« World disco », mappemonde pour un voyage zen.
Des œuvres déstructurées et restructurées. Pour une renaissance, un autre regard, une autre lecture.
Sous le titre éloquent, à la fois provocateur, ingénument irrévérencieux et sans sadomasochisme, de « Sweet cuts » (douces coupures), alliant brisure et érection d'un monde nouveau, l'aventure plastique et contestataire se place sous le fanion d'un certain « Arte povera » injecté de modernité. Dans une insoupçonnable richesse. Richesse de vision et d'idées éreintant le consumérisme sauvage !
Silhouette frêle, barbe rousse, jeans, baskets et tee-shirt à ras le cou pour Samuel Coisne qui, du haut de ses trente-trois ans, revisite les valeurs et l'approche d'une société. De consommation, de frénésie, d'appropriation et de lucre. Dans ses aspects les plus divers, aussi bien géopolitiques, industriels, financiers qu'écologiques. Pour en faire, en toute poésie, dextérité et amusante imagination, des créations à part entière.
À part la beauté plastique, car en art il y a toujours une transcendance et une extrapolation de la réalité, ce point pertinent et percutent est aussi un acte de témoignage, de mixage, de jugement et de réflexion sur les violences et les dévoiements contemporains. Un subtil équilibre entre la fragilité et la force, l'effacement et l'écrasement, l'utilité et la superficialité, le vital et l'accessoire, le rebut et le
sacré.
Ce travail à la patience infinie avec une incroyable habileté manuelle facilite, au hasard des ruptures, des destructions et des césures, l'émergence d'un monde nouveau, luisant, beau. Différemment agencé et conçu. Par exemple ces vitres cassées (notre déplorable quotidien depuis plus de quatre décennies) se transforment sous ses doigts en une constellation stellaire tels un tableau abstrait ou une photographie aux lignes cosmiques, filandreuses et mystérieuses.
Les billets de banque (aussi bien dollar, yen, yuan, livre sterling qu'euro), réduits en miettes et recomposés, sont une variation pour des images insolites enfermées dans leur cadre comme des dessins à décrypter... Monnaie, pouvoir sonnant de l'argent, source de discrimination sociale, de luttes sans merci et d'arrogance, où est donc ta gloire ?
Le papier ordinaire, celui qu'on enterre dans les corbeilles, est dépecé, cisaillé et (ap)posé de telle manière qu'en un mouvement cinétique en relief apparaît un bestiaire voué à la disparition : un gorille, un rhinocéros, un pingouin, un zèbre, un crocodile... Et voilà que de cette limaille de papier émerge non seulement comme des estampes des bêtes d'une grande éloquence gestuelle, mais un pamphlet revendiquant, par le biais de l'art, respect à la nature et à ses créatures.
Que dire de ces rouleaux de papier hygiénique au bout en dentelle fine (bonjour les broderies de Bruges !) trônant au creux d'un boîtier en plexiglas sur fond d'or ? Irrévérence, esprit malicieux et impensable récupération pour une scatologie d'une élégance salonnarde...
Rêves d'évasions et plaisirs de noctambules se rejoignent dans ce «World disco ». Suspendu dans une chambre noire, le globe tournant d'une mappemonde, grâce à un petit moteur, est certainement zen avec ses éclats de miroirs rassemblés tel un puzzle pour des continents noyés dans des mers et des océans d'un blanc laiteux. Voyage cool et heureux pour une projection de pluie d'étoiles fuyantes, lancées par des scintillements et des irisations insaisissables.
À regarder de près aussi cette « source » (exécution avec Nicolas Gaillardon) où pétrole noir et or se dressent en une fontaine à l'odeur étouffante comme un symbole du printemps arabe et de ses dérives. Mais aussi de l'incroyable et servile fusion de l'or noir et jaune, du plus précieux des métaux au produit le plus salissant. Visage de Janus d'un veau d'or à plus d'un masque.
Plus paisibles sont ces bouts de bois cassés qui construisent brusquement des paysages perdus dans l'horizon et limités dans des cadres. Rien à envier à une toile semi-figurative monochrome échappée au pinceau d'un artiste fou de profils perdus et retrouvés.
Né à Douai (France) et vivant depuis plus de vingt ans à Bruxelles, l'artiste déclare en toute spontanéité que ses influences vont de Win Delvoye à Magritte, en passant bien entendu par Marcel Duchamp et toute la culture belge. Le dernier mot est à une phrase qu'il a inscrite sur l'un des murs de la salle. À lire en préambule et postface : « À 33 ans, je marche en moyenne 5 km par jour. Si, depuis le début de ma vie, j'avais marché tout droit sans me retourner, je serais revenu à mon point de départ et j'aurai peut-être fait le tour du monde. Tout peut arriver, mais tout n'arrive jamais. »
*Jusqu'au 31 juillet, du lundi au vendredi, de 10 heures à 19 heures.

