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Culture

Les au revoir, les quand reviendras-tu ?

Beyrouth, le 14 juillet 2015*
Et voilà, Cici, tout part comme le cri des oiseaux qui s'en va dans l'espace. C'est donc la vie, cette création miraculeuse, qui nous trahit de nouveau. La vie que l'on croyait rien qu'une source de bonheur et de rêve. C'est elle, la vie, qui sépare les amitiés, les visages, les voix, les je t'aime, les au revoir et les quand reviendras-tu ?
Je t'appelais, de temps en temps, à Split où tu vivais depuis des années. Ta voix, toujours majestueuse, évoquait encore les souvenances royales d'une Yougoslavie plus ancienne qu'un amour et un palais, toujours là au bord du Nil, qui sait que pour chaque parole, il existe un silence plus profond et plus grand.
Parler de toi, Cici, veut dire parler d'une belle époque où tout était à la fois beau et mystérieux, où l'on s'aimait, où l'on se séparait, où la folie était raisonnable. Dieu, comme la folie était raisonnable !
25 mars 1988. Première rencontre. Tu te rappelles? Un portrait sous le regard attentif et vigoureux de Marie-Thérèse Arbid. Un portrait que je chéris toujours comme un nouveau-né. On parle de ta vie, de tes portraits légendaires, tes nus, tes icônes, du Liban qui t'a ouvert ses bras quand du Nil et du soleil, le vent était migrateur. Tu dis : « L'homme est petit. » Tu essaies de velouter cette histoire inquiétante de l'être humain. Tu essaies de tourner les pages. Mais les multiples regards de tes personnages, les gestes de leurs corps nous rappellent une certaine lourdeur saugrenue que tu connais depuis longtemps. Encore une touche, et voilà c'est le grand moment des yeux. Tu dis : « Nous avons fait tout ce travail pour en arriver là. » C'est le modèle, c'est lui. Mais c'est toi aussi. Toi qui a toujours découvert le monde à travers tes yeux, à travers une intelligence que possèdent ceux qui ont connu des hauts et des bas.
Novembre 1992. De passage à Beyrouth et de nouveau avec les amis. De nouveau ton regard-inquiétude. Cici aux multiples visages, Cici aux multiples regards. On t'écoute. On écoute tes paroles. Tes silences. On te dit que tes nus sont courage à répéter. On te parle de tes portraits. Du grand moment des yeux. Tu souris. Tu te replies pour regarder tes icônes comme une blonde Madeleine. Pour regarder le calme des dieux.
Janvier 1993. De retour à Split, tu m'envoies une lettre : « Écris, écris, écris, tu le fais si bien... J'étais très heureuse pendant mon passage à Beyrouth. J'espère que Dieu permettra que cela se passe de nouveau. »
La vie, c'est toujours elle qui psalmodie ses bonheurs et ses douleurs. C'est toujours elle qui ne nous permettra jamais de savoir assez. C'est toujours elle à jamais recommencée, reproduite, révulsée malgré tout. Malgré les attentes et les quand reviendras-tu ? ! !

*NDLR : l'auteur de ces lignes, fonctionnaire aux nations unies et ami de l'artiste, avait adressé, en 1992, une partie de ces mots sur la page Facebook de l'artiste. Cette dernière, fatiguée et malade, avait néamoins tenu à exprimer son émotion face à l'hommage.


Beyrouth, le 14 juillet 2015*Et voilà, Cici, tout part comme le cri des oiseaux qui s'en va dans l'espace. C'est donc la vie, cette création miraculeuse, qui nous trahit de nouveau. La vie que l'on croyait rien qu'une source de bonheur et de rêve. C'est elle, la vie, qui sépare les amitiés, les visages, les voix, les je t'aime, les au revoir et les quand reviendras-tu ?Je t'appelais, de...

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