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L’Europe surprise par la Grande Guerre, malgré des années de tensions

Le sort de la guerre s’est joué dans l’« enfer des tranchées »

OLJ
17/02/2014

Le feu, la boue, la mort : la Première Guerre mondiale s'est largement jouée dans « l'enfer des tranchées », même si le conflit est loin de se résumer à l'interminable et terrifiante bataille de positions qui a englouti des millions d'hommes sur le front occidental et a marqué à jamais la mémoire européenne.
Alors que tous les états-majors prévoyaient en août 1914 une guerre de mouvement à l'issue rapide, l'offensive victorieuse des Allemands en Belgique et en France est bloquée sur la Marne en septembre, puis la contre-attaque alliée s'essouffle sans pouvoir infliger un revers décisif à l'armée allemande : l'affrontement se fixe alors à la fin de l'année sur une ligne de 700 kilomètres, de la mer du Nord à la Suisse, qui va résister jusqu'en 1918 à toutes les offensives des deux camps.
Pour survivre sous le déluge d'artillerie de cette première « guerre industrielle », les combattants se sont en effet enterrés de plus en plus profondément dans des tranchées. Et contrairement à la doctrine militaire dominante dans les armées de l'époque, l'attaque ne parvient plus à l'emporter sur la défense.

Des assauts toujours plus monstrueux
Les généraux des deux camps vont pourtant concocter des assauts toujours plus monstrueux en quête d'une insaisissable rupture victorieuse du front, au risque d'être traités de « bouchers » par les soldats exténués, sous la pression des gouvernements qui exigent des résultats rapides pour sortir de l'enlisement.
Le scénario des offensives devient routinier : d'interminables et terrifiantes préparations d'artillerie dans l'espoir d'annihiler les lignes adverses – un million d'obus seront tirés par les Britanniques sur les positions allemandes le premier jour de la bataille de la Somme – suivies d'attaques massives de fantassins, à la grenade et à la baïonnette – souvent remplacée par une pelle bien affutée – pour tenter d'occuper le terrain censé avoir été dégagé.
Quasiment toutes ces offensives se révéleront suicidaires, pour des gains de terrain infimes : les assaillants à découvert demeurent terriblement vulnérables à l'artillerie et aux quelques mitrailleuses de l'ennemi qui parviennent toujours à survivre aux bombardements les plus terribles.
La littérature et le cinéma ont inscrit dans les mémoires l'image de l'officier, révolver ou Luger au poing, regardant sa montre avant de déclencher l'attaque d'un coup de sifflet, faisant bondir hors du parapet ses hommes qui savent ce qui les attend : une balle ou un éclat d'obus qui les laissera morts ou agonisants dans le no man's land labouré par les bombes et hérissé de barbelés, ou bien, s'ils survivent, un féroce corps-à-corps dans la tranchée ennemie.

Des pertes effarantes
Les bilans de ces batailles sont effarants : 1 200 000 morts et blessés dans les deux camps pendant les cinq mois de la bataille de la Somme en 1916, 770 000 victimes françaises et allemandes à Verdun la même année, plus de 100 000 morts et blessés français en quelques semaines lors de la dernière de ces grandes offensives au printemps 1917, sur le tristement célèbre « Chemin des Dames ».
Cette dernière hécatombe fera souffler un vent de révolte dans les rangs d'une armée française épuisée, contraignant les chefs militaires à être par la suite plus économes en hommes.
Les horreurs de cette « guerre des tranchées », soumettant les combattants à des alternances de terreur pure sous les bombardements et de violence absolue lors des assauts, seront évoquées par les écrivains des deux camps ayant vécu l'expérience du front. « Au-dessus de nous c'est un bombardement terrible. La nuit n'est que rugissements et éclairs. Nous nous recroquevillons dans les coins (...) Au matin quelques recrues sont livides et elles vomissent », écrit l'Allemand Erich Maria Remarque dans son célèbre À l'Ouest rien de nouveau.

La peur et la fureur
« Sous ces bombardements contre lesquels il n'y a pas de défenses, nous hésitions entre une inutile révolte et une résignation de bêtes à l'abattoir », répond en écho l'ancien « Poilu » français Gabriel Chevallier dans son roman La peur.
La peur qui se transforme ensuite en « fureur », relève Erich Maria Remarque, et « qui fait de nous des meurtriers, des démons » au moment des combats.
Entre deux offensives, marquées par l'emploi d'effroyables armes nouvelles – gaz et lance-flammes notamment – le soldat subit l'angoisse de l'attente, exposé aux mortiers ennemis ou à la balle d'un tireur d'élite, celle qui tuera le héros d'À l'Ouest rien de nouveau.
À tout cela s'ajoute le danger souterrain : les mines placées par des sapeurs ennemis sous les tranchées, aux explosions « démentes » dira E. M. Remarque et dont certaines, lors de la bataille de la Somme, seront entendues jusqu'à Londres. Et bientôt la mort vient aussi du ciel avec une autre nouveauté : les avions, qui mitraillent de plus en plus souvent les lignes.

Marqués à jamais
Au printemps 1918, l'Allemagne, débarrassée de la Russie à l'Est et qui sait que le temps joue contre elle après l'entrée en guerre des Américains, jette toutes ses forces dans la bataille et parvient à relancer la guerre de mouvement après avoir enfin percé le front.
Mais elle n'arrivera pas à transformer ce succès en victoire : épuisée, l'armée allemande va céder face à une contre-offensive générale des Alliés – qui utilisent une arme nouvelle : le char – durant l'été, puis refluer vers les frontières jusqu'à ce que Berlin signe, le 11 novembre, un armistice en forme de capitulation.
Et les millions de soldats ayant survécu à « l'enfer des tranchées » en resteront marqués à vie : physiquement – des centaines de milliers d'hommes en sortiront gravement mutilés –, psychologiquement – des milliers de poilus français devenus fous étaient toujours internés dans des asiles psychiatriques vingt ans plus tard, lorsque débuta la Seconde Suerre mondiale –, et moralement – l'immense majorité des anciens combattants.

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