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Culture - Exposition

Les « selfies » entre narcissisme et révolte sociale

Des images numériques « selfies » de Mohammad al-Shammerey et Sara Nirookbakhsh (Artspace) émergent narcissisme, biographie chétive, mais aussi un certain reflet sociétal révolté. Car l'art est l'indéfectible compagnon de la liberté. Du corps et de l'esprit.

Sara Nirookbakhsh enlaçant une tête de taureau.

Entre ciel et toits encombrés des immeubles, « Artspace », niché au sixième étage d'un immeuble au cœur de Hamra, expose en second événement de son inauguration deux artistes : l'Irakien Mohammad al-Shammerey et l'Iranienne Sara Nirookbakhsh.
Bien peu reconnaissent Hamra, autrefois haut lieu cosmopolite et presque de luxe pour les habitués des cafés-trottoirs, aujourd'hui envahi par les refugiés irakiens, syriens, palestiniens et l'on passe... Mais où fleurit une sorte de « cour des miracles » entre mendiants et public interlope populaire, nonchalant et faussement empressé.
Au cœur de cette artère mi-commerçante, mi-divertissante pour les flâneurs de tous poils (objet récemment de nombreux articles de la presse arabe, violemment et différemment commentés sur les réseaux sociaux vite enflammés ! ) Artspace a pignon sur rue. Façon de parler car cet espace, pour jeter un pont et un dialogue entre les cultures du Moyen-Orient, a choisi ses locaux sur les hauteurs pratiquement invisibles de la faune bigarrée qui fréquente les lieux. 300 m² inondés de lumière, mais aussi sur le même palier un « workshop » pour amateurs de technique picturale et un atelier d'artistes.
Pour en revenir à la parité al-Shammerey/Nirookbakhsh, c'est une ronde un peu sage de « selfies » en images numériques et de deux vidéos sans consistance ni nerf moteur.
Lui, bédouin installé à Houston, en « abaya » ou «dashdasha» blanche (ou sombre) et « eggal », en visage soigneusement caché, conteste l'excès des femmes dans la conjugalité... Et pourtant ce sont des femmes nues (dures, à la peau olivâtre, et « gébraniennes » !), elles aussi sans visage, avec des chevelures qui leur couvrent les traits, qui hantent les espaces noirs de ses photographies.
Mais aussi à la manière d'Andy Warhol, des canettes de Coca-Cola pour dire qu'un baril de cette boisson gazeuse est plus cher qu'un baril de pétrole ! Solitude multipliée et attente devant une table immensément longue pour une nuit de la Saint-Valentin, pourtant chargée de promesse et d'espoir. Une femme nue, Pénélope orientale, file son canevas sur des boyaux ensanglantés avec une aiguille crochet digne d'une boucherie. Évitons de parler esthétique tant cet expressionnisme cru est de mauvais aloi !

Moins brimée que ses sœurs
Pour elle, c'est-à-dire Sarah Nirookbakhsh, narcissisme incontinent. Grimée, avec des cils à la Zsa Zsa Gabor, peau disparaissant sous le fond de teint, attifée de robes folkloriques, la jeune femme, venue d'Ahwaz (sud de l'Iran) mais vivant au Canada, se rêve une femme autre, plus radieuse, moins compassée et brimée que sa mère ou consœurs laissées au pays des mollahs... Des poissons, du riz lancé en l'air, maigres symboles d'opulence, de fécondité, de meilleur-être et de joie, pour agrémenter et changer le cours de stériles gestes ancestraux, dans le trépident et féroce courant contemporain.
En plus d'une vingtaine d'images (de différentes dimensions), en noir, blanc et quelques notes de couleurs, deux artistes arabes installés outre-Atlantique parlent sans violence, presque avec effacement, de la liberté d'être et de vivre. Pour une supertechnique de l'image moderne bien maîtrisée, une inspiration cependant un peu à ras de pâquerettes pour une révolte qui fait « pschitt » sans hargne, ni cris !

*L'expo « Selfies » (giclée « printed images on acid free Epson paper ») à Artspace (Hamra) regroupe deux artistes : l'Irakien Mohammad al-Shammerey et l'Iranienne Sara Nirookbakhsh. Elle se prolongera jusqu'au 27 juin courant.

Entre ciel et toits encombrés des immeubles, « Artspace », niché au sixième étage d'un immeuble au cœur de Hamra, expose en second événement de son inauguration deux artistes : l'Irakien Mohammad al-Shammerey et l'Iranienne Sara Nirookbakhsh.Bien peu reconnaissent Hamra, autrefois haut lieu cosmopolite et presque de luxe pour les habitués des cafés-trottoirs, aujourd'hui envahi par les refugiés irakiens, syriens, palestiniens et l'on passe... Mais où fleurit une sorte de « cour des miracles » entre mendiants et public interlope populaire, nonchalant et faussement empressé.Au cœur de cette artère mi-commerçante, mi-divertissante pour les flâneurs de tous poils (objet récemment de nombreux articles de la presse arabe, violemment et différemment commentés sur les réseaux sociaux vite enflammés ! ) Artspace a...
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