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Culture - Livres

Le « Far West » d’Éric Vuillard : spectaculaire mais démystifié

Un petit récit incisif et percutant. Avec un thème immense. C'est le dernier opus d'Éric Vuillard, « Tristesse de la terre ». Le Far West et le massacre des Indiens d'une Amérique sans faux masques ou leçons de démocratie et en y laissant des plumes...

Il écrit avec la force d'une caméra au poing. Cinéaste autant qu'écrivain, Éric Vuillard est aussi pourfendeur de mythes. Pour mieux retrouver les mobiles secrets de ceux qui faussent les données historiques. Du Pérou au Congo, en passant par la Guerre mondiale, les images construites par l'Occident tombent et sa civilisation, prétendument constructive, en prend sous sa plume investigatrice une sacrée galoche.
Aujourd'hui avec Tristesse de la terre, une histoire de «Buffalo Bill Cody» (Actes Sud, 158 pages), Éric Vuillard, à quarante-six ans, s'attaque non seulement à la biographie d'un chasseur de bisons, mais surtout au premier « show d'un businessman » d'Outre-Atlantique. Prétexte pour perforer les images de sainte nitouche des Blancs massacrés par les Peaux rouges...
Flamboyant et intrépide avait été ce célébrissime
Buffalo Bill (1846-1917), emblématique figure de la conquête de l'Ouest, moustache frémissante, chapeau à large rebord vissé sur des cheveux qui lui tombent sur les épaules, regard d'aigle toujours prêt à dévorer ses proies, un tantinet narcissique et mégalo. En plus des innombrables ouvrages qui lui ont été consacrés et une cinquantaine de films où souffle son esprit de chasseur impénitent, l'auteur de Conquistadors vient de lui prêter la poésie, la documentation et le mordant de sa plume.
Metteur en scène de l'impressionnant Wild West Show, les gens se sont rués sur son spectacle comme on se rue actuellement sur un match de foot (les archives parlent de 40000 personnes par jour en ce temps-là, pour un cumul de 3 millions d'entrées!), en se régalant d'un passé douloureux. Où les Indiens, exhibés comme des bêtes de cirque, venaient jouer leur propre rôle de victimes... Une institution gigantesque, en tournée
itinérante aux États-Unis et en Europe, qui aurait fait pâlir de jalousie les tréteaux de Capitaine Fracasse ou du Cirque du Soleil...
On entre avec un regard circonspect et critique dans les coulisses de ces tournées péplums, authentique « reality show » avant le terme, tout en touchant aux confins d'une biographie qui fait descendre de son piédestal un personnage qui n'a pas lésiné sur les moyens pharaoniques de mener à bien une entreprise qui pèche au devoir de vérité. Ainsi revisitée, l'histoire est toujours sujet d'attraction, mais aussi de réflexion, de méditation, de mise au point.
Réécrire l'histoire pour donner aux peuples leur part de lumière et de droit, entre grandeur et misère, servitude et décadence, colonialisme sauvage et notion de liberté, voilà une nouvelle tâche du romancier: restaurer la dignité, dans un monde qui perd de plus en plus ses valeurs humaines (et humanistes) et référentielles.
Sans s'écrouler totalement, la légende de l'Ouest est substantiellement éreintée en ces pages truffées de connaissances précises et jamais avalées comme paroles d'Évangile... L'image même des grands chefs sioux est à revoir. Car ces diadèmes de plumes étaient pures inventions: le vieux «Sitting Bull» arborait un immense chapeau plus près des sombreros que de ces harnachements westerns hollywoodiens!
Entre deux chapitres se glissent aussi ces photos en noir et blanc, légèrement jaunies par le temps, ramenant au monde reconstitué des cow-boys et des indigènes. Monde sous l'égide d'un directeur de troupe avide de scènes de bataille et d'un exotisme où se mêlent larme, sang et carnage.
Doté d'une musique secrète par ses phrases nerveuses, ce livre court et haletant est servi par un style vif et imagé. Une voilette de plus pour dire, par-delà tous les rêves caressés, la tristesse de la terre...

Il écrit avec la force d'une caméra au poing. Cinéaste autant qu'écrivain, Éric Vuillard est aussi pourfendeur de mythes. Pour mieux retrouver les mobiles secrets de ceux qui faussent les données historiques. Du Pérou au Congo, en passant par la Guerre mondiale, les images construites par l'Occident tombent et sa civilisation, prétendument constructive, en prend sous sa plume investigatrice une sacrée galoche.Aujourd'hui avec Tristesse de la terre, une histoire de «Buffalo Bill Cody» (Actes Sud, 158 pages), Éric Vuillard, à quarante-six ans, s'attaque non seulement à la biographie d'un chasseur de bisons, mais surtout au premier « show d'un businessman » d'Outre-Atlantique. Prétexte pour perforer les images de sainte nitouche des Blancs massacrés par les Peaux rouges...Flamboyant et intrépide avait été ce...
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