Un jeune virtuose prometteur. Photo Marwan Assaf
Un menu édifiant dans sa qualité de sélection de partitions alliant lyrisme et ardus détails techniques pour des pages de J.-S. Bach, Ernest Chausson, Henryk Wieniaswski, Niccolo Paganini et Aram Khatchadourian. Riche menu à haut risque, assumé avec panache par Ihab Jamal, 22 printemps.
Cheveux drus noués en queue-de-cheval au haut de la nuque, tout de noir vêtu, élève d'Arthur Ter Hovhanessian dont la méthode pédagogique est sous presse pour une grande maison d'édition étrangère, la boîte magique nichée au creux de l'épaule, le jeune musicien, prix Margot Babikian en 2010, membre de l'Orchestre Divan Est-Ouest dirigé par Daniel Barenboïm, a ouvertement flirté avec la virtuosité et la bravoure. Liana Harutyunyan lui donne la réplique en toute efficacité et toute discrétion.
Part belle à un duo qui use en tout charme, assurance et harmonie d'une fructueuse complicité. Belle témérité pour affronter aussi ces partitions redoutables mais non sans laisser parfois quelques plumes... Avec, toutefois, la satisfaction de certaines bonnes échappées, notamment en fin de prestation, pour les périlleuses pages d'Aram Khatchadourian.
Ouverture avec une chaconne du cantor pour solo de violon. Voix sereine et grave avec des éclats d'un lyrisme à l'architecture admirablement dentelée entre pointes et contrepointes. Solitude de la voix humaine, élan de ferveur et de piété, mélange d'espoir et de méditation, telle est la narration d'une danse à trois temps que les Ibériques ont porté à un point incandescent. Un monument du genre que Bach visite en une variation à la basse obstinée. Modulations entre torture et sérénité teintée de confidences claires-obscures, avec des pianissimos comme un chuchotis et des fortissimos comme un cri. Mais hélas avec, par-ci par-là, certaines écorchures et déraillements dans le jeu.
«Un poème» de Chausson ramène le scintillement de l'esprit français sous la flaque de lumière. En touches diaphanes et éthérées, avec mélancolie et des envolées de rêveries. Une poésie certes ardente, mais aux allures oppressantes comme une fenêtre qui a besoin d'avoir les volets grands ouverts pour permettre au flot de lumière de s'y
engouffrer.
Avec Henryk Wieniawski, la Polonaise en ré majeur est un moment de grâce où lamento, pic de joie du violon et accords bondissants du clavier font un superbe feu d'artifice mêlant sanglots longs, trémolos et cascades de chromatismes perlés. Violoniste émérite, compositeur inspiré et pédagogue, Wieniawski coule, avec doigté, dans cette œuvre brillante, tout l'art de traduire la musique en sonorités
envoûtantes.
Et comme un juste hommage à un maître qui n'est pas loin de l'opus cité et interprété, voila le Caprice n° 10 en sol mineur pour violon seul, de Niccolo Paganini, qui prend le relais. Vivace et virtuose exercice de style sans pour autant perdre le sens du plaisir de faire de la musique (non ce n'est pas du Czerny sec et laborieux), avec superposition des mélodies et vertigineuses acrobaties des doubles, triples et quadruples cordes.
Pour conclure, un bijou de morceau et une forteresse dangereuse, quasi imprenable : Le Concerto pour violon d'Aram Khatchadourian. Fers croisés et tendresses échangées pour deux instrumentistes dans les feux d'une narration impétueuse. Trois mouvements (allegro con fermezza, andante sostenuto et allegro vivace) pour un opus coloré et «opulemment» nourri de la sève folklorique du pays des Naïri. Cordes raclées, cadences folles, lyrisme au bord des grandes mélancolies incurables, voilà un chant profond de la terre et d'un peuple porté par une interprétation maîtrisée et sans faille. Dans sa vélocité et ses lenteurs, ses phrases proférées en douceur et son «inendiguable» exubérance.
Longue salve d'applaudissements d'un petit cercle de mélomanes pour une séance qui a duré bien au-delà des 60 minutes habituelles des concerts du mardi soir du CNSM. Allégé d'une vingtaine de minutes, artistes et public auraient été plus à l'aise. Mais nul ne boude le plaisir d'une prestation plus qu'honorable.


Poutine estime que le conflit en Iran a détourné l'attention de Washington de l'Ukraine
Décidément, M. Davidian n'en démord pas: il tient à ses "pointes et contrepointes". Cher Monsieur, en musique, il n'y a ni pointes, ni contrepointes: il y a juste le contrepoint, qui vient du latin "punctum contra punctus". C'est la technique de composition qui consiste à superposer plusieurs lignes mélodiques...Alors que la contre-pointe(avec trait d'union) est "la partie tranchante de l'extrémité du dos de la lame d'un sabre"(Petit Larousse). J'ai déjà fait cette remarque sur les pages de l'OLJ, mais personne ne veut rien entendre. Eh! bien, tant pis...
10 h 59, le 03 juillet 2014