« La Vie de famille », une des toiles exposées.
Ce sera la première fois que seront présentées simultanément au public des œuvres du peintre du XXe siècle provenant de la collection du Musée des arts décoratifs de Paris et de celle de la Fondation Dubuffet, créée par l'artiste.
Méfiant à l'égard des institutions, Jean Dubuffet (1901-1985) choisira cependant l'une d'entre elles, le Musée des arts décoratifs, pour présenter son travail. Il donnera en 1967 au musée plus de 170 de ses œuvres qu'il estime représentatives de l'évolution de son travail depuis les années 1940.
Quelques années plus tard, en 1973, la fondation qu'il crée aura le même but, le même souci de l'artiste de préserver un ensemble cohérent de sa production artistique, « loin de ces morgues d'embaumement, ces citadelles de la culture mandarine que sont les musées », dira-t-il en 1967.
L'exposition « Dubuffet l'insoumis » est présentée jusqu'au 2 novembre au Fonds Hélène & Édouard Leclerc pour la culture, situé dans l'enceinte d'un ancien couvent de capucins du XVIIe siècle, un temps transformé en supermarché, le premier que fonda Édouard Leclerc au milieu du siècle dernier.
« Ce côté atypique du lieu aurait plu au bonhomme qui, toute sa vie durant, a construit des œuvres pour les mettre dans des lieux passants », s'amuse Michel-Édouard Leclerc, à la tête du centre d'art finistérien. « Il était pour mettre de l'art là où il y avait de la vie », assure-t-il dans un entretien à l'AFP, soulignant l'esprit subversif et iconoclaste de l'artiste.
« 250 œuvres réunies »
Au total, près de 250 peintures, dessins, sculptures et maquettes d'architecture réalisés par l'artiste composent cette rare rétrospective présentée à Landerneau, ville de 18 000 habitants située à une vingtaine de kilomètres de Brest.
« En France, il n'y a pas eu d'exposition qui montre vraiment toute l'œuvre de Dubuffet depuis 2001 et la rétrospective organisée à Beaubourg (le Centre Pompidou de Paris, NDLR) à l'occasion du centenaire de la naissance de l'artiste », explique à l'AFP Sophie Webel, commissaire de l'exposition et directrice de la Fondation Dubuffet, se disant « très contente que ses œuvres soient montrées ailleurs qu'à Paris ».
« On a ici vraiment une très bonne idée du parcours de l'artiste, ainsi que des moments qui ont pu compter pour lui, comme les maquettes d'architecture », estime-t-elle, désignant son œuvre en polystyrène expansé intitulée Salon d'été, imposante maquette d'un projet avorté pour le constructeur automobile Renault.
Parmi les autres pièces présentées : Lili, une marionnette à gaine de 1936, Bouche en coup de sabre, une sculpture en papier mâché teinté de sépia noirâtre de 1959, ainsi que de nombreuses toiles, dont La Vie de famille de 1963.
L'œuvre de Dubuffet est présentée via un parcours chronologique qui s'ordonne autour de l'imposant cycle de l'Hourloupe, travail multiforme qui apparaît aujourd'hui comme la figure de proue de l'œuvre de cet artiste hors normes.
Le Fonds Hélène et Édouard Leclerc, entièrement financé par des actions de mécénat privées, propose un espace de plus de 1 000 m2 d'exposition.
Il a accueilli plus de 200 000 visiteurs en deux ans d'existence et notamment proposé une vaste rétrospective de l'artiste catalan Joan Miro il y a un an.

