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Culture

Les xylographies de Jamil Molaeb, un miroir de la vie

Exposition

Une soixantaine de travaux sur bois, gravure et impression, signés Jamil Molaeb, à la galerie Janine Rubeiz*. Pièces cadrées par une scénographie aérienne, tout en baguettes de bois, portant la griffe de Karim Begdache. L'arbre, ami de l'homme, est ici reflet de vie. En toute tendresse et sympathie, la vie avec ses couleurs, ses bonheurs, ses angoisses, ses imprévus, son énergie, sa beauté.

17/05/2014

L'espace de la galerie est inondé de lumière sous ses verrières à ciel découvert. Une galerie face à la mer. Une mer ce jour là bleu-gris à cause d'un temps brumeux et pourtant chaud, avec un crachin inhabituel en cette période du printemps. Dans cet écrin aux ourlets touchés par les rives de la Méditerranée, les œuvres de Jamil Molaeb, dans leur installation sur le mur, resplendissent de vie. Un livre ouvert où palpitent et pulsent les lignes de l'instinct de défense et d'abandon de toute traversée humaine.
À soixante-six ans, cheveux blancs comme neige sous son béret en jean, l'œil pétillant, le verbe toujours constructif, l'artiste, fils de la montagne et terrien de Baysour, cède enfin aux regards du public un volet peu connu de son œuvre: son approche, son expérience et son exploration du bois gravé.
Dans l'ensemble, des pièces qui remontent aux années 1980 et n'en continuent pas moins d'alimenter son inspiration actuelle. Sous le titre éloquent et clair comme une eau de roche de «Une vie qui vaut la peine d'être vécue», ces xylographies déclinent toutes les préoccupations d'une existence. À la fois constat, observation, témoignage et étude sociale. Un cortège d'images qui marquent. Authentique miroir des moments de désarroi, de douleur, d'inquiétude tout comme de liesse, d'espoir et de contemplation.
Des commotions civiles d'un pays livré à l'anarchie et à la guerre, aux paisibles instants de contacts avec la nature et l'exaltation d'un monde intérieur débordant de sentiments, s'égrène un chapelet d'images. Avec une prédominance, une propension pour le noir et blanc. «La matière impose le style. Par respect pour la matière, explique Molaeb. Tout comme on regarde le film de Zorba le Grec, sans penser aux couleurs tant la trame et la narration sont intenses...»
Riche éventail d'émotions, de charges affectives et de sensations que le tissu végétal accueille en toute chaleur et hospitalité. Mais en posant les conditions de sa loi. De dureté, de friabilité, d'endurance, de perception, de noyau empreint des cycles des années, de surface à lisser, poncer, niveler, aplanir... Sans parler de cette porte de salle de bains qui se transforme en un panneau peint avec impression renversée sur papier: deux œuvres, deux images jumelles, à l'interpellation différente! Tout une technique à maîtriser. Et que l'artiste, rompu au métier et à la tâche, use avec finesse et talent.
Les troncs des arbres, noueux et puissants, du citronnier au noyer, en passant par le chêne, le saule (indien), le pin, le lilas de Perse (ce «zanzalakht» qui s'invite en toute facile insolence sur notre sol) sont ici un peu dévoyés de leur essence, de leur fonction, et se plient à la volonté, aux desideratas du dessinateur et du sculpteur. Un travail qu'on n'aborde toutefois guère légèrement, car la moindre faute n'est pas peccadille facilement effaçable ou corrigeable... D'où la nécessité d'abord d'une bonne étude avant toute entreprise.
C'est dans ce sens de distance, de précaution, d'attention extrême, de discipline et de rigueur que s'ouvrent et s'inscrivent ces images qui vont de la canonnade du New Jersey (de triste mémoire) à un innocent coquelicot rouge vif en plein champ, en passant par une touffe de chardons aux inflorescences épineuses, la main ouverte de l'artiste (lit-on les lignes du destin?), le combat de deux coqs hérissés, un renard dévorant une poule, une ville plongée dans le noir, un épouvantail éloignant les prédateurs, un arbre-piège englué de colle pour attraper des oiseaux inconscients des dangers qui les guettent (infinie la cruauté des hommes!), des habitations qui défient les nuages et le ciel, véritables tours d'attente modernes, un calendrier où l'on retrouve le goût de Molaeb de juxtaposer, en traits rythmés, des séries d'objets (de préférence usuels ou familiers, tels une tasse, une cafetière, un oisillon...) comme une charade où il y aurait un secret à percer, un mot à retenir, un son à pourchasser.
Dans ce flot de scènes de la vie courante, chroniques rurales ou citadines douces-amères, paisibles ou innervées de quelques pointes de critiques sociales et politiques, des femmes voilées traversent l'espace des xylographies. Furtives ou majestueuses, timides ou empressées, fantomatiques ou ondulantes, pour retrouver un monde libre et libéré. Tel que le souhaite l'artiste. Un homme tranquille, d'un farouche nationalisme, qui aime sa terre et son art. Et à qui il rend, par la simplicité et l'ingéniosité de sa créativité, son ardeur et son élan au travail, un vibrant hommage.

*Galerie Janine Rubeiz (immeuble Majdalani, Raouché) jusqu'au 7 juin 2014.

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