Chassé-croisé amoureux drôle et jouissif. Photo Mohammad Khayyata
« Mais j'ai la tachycardie. Cela prouve bien que j'ai un cœur », s'écrie Michel lorsque sa maîtresse de 5 à 7 l'accuse de ne pas en avoir.
Ce personnage, version syrienne du grand blond à la chaussure noire, est incarné par le sacré cabotin Owiss Mokhllati. Il trompe sa femme depuis huit mois. Avec l'épouse de son meilleur ami. Les éléments du théâtre de boulevard sont là, exacerbés par des dialogues qui bondissent telles des balles de ping-pong, mâtinés d'expressions bien damascènes. Le temps de s'y faire à ce cocktail inhabituel, et voilà la pièce sur sa lancée.
Adaptée de La Vérité, de Florian Zeller, dans une traduction et une mise en scène de Jamil Irshed, Tachycardia – avec Owiss Mokhllati (Michel), Batoul Mohammad (Alice), Arwa Omareen (Laurence), Myar Alexan (Paul) – est un Feydeau modernisé par l'introduction des téléphones portables, ces outils chargés d'indices culpabilisants dans les liaisons extraconjugales. Un Feydeau que nous présente une talentueuse troupe syrienne menée par le jeune metteur en scène diplômé des universités de l'ex-Union soviétique. Le tout sous la bienveillante supervision de Maxime Khalil, metteur en scène et acteur révélé par le petit écran, notamment par le feuilleton libano-syro-égyptien à succès « Ruby », avec Sirine Abdelnour.
La dialectique du mensonge
Voilà donc la pierre angulaire de cette pièce qui se joue des codes du théâtre de boulevard. Un homme trompe son épouse avec la femme de son meilleur ami. Qui dit adultère dit mensonge, dit petits rapiècements, par-ci par-là. Michel, notre héros, est maître dans cet art, car, selon lui, dire la vérité, « c'est faire du mal aux autres ». Mais, et il faut toujours un « mais », sa jolie petite mise en scène ne tarde pas à se disloquer pour révéler une finale surprenante et drôle.
D'aveux en révélations, de mensonges en vérité, tous se révèlent des usurpateurs faisant de Michel l'arroseur arrosé, le dindon de la farce. Au prix de beaucoup d'efforts et de mauvaise foi, il parviendra à nous convaincre des inconvénients de dire la vérité et des avantages de la taire. Mais cette vérité, la connaît-il vraiment ? N'est-ce pas plutôt eux qui lui mentent pour qu'il puisse conserver l'illusion de ne pas leur dire la vérité ?
Dans sa note d'intention, Jamil Irshed avoue avoir voulu, au début, monter une pièce politique à Beyrouth. Mais en « tâtant l'atmosphère survoltée de la ville, au vu de la situation régionale et de la vie politique ennuyeuse, j'ai préféré mettre en scène une pièce qui parle de l'être humain et de son humanité, de l'amitié et de l'amour, de la vérité et de ses différentes conceptions... ». Et le metteur en scène de s'interroger : « Sommes-nous vraiment sincères dans notre quête de la vérité ? Ou est-ce que nous faisons notre possible pour la dénier et rester emmitouflés dans un entrelacs de mensonges ? Et cette quête de vérité n'est-elle pas le premier mensonge dont on se convainc à tout prix ? »
La vérité, mère de tous les mensonges...
*Les jeudis, vendredis et samedis à 20h30, théâtre Babel, Hamra. Tél.: 01/744033.

