"Mes nerfs étaient à bout. J'ai compté que nous avons été déplacés 13 fois, peut-être plus", raconte ce père de trois enfants, quelques heures après sa libération.
"Ils ont dit que nous serions libérés des centaines de fois. Mais ils mentaient et à chaque fois nous changions d'endroit et il n'y avait pas de libération, c'était une torture psychologique", assure-t-il après avoir finalement retrouvé les siens dans le bastion du mouvement chiite du Hezbollah au sud de Beyrouth, où feux d'artifice, hymnes et drapeaux du parti fêtent depuis samedi le retour des otages.
Ali Termos est l'un des 11 Libanais capturés par des rebelles syriens en mai 2012. Ces musulmans chiites revenaient d'un pèlerinage en Iran, après être passés par la Turquie en bus, lorsqu'ils ont été appréhendés dans le nord de la Syrie, à quelques kilomètres de la frontière libanaise.
Les hommes armés ont alors ordonné aux hommes de descendre du bus, laissant les femmes poursuivre leur route.
Deux d'entre eux avaient été libérés par la suite et les neufs autres ont recouvré la liberté samedi soir au terme d'une négociation orchestrée par le Qatar et la Turquie. L'accord d'échange complexe a par ailleurs permis la libération de deux pilotes turcs enlevés à Beyrouth en août.
"Vous savez, les abus moraux et psychologiques, les atteintes à la dignité (...) c'est pire que la maltraitance physique", affirme un autre ex-otage, Ali Abbas, lui aussi originaire de la banlieue sud de Beyrouth.
Les ravisseurs ont accusé les Libanais d'appartenir au Hezbollah, le parti chiite libanais qui combat les insurgés au côté du régime Assad. Leurs familles ont toujours démenti l'appartenance des neuf hommes à ce parti chiite, sans pour autant cacher leur sympathie pour ses idées.
Entouré de ses proches, dans l'appartement familial décoré de fleurs, le jeune homme lâche au sujet de ses ravisseurs : "Ce ne sont même pas des humains. Tout ce qui leur importe c'est l'argent". La brigade qui a détenu les neuf Libanais "a reçu 100 millions d'euros" dans le cadre de l'échange, selon le quotidien Asharq Al-Awsat.
"Onze des endroits où ils nous ont emmenés étaient détruits par les bombardements et les explosions et plusieurs fois nous avons pensé que nous allions mourir", assure-t-il.
Ali Termos lui aussi reçoit dans sa maison, entouré de sa femme et de ses enfants proposant café et biscuits au flux ininterrompu de connaissances venues le saluer.
Dans ses souvenirs, la plupart des endroits où ils ont séjourné étaient des positions rebelles situées près de la frontière turque. Parmi ces lieux, une tente en plein soleil ou encore une pièce équipée du strict minimum.
Les deux ex-otages ont assuré à l'AFP n'avoir jamais été battus ou torturés par leurs ravisseurs. Un troisième, Ali Chouaib, a lui affirmé à la télévision Al-Manar du Hezbollah, avoir été frappé, les rebelles l'accusant d'être un responsable du parti chiite.
Ali Abbas se rappelle avec émotion du dénouement de ces longs mois de captivité. Un sac sur la tête, les otages ont été conduits vers une destination inconnue. Dans une pièce un homme les attendait. "Vous êtes en sécurité en territoire turc", a-t-il lancé.
"Ca a été un moment merveilleux. Je ne peux pas le décrire", assure Ali Abbas.

