Ces monstres qui nous ressemblent tant.
Hybride, fascinant et tellement hypnotique. C'est une sensation d'étrangeté qui assaille celui qui observe les toiles de Nadia Safieddine, réalisées avec « gourmandise », un appétit de la matière, couleur terre. Et encore plus étrange de découvrir que ce ne sont pas des êtres monstrueux qu'a voulu croquer l'artiste – qui se déploient dans l'espace de la galerie Agial jusqu'à la fin du mois d'août –, mais probablement un peu de ce que chacun porte en soi.
Qu'a voulu proposer cette diplômée des beaux-arts de l'UL, installée depuis quelques années à Berlin, faisant régulièrement la navette entre l'Allemagne et son pays natal ? Comment a-t-elle réussi à marier le figuratif et l'abstrait, rendant les figures abstraites et les coups de brosse figuratifs ?
Oui, ce sont des portraits
« Certainement, répond-elle. Mes modèles ne sont pas des personnages fictifs ou inventés. Ce sont des personnes qui se sont prêtées au jeu de la pose. Elles sont restées dans mon studio et je ne peignais qu'en leur présence. Si la définition du portrait est telle, alors ce sont effectivement des portraits. »
Non, ce ne sont pas des portraits
« Pas des portraits au sens académique du terme. Avec les codes du genre. Comme je ne pouvais travailler sur moi-même, à l'instar des fois précédentes, j'ai utilisé ces deux modèles pour exprimer ce qu'il y a en moi. Je me suis comme projetée en eux et à travers eux. »
Oui, c'est du figuratif
Car à travers les coups de brosse spontanés qui accumulent les couches de peinture à l'huile. De ces strates condensées, rugueuses, presque en tridimensionnel, apparaissent des figures déformées, tristes, pensives ou contemplatives. « C'est notre profond intérieur qui remonte à la surface », avoue-t-elle en termes très brefs.
Non, ce n'est pas du figuratif
Ces visages n'ont pas de membres précis, pas de tronc bien délimité. Il semblerait qu'ils se diluent sous ces coups de brosse qui s'acharnent sur eux.
Un huis clos
L'artiste et les modèles se confondent tant dans l'espace de la toile qu'à son extérieur et se laissent phagocyter par les exigences de la peinture. « Je me laisse guider par mes pinceaux et je n'ai jamais d'idée préétablie ni même un message à proposer. » Amoureuse de la matière et de cette peinture qu'elle sert avec fidélité et férocité, Nadia Safieddine aimerait s'immerger dans ses toiles comme on entre en sacerdoce pour en ressortir barbouillée de teintes et d'harmonies. « Dans mon travail, je ne revendique ni une identité au sens propre du terme ni une neutralité – on ne peut pas peindre si on ne s'implique pas dans les problèmes du monde –, mais une certaine universalité et une humanité qui font mon "identité". » Celle-ci, retrouvée à Berlin, a permis à Nadia Safieddine de s'armer contre tout genre d'intolérance et d'incompréhension.
Pour mémoire
Touche d’humanité dans un monde de brutes avec Nadia Safieddine
Les correspondances entre une toile et un clavier de Nadia Safieddine
Oui, ce sont des portraits« Certainement, répond-elle....

