Plus de soixante-dix musiciens et choristes (Orchestre du festival Beirut Chants et chœur de l’Université antonine) pour accompagner cinq solistes, tous sous la direction de Joanna Nachef (en médaillon).
La foule se pressait jusqu'aux grilles en fer forgé du portillon extérieur. Avec, aux premiers rangs, un aréopage de personnalités du monde politique et culturel. Et c'est au coude-à-coude sur les bancs que le public attendait impatiemment les premières mesures d'un oratorio-phare, écrit en vingt et un jours après une crise d'apoplexie et qui a toute la valeur d'une renaissance... Triomphe de l'âme sur le corps, de la foi sur le désespoir. Message sans ambiguïté dans une capitale qui n'a pas fini de pleurer ses morts, de porter à la fois le deuil et d'exploser de vie...
Pour le déploiement et l'épanouissement de la phrase «haendelienne», avec la collaboration de l'Institut culturel italien, plus de soixante-dix musiciens et choristes (Orchestre du festival Beirut Chants et chœur de l'Université antonine) pour accompagner cinq solistes, tous sous la direction de Joanna Nachef.
Sanglée dans une robe poisson moulante rose saumon avec bustier piqué de paillettes, les cheveux noirs de jais relevés en catogan, la première dame chef d'orchestre au Moyen-Orient a d'emblée conquis l'auditoire avec son sourire, son discours franc et sincère et sa gestuelle d'une chorégraphie ample et précise.
Ouverture avec une sinfonia chétive et molle mais la barre devait vite se redresser dès l'apparition du ténor Anicio Zorzi Giustianni pour proclamer la prophétie d'Isaïe et réconforter les croyants en attente du grand événement. Prophétie de la venue du Messie à travers les voix admirables de basse-baryton Roger Abi-Nader (aux accents anglais métissés d'intonations bien de chez nous), du soprane Baekjeong Bin aux timbres merveilleusement haut perchés mais à l'élocution un peu brouillée et la palme d'honneur revient à la voix angélique et fine comme du cristal du contreténor Raffaele Pe, à la présence marquante et au dire d'une lumineuse clarté. Avec lui, abasourdi d'admiration devant le paradoxe d'un grand gaillard au gosier de canari, d'une désarmante simplicité et d'un talent qu'on croirait accessible, on en oublie les images et les allures surfaites d'un Farinelli ou d'un Porporino...
On ne louera jamais assez la part léonine dans ce succès du chœur de l'Université antonine, avec la direction du père Toufic Maatouk, modestement chanteur aussi ce soir-là, debout à droite, en fin de rangée parmi les choristes.
Apparition furtive du très jeune Body Hatem, à peine plus haut que trois pommes, qui sut vaillamment maîtriser son trac et chanter en chérubin brun à lunettes, le cœur battant, des mots délicieusement modulés...
Images radieuses chargées de lumière, étincelantes d'étoiles et bruissant des battements des ailes des anges que ces mélodies dont Mozart, le divin Mozart, dira, en parlant du compositeur d'Orlando, Agrippa, Musique sur l'eau et Les feux d'artifice royaux: «Celui d'entre nous qui sait le mieux ce qui fait grand effet... Quand il le veut, il frappe comme le tonnerre.»
Cinq scènes inspirées des Écritures saintes pour cinq solistes inspirés. Un moment d'une intense ferveur qui a jeté son rayonnement, par-delà les rosaces illuminées, sur toutes les artères du centre-ville.
De la prophétie à la Rédemption en passant par la Nativité, dans cette version abrégée du Messie, les images sonores ont retenti avec la force et la piété d'une foi
vibrante.
Salut pour cet Alleluia entonné avec une décapante énergie qui a emporté l'enthousiasme de l'auditoire qui s'est tenu debout pour l'entonner, dans une touchante communion générale. Pour le Roi des rois, il n'en fallait guère moins !


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