Trois acteurs encerclent les questions de la paternité. (Photo Graeme Braidwood)
Mike est confronté à un choix pour le moins difficile : l'amie de son défunt père lui a demandé s'il pouvait être le père de son bébé. Son ami (boyfriend) Bert n'est pas réjoui par cette affaire. Et Sofia, leur colocataire, est à la recherche du père idéal pour ses enfants, tout en sachant qu'aucun ne pourra être à la hauteur de son macho grec de père. On l'aura compris : la pièce Our Fathers parle de paternité. Un simple e-mail et toutes sortes de tensions identitaires jusque-là étouffées font surface. Loin d'un jargon psychanalytique de complexes œdipiens ou préœdipiens, la pièce interroge néanmoins les normes sociales sur le rôle du père, sur les couples désunis et les unions homosexuelles, sur la virilité, le machisme, sur l'identité du genre, sur le conflit générationnel et sans doute plein d'autres non captées lors de l'unique et cafouilleuse représentation beyrouthine de la pièce de Babakas (tiens, même le nom de la troupe fait référence au père).
Cette formation théâtrale installée à Birmingham comprend des membres venant de Grèce, de Belgique, d'Espagne, des États-Unis et de Grande-Bretagne. Sa pièce Our Fathers, mise en scène par Juan Ayala et Mike Tweddle, est jouée par Tweddle, Sofia Paschou et Bert Roman. Sans être expérimentale, elle inclut des éléments de danse, de théâtre, de la musique et des projections de films. Les acteurs utilisent leurs propres noms dans ce spectacle inspiré de leurs histoires respectives. Les lignes entre la réalité et la fiction son ténues, brouillées. Sofia flirte ostensiblement avec le public. Birt brandit des pancartes sur lesquelles il a écrit des slogans un peu passe-partout, un peu niais, genre « Le monde est dans le trou mais certains regardent les étoiles ». Et lorsqu'il ne danse pas, il boude et montre son popotin pour marquer sa désapprobation. Mike, pour sa part, promène son désarroi sur les planches sans réussir à transmettre des émotions.
Le spectacle tarde donc à démarrer. L'action part dans plusieurs directions et le spectateur ne suit plus. L'acoustique des lieux laissant à désirer, la performance se déroulant sans microphones, les paroles sont souvent inaudibles. Pour ajouter au désarroi du spectateur, les surtitres en français ne sont pas lisibles à cause d'une projection simultanée d'images sur le même écran géant. Bien que certaines techniques théâtrales intelligentes soient mises à l'œuvre, la pièce reste désespérément décevante.
Certains moments sont pourtant agréables à regarder : une conversation via Skype avec le père de Bert, joué par Bert lui-même. La scène où le père de Sofia apparait comme une ombre géante, rétrécissant au fur et à mesure en apprenant la mort de sa mère.
Le spectateur reste malheureusement dans l'attente d'une réponse ou d'une esquisse de réponse aux grandes questions (des thèmes percutants, universels, qui concernent tous fils ou filles, c'est-à-dire tous) que ce spectacle tente de poser. Il ressort donc avec une petite médiation émotive sur la paternité : nos relations avec nos pères et ce que cela signifie d'être père à son tour. Our Fathers, que l'on pensait stérile, aura enfanté cela au moins.

