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Culture - Exposition

Les Modernes chez Louis II de Bavière le romantique...

Dix artistes contemporains, américains et européens – peintres et sculpteurs –, s'invitent au château royal du Herrenchiemsee de Louis II de Bavière. Les Modernes chez le plus romantique des monarques. Choc des cultures et du temps pour un tour de visite guidé.

Dans un château inachevé, des pièces d’art moderne.

Duplicata de Versailles, érigé en 1878 pour célébrer la magnificence du Roi-Soleil, commandé pour le plaisir d'y résider seulement une dizaine de jours par un roi mégalomane à l'âme d'enfant, capricieux et fantasque, le palais de Herren Chiemsee (l'île des hommes) s'entoure de fontaines et de forêts profondes. Avec une profusion de jardins aux grandes allées, dessinés et conçus par Carl von Effner, sage artisan qui n'a pas cependant égalé Le Nôtre.
Dans ce château inachevé (faute de deniers publics, la population étant totalement écrasée par les impôts pour financer les rêves architecturaux extravagants d'un prince à la démesure sans frein), les touristes et les visiteurs aujourd'hui s'agglutinent face aux bassins et devant les grandes marches conduisant vers un intérieur croulant sous les ors, les tapisseries, les lambris et les reproductions des toiles vantant la gloire de la monarchie française de l'époque... En un ahurissant doublon plus vrai que nature !
Mais la culture règne en souverain absolu sur ce monument autrefois dédié à la solitude et la folie d'un prince qui aimait aussi parfois s'isoler au couvent des chanoines augustins sur un promontoire tout à proximité. En ligne de mire, des évènements culturels dont le public raffole, les concerts dans l'interminable galerie des glaces. Plus longue de 25 mètres que celle de Versailles (!) avec des centaines de lustres et de chandeliers. Beauté et grandeur pour une salle où la musique de Vivaldi ou de Bach a pour rivaux l'architecture et surtout les reflets des miroirs qui se répondent à l'infini. Comme une volée de notes prises à un piège labyrinthique sans issue.
En dix salles aux murs restés en briques rouges, avec des fenêtres donnant sur des arbres centenaires pour des plafonds hauts de dix mètres (c'est la partie inachevée du château), se sont invités des artistes contemporains. Et non des moindres.
Exposition en un tir groupé pour Andy Warhol, Dan Flavin, CY Twombly, Arnulf Rainer, Imi Knoebel, Georg Baselitz, Fabienne Verdier, Wolfgang Laib, John Chamberlain et Willem de Kooning.
Belle brochette pointue chez un mécène qui aimait les arts et qui fit de Wagner son idole adulée... Contrastes d'une expression ultramoderne et de lieux voués aux rêves, à l'isolement, à la quiétude. Du panache et du rififi chez les aristos.
Les intempestives Drag Queen de Warhol ont des éclats incendiaires entre ces murs. Profils flous et couleurs intenses de la « gay life » new-yorkaise, pour des visages qui parlent de la vie et de ses desseins impénétrables... Les installations luminaires de Dan Flavin, connectant les salles en un corridor luminescent, font merveille dans ces tonalités que rien n'endigue, en prise ici avec les ombres d'un temps plutôt plombé.
L'immense toile de CY Twombly, gerbe de couleurs d'un foisonnant bouquet floral néo-impressionniste, en jette plein la vue pour un Été en folie. Les croix délibérément tordues, distordues ou raides comme une ligne de « bahnhof » d'Arnulf Rainer, gorgées de contrastes, de dissonances en clair-obscur, jouent avec virtuosité des mélanges d'un pinceau alliant tonalités sourdes et sombres. Dualité de la vie et de la mort, essence des contradictions pour ces abstractions brutes et brutales surgies de la palette d'un artiste né à Baden, près de Vienne. Qui renouvela la notion de l'art sacré sans être sacrilège !
Monochromes, dans un rouge flamboyant, sont ces volumes d'Imi Knoebel, un pont jeté entre le minimalisme de l'art outre-Atlantique et celui chargé d'un certain aura des objets de tous crins de l'univers de l'Europe.
Exploration bourrée de malice et de facétie avec Georg Baselitz qui allie sens de la transformation et répartition des espaces adroitement architecturés. En les agrémentant toujours d'une pincée d'humour. Surtout, ce Penseur de Rodin revisité comme un totem bantou avec casquette vissée au front !
Telle une grasse et légère calligraphie arabe ou chinoise, la Mélodie du réel, en noir et blanc, de Fabienne Verdier étend ses vagues ondulantes. Éloge de l'imaginaire et jeu avec les lignes, les courbes, les points qui disparaissent, réapparaissent. Une inlassable énergie au fond insondable.
Expérimental et néanmoins plastique est le travail tout en simplicité et beauté de Wolfgang Laib. Un grain de pollen qui traverse le temps sur la surface d'une toile... C'est le temps encapsulé !
Comme échappées au monde du film Alien, sans en avoir leur effrayante monstruosité, sont les sculptures luisantes de John Chamberlain. Pétries en une pâte de métal, elles détonnent en ces lieux d'absolue sérénité. Objets usuels sous une lorgnette inhabituelle : métal contorsionné pour un improbable et élégant cimetière des voitures. Le résultat est sidérant comme du papier mâché aux motifs et aspérités créant une texture et un langage inédits !
Et l'on termine avec des œuvres de Willem de Kooning, étonnamment sages. Comme ces coupures bleues de la nudité des femmes de Matisse. Plaisir de la découverte et de la légèreté. En termes allusifs et aériens se répandent ces quelques touches, ces quelques traits et lignes, pour une caresse imperceptible. Et surgit brusquement une vie aux couleurs chantantes et basiques : rouge, jaune et bleu. Mondrian n'est pas loin de ce chant primitif de la terre.
En ce château qui n'a pas connu l'intensité de la vie, sauf celle posthume des innombrables touristes qui ont drainé fortune et curiosité, cet art contemporain, jailli des doigts et de l'esprit des stars de la créativité américaine et européenne du XXe siècle, a brusquement ici une place. En toute légalité et légitimité, une place de choix. Comme un pont jeté entre passé et présent, une passerelle entre la vieille Europe et le pays de l'Oncle Sam. On y accède en toute jubilation. Comme pour casser tabous et frontières. Pour ne jamais rompre avec une enfance nourricière. Sans doute dans la lignée de la pensée de liberté de Ludwig II de Bavière, émérite cavalier de la fantaisie, du non-conformisme et de la provoc...

Duplicata de Versailles, érigé en 1878 pour célébrer la magnificence du Roi-Soleil, commandé pour le plaisir d'y résider seulement une dizaine de jours par un roi mégalomane à l'âme d'enfant, capricieux et fantasque, le palais de Herren Chiemsee (l'île des hommes) s'entoure de fontaines et de forêts profondes. Avec une profusion de jardins aux grandes allées, dessinés et conçus par Carl von Effner, sage artisan qui n'a pas cependant égalé Le Nôtre.Dans ce château inachevé (faute de deniers publics, la population étant totalement écrasée par les impôts pour financer les rêves architecturaux extravagants d'un prince à la démesure sans frein), les touristes et les visiteurs aujourd'hui s'agglutinent face aux bassins et devant les grandes marches conduisant vers un intérieur croulant sous les ors, les tapisseries,...
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