chant sont sa lumière et sa bouée de sauvetage.
Authentique gavroche, il a fui à huit ans de l'orphelinat (qui recevait un nouveau flot de rescapés) pour échapper à l'enrôlement de l'armée. Autodidacte, il a tout appris sur le tas. Jamais ou si peu d'école, et guère de bagage académique au sens conventionnel du terme. Mais la vie est une école. Et les êtres rencontrés de grands maîtres.
Il travaille ses dons naturels portés vers l'art et se transforme en un chef d'orchestre qui aura pour baguette celle de l'Orchestre philharmonique royal à Londres, où ses pas et son destin l'ont mené. Carrière prestigieuse où il chante auprès de Tom Jones, Shirley Bassey et Englebert Humperdick. Tout en assumant des productions et des postes de direction télé indépendant, notamment à la BBC.
Féru de musique classique, ses concerts sont applaudis dans les plus grandes salles d'Europe et son talent de chef d'orchestre l'a conduit à diriger de nombreuses institutions musicales haut de gamme dont, entre autres, l'Orchestre de chambre de Londres et l'Orchestre philharmonique de Londres
Présent sur tous les fronts, de l'Amérique latine aux pays du Golfe (sultanat d'Oman, Arabie saoudite), ses prestations et ses conseils culturels auprès des rois, des princesses et des dirigeants sont écoutés et appréciés.
Il a à son crédit la Fondation Melkonian pour sauver les enfants sans ressources et a levé récemment à New York, avec George Clooney, un million de dollars en aide caritative et humanitaire. Et le combat pour une plus grande et meilleure fraternité, main toujours tendue vers le prochain, n'est pas près de se terminer.
Oubliées les années où il a dormi sur la chaussée et mangé de la vache enragée? Certainement que non, même si la mémoire est fonction d'oubli. Aujourd'hui marié et père de deux enfants portant des prénoms à double identité (euro-arménienne), Vartan Melkonian, ambassadeur humanitaire des Enfants de la rue auprès des Nations unies, a un cœur grand comme ça !

Dans le sillage du centenaire du génocide arménien, émergent en pleine lumière la vie et l'œuvre de Vartan Melkonian, chanteur, musicien et compositeur. De Londres où il est installé, cet orphelin dont le destin a basculé dans la misère la plus noire sur les trottoirs de Beyrouth, que même un roman de Charles Dickens ou de Krikor Beledian ne peuvent décrire, offre aujourd'hui une retentissante image de succès.Invité par le Festival international de Baalbeck en collaboration avec le Comité central du centenaire du génocide arménien (CCGA) pour un concert unique au Casino du Liban le 19 novembre, Vartan Melkonian, en plus de la première mondiale de son Poème symphonique (Drake Passage), aura sous sa baguette l'Orchestre symphonique de Beyrouth avec 70 musiciens de plusieurs nationalités, dont bien entendu des Libanais,...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut