Nicolas Ghesquière. Photo PixelFormula
Confirmée mercredi à la « bible » de la mode, le quotidien américain Women’s Wear Daily (WWD), par le PDG de LVMH Bernard Arnault, Marc Jacobs lui-même et son associé de longue date Robert Duffy, la nouvelle est tombée quelques minutes après le défilé Vuitton à Paris.
« Je ne dis jamais adieu », a lancé Marc Jacobs après le défilé. Pourtant le show ne laissait pas le doute planer. Dans une note aux invités, il remerciait les femmes qui l’ont inspiré, d’Édith Piaf à Kate Moss, son entourage, ainsi que Robert Duffy et Bernard Arnault. Le décor rappelait de précédents shows.
Marc Jacobs, 50 ans, était depuis 16 ans aux commandes de Louis Vuitton, une longévité rare dans le milieu de la mode. Il a fait entrer le malletier-maroquinier dans le prêt-à-porter, réinventant la marque et séduisant le lucratif marché asiatique.
À elle seule la marque, célèbre pour ses sacs et sa toile aux célèbres initiales LV, pèse aujourd’hui près de 7,5 milliards d’euros de chiffre d’affaires, soit plus du double de l’italien Gucci (3,6 milliards en 2012), propriété du concurrent Kering (ex-PPR). Elle a décuplé ses ventes en une décennie.
Le contrat de Marc Jacobs, arrivé chez Vuitton en 1997, devait expirer dans quelques semaines. Il avait jusque-là toujours été poursuivi dans l’intérêt commun du styliste, de Vuitton et de la maison mère LVMH. Mais le dernier contrat n’avait été conclu que pour une année, selon une source interrogée par l’AFP.
Son départ faisait l’objet de rumeurs persistantes depuis des mois. On disait que son duo avec le patron de Vuitton Michael Burke, arrivé en décembre 2012, ne fonctionnait pas aussi bien que celui qu’il avait formé avec Yves Carcelle, dirigeant de la marque pendant 22 ans.
Selon WWD, Marc Jacobs quitte Vuitton pour mieux s’occuper de ses affaires et préparer l’introduction en Bourse de sa propre marque, qui défile à New York. Elle est détenue en partie par LVMH, Robert Duffy et le designer lui-même.
Dans une interview à WWD, M. Arnault a expliqué qu’il aurait été « extrêmement difficile » pour Marc Jacobs de conserver ses fonctions chez Vuitton dans la perspective d’une mise en Bourse de sa marque sur le marché américain, car un tel projet « implique beaucoup
d’investissement ».
La maison a tout de suite annoncé le recrutement d’un styliste italo-canadien, Darren Spaziani, qui s’occupera « principalement » de développer de nouvelles lignes de maroquinerie en cuir.
Selon une source interne au groupe LVMH, le recrutement de Nicolas Ghesquière, ex-Balenciaga, pour succéder à Marc Jacobs à la tête de la création de Louis Vuitton était bien en cours lors de ce dernier show. Le marché estime désormais à près de 700 millions d’euros les ventes de Marc Jacobs, assorties d’une belle marge opérationnelle.
Nicolas Ghesquière a passé 15 ans chez Balenciaga, avant de quitter subitement son poste et le groupe Kering en novembre dernier. Il est depuis en litige avec Kering, qui lui reproche d’être sorti de son devoir de réserve lors de propos tenus en interview après son départ.
« Cygne noir »
Marc Jacobs a eu droit à une standing ovation à la fin du défilé. « C’était magnifique » s’est exclamée la réalisatrice et amie du designer, Sofia Coppola, qui a récemment revisité un sac Louis Vuitton.
La collection était entièrement noire, tout comme le décor. Le premier mannequin a défilé nue, avec les mentions « Louis Vuitton » et « Paris », écrites en gros sur le corps, rappelant la ligne de sacs que Marc Jacobs avait créée avec l’artiste Stephen Sprouse. Les mannequins étaient coiffées d’immenses plumes noires. Plumes, broderies, dentelle sont omniprésentes dans cette dernière collection qui célèbre le corps féminin, tout en transparence.
« C’était le défilé le plus impressionnant que j’aie vu chez Vuitton. Et je les ai tous vus depuis que Marc Jacobs est chez Vuitton ! », a dit à l’AFP Mikiko Kashiwagi, une Japonaise, cliente inconditionnelle de Vuitton. « J’aime Louis Vuitton, c’est ma marque préférée. Le défilé aujourd’hui avait l’air d’un défilé “Black Swan” (cygne noir, NDLR), avec toutes ces plumes et ce noir. Et c’est comme si le cygne disait au revoir et s’en allait... », a noté cette propriétaire d’une société Internet.


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