X

Culture

Quarante-cinq minutes dans l’antichambre de la mort

Théâtre

« Barzakh »*, de Jad Hakawati avec Roaa Bzeih, une performance étrange et envoûtante sur le trépas. Qui donne envie de vivre ?

30/10/2015

Qu'y a-t-il après la mort ? La mort est-elle une fin ? Y a-t-il une vie après la mort ? Sous ses différentes formulations, voilà une question essentielle, existentielle même, qui taraude l'homme depuis qu'Adam a croqué la pomme et qu'il est devenu mortel. Mais la vie, cette coquine, avec son cortège trépidant, anesthésie les peurs et met ces questionnements ontologiques en mode pause. Ils ressurgissent inopinément à l'occasion d'un malheur, d'obstacles majeurs, d'une histoire écoutée ou même d'un clair de lune magique.
Et voilà que par un soir de pluie et d'orage, sur les planches du théâtre Tournesol, la troupe Minwal réveille nos angoisses métaphysiques. Et fait ressurgir tout un geyser de sentiments refoulés, qui nous prennent à la gorge, nous piquètent les yeux et nous empêchent de dormir la nuit. À travers une performance intelligente qui se nourrit de philosophie et d'humanisme. Et qui réunit adroitement fond et forme, jeu théâtral et technologies, musique et projections vidéo, lumière et paroles, mouvements et efficacité. Tout cela ne formant – il s'agit certainement là de son point fort – qu'une seule et même entité, tellement ce tout est bien orchestré et millimétré.

Miraculée
Qu'on se le dise d'emblée : porter à la scène cette problématique-là n'est pas commode. Ni de toute facilité. Mais Jad Hakawati devait le faire. Dans l'urgence. Suite à une réalité effarante, celle de l'expérience vécue par sa douce moitié, qui n'est autre que Roaa Bzeih, la jeune actrice en longue robe blanche au milieu de la scène. Une luminosité spirituelle se dégage de la « survivante ». Elle est l'âme du spectacle. Sa principale actrice et inspiratrice. Il y a un peu plus d'un an, Roaa Bzeih a été victime d'un accident de la route. Méchamment touchée, son cœur s'est arrêté de battre pendant 35 minutes. Avant d'être ramenée à la vie, elle a eu des visions. « Elles ne ressemblent en rien à ce que l'on raconte souvent à ce sujet », dit-elle avec un sourire en coin, en plongeant son regard magnétique sur l'assistance assises sur des bancs. Des bancs aussi inconfortables que les faits racontés par la miraculée.
Derrière elle, des panneaux blancs où sont projetées une myriade d'images. Comme un traveling d'un espace/temps vers un autre. D'une vie à l'antichambre de la mort. Vers l'isthme (Barzakh, en arabe) dont la performance tire son intitulé. Cet isthme qui signifie, du point de vue linguistique, une séparation entre deux choses différentes : c'est aussi l'endroit entre la terre et l'au-delà, de l'instant de la mort jusqu'au Jugement ; un domaine hors de l'espace et hors du temps, où, comme le décrivait si bien le poète Mahmoud Darwiche cité dans la pièce, « aucun être vivant ne dit aux morts : sois moi ».
Nous naissons dans un monde d'expériences qui commencent et finissent, tandis que la seule constante est le temps. « Le temps qui ne s'arrête jamais, même avec l'arrêt brusque du cœur humain. » Se heurtent des images et des émotions, la résignation à la peur, la révolte à l'espoir. Durant les 45 minutes, la tension est maintenue à un rythme soutenu.
Au final ? Le mystère des questions essentielles reste intact. Mais ce sourire énigmatique de Roaa puis ses larmes, lorsque une fois les projecteurs sont éteints et qu'on lui pose la question qui nous brûle les lèvres : alors, qu'y a-t-il après la mort ? Elle se tait, regarde son mari. Une forte envie de renaître ? insiste-t-on. Dans ses yeux, une flamme d'espérance. Jusqu'au point dit du non-retour.

•Jusqu'au 8 novembre 2015, à 20h30. Espace Tournesol, Tayyouneh. Tél. : 01/381290

 

---

 

Fiche technique

Mise en scène : Jad Hakawati
Jeu : Roaa Bzeih
Vidéo : Antoine Meyer
Scénographie : Jad Hakawati
Création Lumière : Hagop Derghougassian
Création sonore et musique : Rabih Salameh (oud) et Sary Moussa
Affiche : Karim Farah
Communication : Be Kult
Ce spectacle est réalisé grâce à une subvention de al-Mawred al-Thaqafy.

À la une

Retour à la page "Culture"

Vos Commentaires

Chère/cher internaute,
Afin que vos réactions soient validées sans problème par les modérateurs de L'Orient-Le Jour, nous vous prions de jeter un coup d'oeil à notre charte de modération en cliquant ici.

Nous vous rappelons que les commentaires doivent être des réactions à l'article concerné et que l'espace "réactions" de L'Orient-Le Jour, afin d'éviter tout dérapage, n'est pas un forum de discussion entre internautes.

Merci.

 

Dernières infos

Les signatures du jour

Les + de l'OLJ

1/1

Les articles les plus

x

Pour enregistrer cet article dans votre dossier personnel Mon Compte, vous devez au préalable vous identifier.

6

articles restants

Pour déchiffrer un Orient compliqué