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Culture - Rétrospective

Norikian, cinquante ans d’expression de toutes les douleurs arméniennes...

Cinquante ans de peinture quasi exclusivement dédiée à l'expression de l'âme arménienne, marquée au fer rouge du génocide et de l'exode...C'est ce que célèbre Krikor Norikian à la galerie Surface libre, jusqu'au 14 février.

« Émigration », huile sur toile (80 x 80, 1992).

«Même si je peins un bouquet de fleurs ou un nu féminin, les gens y verront le thème de l'exode», assure, un filet de résignation dans la voix, Krikor Norikian. Et pour cause, ce peintre libano-arménien, né à Beyrouth en 1941, représente inlassablement, depuis cinq décennies, des assemblées de personnages aux expressions débordantes de tristesse, de mélancolie, de nostalgie... Cinquante ans qu'il témoigne, de toile en toile, en un lancinant leitmotiv, de l'irrémédiable douleur de l'âme arménienne. De cette sourde souffrance du déracinement que porte en lui, encore et toujours, tout un peuple victime d'un atroce génocide. Un demi-siècle, depuis ses premières peintures, estampes et gravures – et sa toute première exposition organisée dans les locaux de L'Orient ! – qu'il tente, sans relâche, d'approcher par le pinceau cette «catastrophe fondatrice de la conscience moderne arménienne» (dixit Joseph Tarrab).

L'œuvre d'une vie
Pour célébrer le cinquantenaire de sa pratique picturale, qui coïncide d'ailleurs avec le centenaire du génocide
arménien, Norikian a choisi de dévoiler, à la galerie Surface libre*, quelques-unes de ses œuvres dont il n'a jamais pu se séparer et qui constituent donc sa collection privée.
Des peintures, réalisées entre 1976 et 2013, représentant, obsessionnellement, des groupements de femmes, de vieillards et d'enfants aux faces angulaires et émaciées, aux regards à la fois lointains et intérieurs, mais toujours voilés d'une profonde tristesse. Des processions de silhouettes résignées, tournant le dos à des églises en ruine, à une terre brulée, à des paysages parfois indéfinis..., mais desquelles se détache toujours un personnage qui semble interpeller le spectateur de la toile. Un enfant, le plus souvent, que l'artiste place à l'avant-plan de la composition lui donnant, à la fois, le rôle d'ultime témoin de l'horreur et de porteur
d'espérance...
Et une palette de couleurs chaudes orangées, conjuguées aux froides tonalités des bleus. Lesquelles, dans un juste rapport entre leur violence et leur harmonie, embrasent les scènes représentées d'une vibrante charge émotionnelle et les nimbent d'une atmosphère aux confins du réalisme et de l'onirisme.
Une quarantaine de tableaux, majoritairement des huiles et quelques estampes, qu'il présente au public, jusqu'au 14 février, dans un accrochage d'esprit rétrospectif et non commercial. «Ce sont des pièces auxquelles je suis particulièrement attaché. Elles ne sont pas à vendre. Mais j'aimerais qu'elles trouvent un jour leur place dans des musées en Arménie et au Liban», dit-il simplement.
Un souhait parfaitement compréhensible pour cet artiste dont l'œuvre est «habitée» de mémoire. Celle particulière d'un peuple tragiquement jeté sur les chemins de l'exil. Et qui devient, aujourd'hui, emblématique des drames et des errances de toutes les populations, irakiennes, syriennes, yazidies qui, elles aussi, ont rendez-vous avec la barbarie de l'histoire.

Parcours de l'artiste
Formé, dans un premier temps, à l'Institut italien des beaux-arts à Beyrouth, sous la direction de Fernando Mannetti et Jean Khalifé, puis à l'École d'art de Guvder, Krikor Norikian s'envole pour l'Italie en 1965 où il fréquente l'académie Pietro Vanucci à Pérouse. Après un bref retour au Liban, il part en France en 1968, où il intègre l'École nationale supérieure des beaux-arts. Il s'y installera, par la suite, durant plusieurs décennies, au cours desquelles il exposera son travail aussi bien à Paris, qu'à Montréal, Ottawa, Los Angeles ou
Beyrouth. Quelques-unes de ses œuvres seront acquises par des collections privées et publiques, dont le Musée Sursock, le Musée national d'Arménie et le Musée d'art moderne de Erevan. De retour au Liban en 2003, Norikian a amorcé un léger changement dans sa composition, moins académique classique, mais son art reste toujours imprégné d'une vision tragique de la condition humaine...

*Jal-el-Dib, jardin Dadour. Du lundi au samedi, de 10h à 19h. Tél. : 04/715500 – 716600.

«Même si je peins un bouquet de fleurs ou un nu féminin, les gens y verront le thème de l'exode», assure, un filet de résignation dans la voix, Krikor Norikian. Et pour cause, ce peintre libano-arménien, né à Beyrouth en 1941, représente inlassablement, depuis cinq décennies, des assemblées de personnages aux expressions débordantes de tristesse, de mélancolie, de nostalgie... Cinquante ans qu'il témoigne, de toile en toile, en un lancinant leitmotiv, de l'irrémédiable douleur de l'âme arménienne. De cette sourde souffrance du déracinement que porte en lui, encore et toujours, tout un peuple victime d'un atroce génocide. Un demi-siècle, depuis ses premières peintures, estampes et gravures – et sa toute première exposition organisée dans les locaux de L'Orient ! – qu'il tente, sans relâche, d'approcher par le...
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