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Visite guidée

Pas de zèbres helvétiques en Suisse ? À Beyrouth, si !

Expositions, performances, ateliers de travail, « artist talks », l'interdisciplinaire « Helvetic Zebra »* regroupe des artistes de Suisse, du Liban, de Turquie et du Maroc avec, pour point de départ, la richesse polyglotte de la culture libanaise, dont nos amis les Suisses partagent l'éclectisme. La curatrice Donatella Bernardi en commente les points forts. Et à voir.

Donatella Bernardi devant les zébrures réalisées sur les murs de Station. Photo Michel Sayegh

Donatella Bernardi, curatrice, artiste et professeure au Royal Institute of Art de Stockholm, semble avoir concocté pour Station (géré par Nabil Kanaan) un programme des plus intéressants avec, pour partenaires: l'office fédérale de la Culture, l'ambassade de Suisse au Liban ainsi que la section arts visuels de Pro Helvetia, Marianne Bürki et Patrick Gosatti.

À partir de la présentation des plus beaux livres suisses, Bernardi a développé une réflexion sur «l'art de la communication, le pouvoir graphique du noir/blanc, l'art de la lettre noire sur la page blanche, les codes visuels de la communication, mais aussi de la parole orale qui porte en elle et de facto le timbre de la voix, unique pour chacun de nous, le langage, imaginaire, fantasmé, hybride, surréaliste, poétique», indique-t-elle. «Il n'y a pas de "helvetic zebra" en Suisse, mais dans nos rêves, peut-être que oui», dit Bernardi en insistant sur le fait qu'il s'agit bien de «fédérer et de construire une constellation d'éléments et les personnalités qui les créent, qui fassent sens, dans une dynamique expérimentale et multidisciplinaire, ce qui correspond, il me semble, à l'état d'esprit et l'énergie de Station.»

Les thématiques abordées? «Dada, le surréalisme, le constructivisme, l'op art, le graphisme et la typographie, la calligraphie et les systèmes de codification, qu'ils soient visuels ou sonores, comme à la radio ou lors d'un concert basé sur la projection de films expérimentaux.» Et la curatrice de préciser: «L'art peut être considéré comme un phénomène de communication des plus riches et complexes, trois pôles sont généralement opposés, le signifiant et le signifié, la forme et le contenu, la manière et le message.» Helvetic Zebra expérimente ce qui peut se passer entre ces trois pôles, ayant en tête l'ouvrage de Gilles Deleuze, La logique du sens (1969). « La forme d'une lettre peut exprimer au-delà de la lettre qu'elle représente, et les impressionnistes, par exemple, nous ont fait comprendre à quel point le sujet peint peut être, en fait, la manifestation physique de la peinture sur la toile.»

Les artistes participant à «Helvetic Zebra» ont été sélectionnés dans différentes disciplines artistiques (graphisme, arts visuels et plastiques, art sonore et radiophonique, musique et performance). «Chacun d'eux s'est distingué et se distingue par l'excellence de sa pratique, dans sa spécificité et sa spécialisation », note la curatrice.
Le projet a pour point de départ la présentation des plus beaux livres suisses.

Parmi les projets à signaler, celui de Philippe Decrauzat, artiste lausannois, connu pour ses œuvres jouant avec les effets optiques et perceptions visuelles multiples. Seront présentées à Station quatre sérigraphies provenant de ce travail.

À voir également, une performance de Franz Treichler, musicien du groupe Young Gods, qui va «performer» devant une série de films expérimentaux (huit au total), dont L'étoile de mer de Man Ray, ou Rythmus 21 de Hans Richter. «Ces films ont un caractère expérimental, esthétisant et surréaliste, et font échos avec plusieurs éléments de Helvetic Zebra.»

À ne pas rater non plus la présentation de la publication LapTopRadio de Laurent Schmid.
«Suite à des années de recherche et d'expérimentation sur les potentiels utopiques et libertaires de la radio, notamment dans le champ de l'art contemporain, depuis les années 70 jusqu'à l'ère d'Internet, Laurent Schmid, artiste bernois responsable du work.master de la HEAD à Genève, viendra présenter sa publication papier et électronique. Laurent et son collaborateur Jonathan Frigeri proposent également une soirée concert à Station à Beyrouth.»

À voir encore, toujours côté «Helvetic», les sculptures de Dunja Herzog. «Investissant principalement le champ de la sculpture, cette artiste bâloise met en place un monde qui questionne les images, les usages et le rôle des objets qui nous entourent. Matériaux bruts ou objets du quotidien, elle s'attache à mettre en évidence ce qu'ils portent comme enjeux – à la fois dans les domaines économique, social ou politique, et dans le domaine du sensible et des corps.» Pour le projet Helvetic Zebra, Dunja propose une série d'objets noirs, ainsi qu'un «dreamcatcher» qui ressemble aussi à un micro de radio des années 50.

