Gaz et pétrole de schiste, un phénomène qui secoue la planète

Une menace pour le pétrole du Golfe ?

Perspective Al-Walid ben Talal tire la sonnette d’alarme, estimant que la demande mondiale sur le brut est en « baisse continue ».
OLJ
07/10/2013
L’exploitation de pétrole et gaz de schiste, en plein développement, représente une menace pour les pays exportateurs de pétrole du Golfe en termes de parts de marché et d’influence géopolitique, estiment des experts.
Un influent prince saoudien, le milliardaire al-Walid ben Talal, a tiré la sonnette d’alarme en soulignant en juillet que la demande mondiale sur le brut était en « baisse continue » et évoquant la menace présentée par les hydrocarbures de schiste.
Mais le pétrole du Golfe ne semble pas menacé à moyen terme avec le maintien de la croissance en Asie qui dope la demande sur l’énergie.
« À moyen terme, l’Arabie saoudite maintiendra une position centrale sur le marché pétrolier mondial qui sera déterminée à la fois par l’offre et la demande », a noté le Fonds monétaire international dans une récente note sur le royaume.
Mais l’institution internationale a averti que « la révolution du schiste en Amérique du Nord » pourrait réduire la demande sur les produits pétroliers après avoir détourné de la consommation du charbon.
Mettant à profit leurs larges richesses énergétiques, les monarchies du Golfe en ont fait un puissant levier pour leur politique régionale, conforté par divers programmes d’aide.
L’Arabie saoudite jouit notamment d’un statut de producteur d’appoint, en mesure d’augmenter ou de réduire la production, affectant ainsi l’équilibre et les cours sur les marchés.

Une menace réelle
L’expert pétrolier koweïtien Kamil Harami voit en revanche la menace du schiste se matérialiser rapidement pour les pays arabes pétroliers, y compris l’Irak, qui détiennent 40 % des réserves mondiales.
« Les producteurs du Golfe vont être affectés à court terme plutôt qu’à moyen terme », a affirmé à l’AFP cet expert, les États-Unis devant devenir le premier exportateur mondial de pétrole en 2017 et atteindre l’indépendance énergétique d’ici à 2030.
L’exploitation du schiste s’est développée rapidement aux États-Unis dont les réserves de pétrole de schiste atteignent 58 milliards de barils, selon la US Energy Information Administration.
L’Agence internationale de l’énergie (AIE) place les réserves américaines de pétrole de schiste au deuxième rang mondial après celles de la Russie (75 milliards de barils).
Les États-Unis détiennent aussi 665 000 milliards de pieds cubes de gaz de schiste techniquement exploitables, selon l’AIE, ce qui les place au quatrième rang mondial derrière la Chine, l’Argentine et l’Algérie.
« Près du tiers de la production de gaz du Qatar allait aux États-Unis, mais cela s’est arrêté » en raison de l’essor de la production locale, souligne M. Harami.
Le Qatar est devenu en 2010 le premier producteur mondial de gaz naturel liquéfié (GNL), avec une capacité de production de 77 millions de tonnes par an.
Kamil Harami relève dans le même contexte la décision de l’Arabie saoudite de surseoir à porter sa capacité de production de brut à 15 millions de barils par jour (mbj) contre 12 mbj actuellement.
La production de brut des États-Unis a atteint les 7 mbj grâce au pétrole de schiste alors que ses importations ont baissé à un peu plus de 8 millions de barils par jour, selon l’AIE.
L’Arabie saoudite a exporté pendant les 10 premiers mois de 2012 environ 1,4 mbj de brut aux États-Unis, soit 16 % des importations de ce pays dont le premier fournisseur est le Canada.
En 2012, les pays asiatiques ont absorbé 54 % des 7,5 mbj de brut exportés par l’Arabie saoudite.
« La demande sur le pétrole saoudien et du Golfe restera probablement forte à moyen terme en raison de la croissance asiatique », estime Monica Malik, chef économiste de la banque d’investissement EFG-Hermes Emirates.
Mais « la dépendance d’une seule région comporte des risques en cas de ralentissement économique », prévient-elle.
« La production de pétrole et de gaz de schiste est coûteuse et n’est pas rentable en cas de baisse, à un certain niveau, des prix » du brut, ajoute Mme Malik.
M. Harami note également que certains pays comme la Chine envisagent d’exploiter leurs réserves de schiste.
Les pays arabes du Golfe font face à un autre défi : l’accroissement de leur propre consommation d’énergie.
Le prince al-Walid, selon qui les recettes du budget saoudien proviennent à hauteur de 92 % des revenus du pétrole, prône le développement de l’énergie nucléaire et des énergies renouvelables pour réduire « au plus tôt » la consommation interne de brut.
En Arabie saoudite, la consommation de produits pétroliers augmente de 8 à 10 % par an, selon M. Harami qui l’estime à 4 mbj par jour actuellement.
Cet expert conseille aux pays du Golfe de lever les subventions sur les produits pétroliers pour rationaliser la consommation au lieu de « se lancer dans les énergies nouvelles coûteuses et l’énergie nucléaire à risques ».

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