« Ce qui est difficile avec les grands opéras de Haendel, c’est de garder le sens de la dramaturgie», affirme Spinosi.
Orlando, transposition musicale du Roland furieux du poète italien L’Arioste, montre comment le neveu de Charlemagne perd la raison après avoir été trahi par Angelica, la femme qu’il aime.
Sujet très prisé des compositeurs (il en existe une quarantaine de versions), l’Orlando de Haendel est le troisième au répertoire de l’Ensemble Matheus, qui a déjà interprété les avatars signés Vivaldi et Haydn.
Servie par des chanteurs de carrure internationale, cette musique de la première moitié du XVIIIe siècle n’est pas forcément facile d’accès par rapport à des opéras plus récents, comme le reconnaît M. Spinosi.
« Ce qui est difficile avec les grands opéras de Haendel, c’est de garder le sens de la dramaturgie, c’est de rendre les personnages vivants », explique-t-il lors d’un entretien à l’AFP.
« Il faut faire en sorte qu’à chaque note corresponde une émotion d’un personnage à un moment vécu de l’histoire, il faut être amoureux et désespéré comme Orlando », ajoute-t-il.
Pour l’Italien Luigi de Donato, qui interprète le rôle du mage Zoroastro de sa superbe voix de basse, la musique baroque est plus difficile à chanter qu’un opéra de Verdi, où l’émotion jaillit à chaque note. « La musique baroque pousse à chercher toujours des effets, à trouver du sens afin de la rendre expressive », explique-t-il.
Avec de surprenants jeux de rideaux en fond de scène et des éclairages presque psychédéliques, la mise en scène d’Éric Vigner, directeur du théâtre de Lorient, accentue la descente d’Orlando dans la folie. Le Canadien d’origine coréenne David DQ Lee (contre-ténor), qui chante le rôle titre, se retrouve comme enfermé au pied du mur de sa démence, alors que l’écrase l’ombre géante de Zoroastro, son mentor et rédempteur.
Les voix féminines sont admirablement servies par la Slovaque Adriana Kucerova (Angelica), la Coréenne Sunhae Im (Dorinda) et la Suédoise Kristina Hammarström (Medoro).
Après Lorient, Brest et Rennes, Orlando est attendu en novembre à Toulouse et Versailles.