Installé à Paris, l'artiste marocain Mounir Fatmi propose une installation «liant certains des éléments les uns aux autres, et questionnant également la notion de code et d'alphabet, l'hybridation calligraphique, l'interprétation, etc». «Quelque chose comme "Technologia" serait juste fabuleux», note Bernardi.


L'artiste curatrice fait elle aussi une proposition, en lien avec l'architecture du lieu. «Dans la veine des décorations lignées noir/blanc que nous avons le loisir d'admirer depuis des siècles, San Lorenzo à Gênes, Santa Maria Novella à Florence, le dôme d'Orvieto, mais aussi le jeu fascinant de la mosquée de Cordoba», précise-t-elle.
«Mario Botta, notre fameux architecte du Tessin, n'a pas inventé son style domino zèbre, il a "juste" rejoué ce qui existait déjà.» À Station, une peinture murale viendra compléter la réflexion sur l'architecture. Cette dernière est une interprétation de Fête de l'artiste anglaise Bridget Riley, la papesse britannique du op art.

Côté libanais, à admirer deux peintures de l'artiste libanais Oussama Baalbaki. De Turquie, Ali Kazma propose une vidéo.

Bernardi conçoit son rôle de conceptrice et commissaire de l'exposition comme celui fédérateur d'un chef d'orchestre ou d'un architecte. «Dans le cas d'une exposition, l'espace est la clef pour une mise en scène où les choses se formulent tout en se faisant. De fait, il est très difficile de monter des expositions uniquement sur plan. L'aura de chaque œuvre ou pièce est à prendre en compte. Pour Helvetic Zebra à Station, des peintures murales décoratives et abstraites me semblent être le médium le plus efficace pour une intervention "site specific" que je peux déléguer, en l'occurrence, à des peintres en bâtiment syriens. Ils vont donc interpréter une peinture de Brigdet Riley tout en la réalisant à leur tour, comme une musique que l'on interprète en suivant une partition. Quant à l'intervention sur les deux colonnes de l'autre salle d'exposition, elle utilise la même gamme chromatique que celle empruntée à Riley, et le dessin est composé de lignes superposées les unes sur les autres, comme un motif textile Sonia Rykiel.»

Quels sont les nouveautés et les points forts de cette manifestation? Pour la curatrice, il s'agit de la confrontation de différents formats, par leur taille et leur temporalité, ainsi que l'originalité d'une exposition qui est le réceptacle, l'écrin et l'élément déclencheur d'échanges à la fois spécialisés, savants et instinctifs. «L'art est quelque chose qui se redéfinit à chacune de ses apparitions, manifestations et réalisations. Il est un langage extrêmement souple, acceptant les nouveaux mots et formules instantanément, dans un jeu de sédimentation et de palimpseste vertigineux, car il est imaginaire, fantastique et physique.» Helvetic Zebra tente d'approcher la création contemporaine dans cet état d'esprit.

Dans le programme parallèle, des «artist talks», mais aussi des ateliers de travail... L'interactivité dans la relation avec l'artiste est, à l'évidence, à promouvoir. «Pour encourager la réception d'une exposition et des œuvres présentées, pour mettre en jeu certaines évidences ou des réflexes d'académiques de tout bord, pour permettre à l'audience d'interagir avec des artistes, avoir accès, même pour une courte durée, à leur énergie et leur méthodologie», conclut Donatella Bernardi en ajoutant que «toute personne curieuse est invitée à faire un saut à Station».

* Helvetic Zebra, à Station, Jisr el-Wati, en face du Beirut Art Center. Du 7 octobre au 9 novembre. www.stationbeirut.com
www.facebook.com/stationbeirut

 

Rendez-vous de «Helvetic Zebra»

Mardi 7 octobre
– De 18h à 21h, vernissage en présence des artistes et des curateurs.
Mercredi 8
– De 14h à 18h, atelier de travail dirigé par Manuel Krebs, David Keshavj et Julien Tavelli.
– De 19h à 21h, conférence sur le design des typographies par Pascal Zoghbi.
Jeudi 9
– De 14h à 15h, « Artist talk » de Dunja Herzog et Oussama Baalbaki. Modératrice : Donatella Bernardi.
– De 16h à 19h : atelier de travail sur le « Radio Art » avec le collectif LapTopRadio, Laurent Schmid et Jonathan Frigeri.
– À 20h, Performance « The Submariner Project » du LapTopRadio.
Vendredi 10
– À 20h, ciné-concert « Franz Treichler Plays Dada ».
Samedi 11
– De 14h à 16h : atelier de musique avec Franz Treichler.
– À 18h : jam-session improvisée.


Donatella Bernardi, curatrice, artiste et professeure au Royal Institute of Art de Stockholm, semble avoir concocté pour Station (géré par Nabil Kanaan) un programme des plus intéressants avec, pour partenaires: l'office fédérale de la Culture, l'ambassade de Suisse au Liban ainsi que la section arts visuels de Pro Helvetia,...

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