Faïza Kaddour conteuse d’épopées féminines d’hier et d’aujourd’hui.
Exit les tenues de griot, les scénarios désuets et ce merveilleux «à l'eau de rose» qui nimbe les contes traditionnels. Avec Faïza Kaddour et Yannick Jaulin, les récits prennent un souffle plus contemporain et réaliste. Avec des accents engagés chez la première et un ton d'humoriste chez le second. À la crypte de l'église Saint-Joseph, les deux diseurs venus de France ont donné le coup d'envoi de la seizième édition du Festival du conte et du monodrame, placé cette année sous le thème de l'amour. Et animé, durant les entractes, par l'accordéon musette de Sébastien Bertrand.
Mais de l'amour au sens amoureux du terme, il n'en sera pas vraiment question ce soir-là. Faïza Kaddour préférant placer son long récit un peu fourre-tout (introduit d'ailleurs par un extrait de Lettres à un jeune poète de Rainer Maria Rilke) sous le sceau de l'amour... de la liberté. En fait, à travers les péripéties d'une jeune Franco-Maghrébine partie en mission au pays de son père, où elle se retrouve emprisonnée et confrontée au machisme dominant, c'est de la condition des femmes orientales que Faïza Kaddour disserte. Avec bagout, dynamisme et un vrai jeu de comédienne (elle a été formée au Cours Simon), la dame conteuse aux longues boucles brunes remixe le genre des Mille et Une Nuits, en version plus crue et sexuée, puis l'intègre dans un récit ultracontemporain que l'on croirait tiré d'un fait divers. On en retiendra des propos d'un militantisme de bon aloi. À l'instar d'«avoir un métier pour une femme, c'est arrêter de faire la Shéhérazade pour séduire l'homme roi» ou encore cette injonction – moins feutrée! – adressée essentiellement aux Orientales: «Quand vous aurez fini de hisser vos pères et vos frères sur des trônes, ils arrêteront de vous chier dessus!» Et en conclusion, cette phrase aiguillon: «La liberté, on rêve tous de l'avoir, mais on ne l'obtient pas en rêvant.»
S'aimer en gazouillis
Plus en mode «one-man-show», Yannick Jaulin, chemise à imprimé Liberty et gouaille frondeuse, s'est lancé, lui, dans une saga, hilarante, de la vie amoureuse des oiseaux et autres insectes du bon Dieu. De la femelle du pinson volage et dominatrice au pigeon mâle fidèle mais violent en passant par la punaise de lit, «l'obsédé sexuel de la création, une sorte de DSK», ou encore le mille-pattes croqué en dernier des romantiques... Ce conteur à la verve d'humoriste a fait rire aux larmes son auditoire. Tout en lui glissant, au détour, de quelques autres histoires d'amours célèbres – Tristan et Iseult ou encore le roi Salomon et la reine de Saba – revisitées à sa sauce annecdotique et décalée, quelques piques sur les mythes fondateurs des religions ou encore, plus aiguisées, sur l'euthanasie des vieilles maisons au Liban!
Faïza Kaddour et Yannick Jollin, un duo somme toute complémentaire qui se produira à nouveau à la crypte de l'église Saint-Joseph, demain vendredi 20 mars à 19h30.
*Billets en vente à la Librairie Antoine et à la crypte.

