Houmam signe des œuvres géantes, entre peinture, sculpture et dessins. Photo Michel Sayegh
Ses œuvres et ses personnages prennent des ampleurs gigantesques. Tant sur la toile que dans les milieux artistiques. Né en 1981 à Masyaf (Syrie), Houmam al-Sayed a commencé très jeune son parcours artistique. À 17 ans, il donnait sa première exposition. Mais ce n'est qu'après ses études à l'Institut des arts appliqués (département de sculpture, à Damas en 2003) qu'il s'envole vraiment. En exil à Beyrouth, comme tant d'artistes compatriotes, il présente ses œuvres en 2012 à la galerie Marc Hachem qui le mène à New York et à Paris. Mais aussi à Dubaï pour «faire» les ventes de Sotheby's et de Christie's où son style reconnaissable rencontre beaucoup de succès. Sa marque de fabrique? Les personnages à l'anatomie particulière, aux formes amplifiées, cylindriques, larges. L'empreinte du sculpteur est bien apparente.
Houmam peint des inconnus appartenant à des situations bien connues. Sur cette grande toile intitulée Hizam Moutafajjir (ceinture explosive), il aligne six personnages, les coiffe de bérets, les agrandit pour leur donner une réalité et une dimension autres. Il les embobine de ceintures (pas explosives comme le signifie le titre, mais plutôt en cuir).
Leur donne des formes arrondies, ce qui confère une certaine tridimensionnalité à l'œuvre, donnant l'impression que les figures sortent du fond de la toile. Les visages bouffis sont à moitié cachés par des couvre-chefs ou des semelles de bottes de combat. Un œil ou deux réussissent à s'échapper sous les visières. Ce sont des personnages qui voient un seul côté des choses... Comme les partisans d'un camp ou d'un autre.
On retrouve ces mêmes personnages trapus, courts sur pattes, mains dans les poches dans les encres sur papier, dans les huiles sur toile, dans les sculptures de l'artiste. Moulés dans de la résine rouge luisante, aux volumes comprimés, pour le ramener vers la terre, vers ses racines.
Sur une autre œuvre,
douze portraits carrés dans un cadre rectangulaire. Sur chacun, un maelström d'épaisses couches de peinture forme un visage monstrueusement déformé. À son centre, des yeux. Clairs, vifs, perçants. Ils fixent le spectateur, l'hypnotisent et lui transmettent une charge d'émotion à cent mille volts. Électrifiant, l'art de Houmam. Et ses «Pickles», alors?
Tentons une explication. Les «Pickels», c'est le «kabiss». C'est l'art de faire mariner, sous pression, dans du vinaigre, des légumes de toutes sortes: concombres, choux, radis, aubergines, ail, choux-fleurs, carottes, betteraves. Un ou deux mois plus tard, ces derniers ressortent aigres et ramollis. En anglais, l'expression « to get in a pickle » signifie se mettre dans le pétrin. Toute allusion à des situations existant réellement en Syrie n'est certainement pas fortuite.
Carrément voulue, plutôt.
* Marc Hachem Gallery, rue Rafic Halloum, Minet el-Hosn.

