Rechercher
Rechercher

Culture - Exposition

L’infini territoire du cœur, dix-sept fois fragmenté

Sur les 1 000 m2 du Beirut Exhibition Center*, l'amour, le désamour, l'attachement, le rejet... implantent leurs territoires à travers les œuvres de 17 pointures de l'art contemporain libanais : c'est «Heartland – Territoire d'affects»...

Rayyane Tabet, FEU / CAST / TIRAGE 2013, cinq mille pièces uniques de plomb coulé à la main et deux textes muraux, encre sur papier de coton, des morceaux de plomb: dimensions variable; texte de la paroi: 29 x 23 cm chacun, commandée par le Prix Art Abraaj Groupe .

Elle porte bien son nom l'exposition « Heartland – Territoire d'affects », qui se tient jusqu'au 29 novembre au Beirut Exhibition Center*. Car à travers les installations, images et sons, peintures et sculptures réunis dans cet espace par la curatrice Joanna Abou-Sleiman Chevalier, c'est à une véritable incursion artistique en territoire émotionnel que le visiteur est convié. Et vice versa.
Dix-sept artistes et plasticiens libanais, vivant au Liban ou à l'étranger, y présentent chacun une œuvre réalisée en réaction à une situation vécue, une émotion, une sensation, un souvenir vivace... En lien avec le pays du Cèdre. Ce qui est inhérent à cette exposition, c'est que toutes les œuvres ont un point commun : elles sont, par essence, poétiques.

Dans une scénographie aussi élaborée que discrète – créant des espaces au service des œuvres – signée par l'architecte Galal Mahmoud (aidé de trois de ses élèves à l'Alba), les mots-source d'Etel Adnan (transcrits sur des pans de murs) interpellent ceux des installations en fragments de papiers d'Annabel Daou (qui, de New York où elle réside, explore la complexité du langage et les conflits inhérents aux verbes « rester » et « partir ») ; les horizons (des eaux territoriales) du photographe Nadim Asfar se confrontent à ceux en noir et blanc, de vagues et du vent de Fadia Haddad... Les rêves emprisonnés sous les paupières closes de la vidéaste Lamia Joreige rejoignent les fantasmes sous-jacents dans ce portrait d'oreiller signé Gilbert Hage.

Le Spectre d'immeuble beyrouthin de Marwan Rechmaoui joue la symbolique commune avec l'Impénétrable rideau de fils barbelés de Mona Hatoum ou encore ce tableau abstrait blanc du duo Joana Hadjithomas et Khalil Joreige composé d'une mosaïque d'images fantomatiques révélant la silhouette d'un de leur proche kidnappé durant les événements. Les chuchotements des cèdres du peintre Nabil Nahas se mêlent à ce rituel ancestral de chasse du mauvais œil par la fonte de morceau de plomb, « cinq mille fois répété » puis étalé sur le sol par le plasticien Rayyane Tabet (titulaire du Abraaj Group Art Prize 2013).

La sculpture en terre glaise, réminiscence de fragments d'enfance de Simone Fattal, dialogue avec les images de gamins insouciants de Uzai de Mireille Kassar ou encore la peinture « psychogéographique » à forte teneur autobiographique de Hiba Kalache. Et, enfin, la piquante Sitt el-Sittet (à la fourrure tissée de milliers de cure-dents) de Najla el-Zein se mesure au magnétique et menaçant Pendulum n°11 de Ranya Sarakbi (qui vit actuellement à Milan).

À signaler que cette exposition n'est pas à but commercial. Elle comprend des œuvres prêtées par la Fondation Saradar, Abraaj Prize et des collectionneurs privés qui veulent rester anonymes. Et d'autres (comme celles de Nabil Nahas, Nadim Asmar ou Anabelle Daou) qui ont été réalisées spécifiquement pour l'événement.

*Biel. Horaires d'ouverture : tous les jours de 11h à 19h. Tél. : 01/980650 (ext. 2883).

 

---

 

« Beyrouth est le Berlin du Moyen-Orient »

 


Joanna Abou-Sleiman Chevalier a voulu cette exposition comme le témoignage d'un lien atavique des artistes libanais avec leur terre.

 

«Je suis née à Beyrouth, mais j'ai toujours vécu à Paris. Pendant des années, je ne me suis pas sentie particulièrement concernée par le Liban. Il y a vingt ans, quand mes parents sont retournés y vivre, j'ai commencé à y revenir régulièrement pour les voir. Mais je venais en étrangère. Sans souvenirs d'enfance, sans attachement particulier à des lieux... Sauf qu'a chaque retour, c'était mes sens qui étaient sollicités : les odeurs, les couleurs, les sons m'offraient un bouquet de sensations...C'est comme si il y avait là un territoire de reconnaissance », raconte Joanna Abou-Sleiman Chevalier.

Au fil de ses allers-retours, cette curatrice qui a monté des expositions pour le Musée d'art contemporain de Shanghai et à l'espace culturel Louis Vuitton à Paris s'est progressivement familiarisée avec l'art libanais et, partant de sa propre expérience, a eu l'idée de réunir dans une même exposition un ensemble d'œuvres d'artistes libanais dont elle aime le travail.

« Beaucoup de Libanais qui vivent ou qui s'éloignent du Liban ont une relation à leur pays qui est forte, complexe, paradoxale et émotionnelle. Et cette relation inspire tous les artistes sans exception », estime Joanna Abou-Sleiman Chevalier. Laquelle souhaite, «qu'au-delà des grands noms et de la qualité même des œuvres présentées au BEC, les visiteurs libanais soient vraiment touchés, émus et ramenés eux aussi à leurs territoires d'affects personnels. Et que les étrangers réalisent que le Liban est une ruche créative, et Beyrouth » le Berlin « du Moyen-Orient ».


Elle porte bien son nom l'exposition « Heartland – Territoire d'affects », qui se tient jusqu'au 29 novembre au Beirut Exhibition Center*. Car à travers les installations, images et sons, peintures et sculptures réunis dans cet espace par la curatrice Joanna Abou-Sleiman Chevalier, c'est à une véritable incursion artistique en territoire émotionnel que le visiteur est convié. Et vice...

commentaires (0)

Commentaires (0)

Retour en haut