Un mannequin présente une création du Belge Dries Van Noten le 25 septembre 2013 à Paris. Photo : AFP
Parmi les rendez-vous attendus, le défilé Balenciaga qui a eu lieu hier, jeudi 26 septembre. Il s’agissait de la deuxième collection du jeune chouchou de New York Alexander Wang pour l’illustre maison parisienne, après un premier défilé en février qui avait beaucoup plu.
Que va faire Hedi Slimane chez Saint Laurent ? Sa collection grunge avait fait couler beaucoup d’encre l’hiver dernier : pour certains, elle était de mauvais goût, ou simplement tout sauf « Yves Saint Laurent », quand d’autres la jugeaient visionnaire. Quoi qu’il en soit, la tendance grunge a réapparu dans les rayons féminins.
Il y a aussi des premières dans cette Fashion Week, comme l’entrée de la marque française à succès Zadig et Voltaire dans le calendrier officiel, dans lequel se côtoient marques créatives et marques plus commerciales. « Nous soutenons les marques et l’industrie françaises. (...) C’est aussi notre vocation », a expliqué Didier Grumbach, président de la Fédération de la couture. « Toutes les marques qui sont entrées dans le calendrier ont monté en gamme. Le défilé les amène à être de plus en plus pointues », a-t-il affirmé, citant d’autres marques françaises de « moyenne gamme », comme Isabel Marant et Vanessa Bruno. Selon Didier Grumbach, « on peut commencer en étant extrêmement créatif ou bien en ouvrant des boutiques ».
La Néerlandaise Iris Van Herpen se situe clairement dans la première catégorie. Découverte en 2011 avec la haute couture, elle présente son premier défilé prêt-à-porter. À 29 ans, elle a déjà son exposition à la Cité de la dentelle et de la mode à Calais (Nord). Ses collaborations avec des scientifiques et des architectes donnent à ses créations un style innovant, renvoyant à la sculpture et à l’art contemporain.
Chez Paco Rabanne, Julien Dossena, nommé début août directeur de la création du prêt-à-porter féminin, présentera sa première collection. Le créateur, qui a notamment travaillé chez Balenciaga, succède à l’Allemande Lydia Maurer restée moins d’un an à la tête de la création de la maison fondée en 1966.
Alaïa au musée Galliera
Les défilés prendront leurs quartiers dans quelques-uns des plus beaux lieux parisiens, comme l’école des Beaux-Arts et le Jardin des Tuileries. Les journalistes se presseront au Palais de Tokyo, où sera installé le centre de presse et où défileront une douzaine de collections.
À deux pas, le palais Galliera, le musée de la mode, rouvrira ses portes demain samedi 28 septembre avec une rétrospective du grand couturier Azzedine Alaïa.
Son égérie de longue date, Naomi Campbell, s’est associée à une autre ex-mannequin, également noire, Bethann Hardison, pour écrire une lettre envoyée notamment à la Fédération de la couture dénonçant le racisme dans la mode. Elles reprochent aux designers de ne pas faire défiler assez de mannequins noirs. « Nous avons cent défilés de 22 nationalités différentes. On ne voit pas comment on pourrait être taxé de racisme, s’est défendu Didier Grumbach. J’ai connu des périodes où les plus beaux mannequins étaient noirs. Ça tourne. Il y a des périodes où on est plus européen. »
Du doré et des volants chez Dries Van Noten
Mercredi 25 septembre, les premières silhouettes paraissent sages et même austères, avec des jupes qui arrivent sous le genou, des coupes assez larges, chez le Belge Dries Van Noten. Mais très vite apparaît de la légèreté, avec du doré venu réveiller du beige, comme si des feuilles d’or étaient collées sur les vêtements. Puis les volants se font de plus en plus nombreux, dans de superbes plissages.
Le créateur belge prouve une nouvelle fois qu’il excelle dans les imprimés : de grandes fleurs colorées égaient des vestes noires, des motifs ethniques se déploient, des brillants apparaissent.
Dries Van Noten a imaginé cette garde-robe « pour une femme de 2014, mais une femme forte, comme Loulou de la Falaise ». La collection ravira les élégantes.
Le Portugais Felipe Oliveira Baptista, qui a déjà présenté une collection très appréciée chez Lacoste il y a quelques jours à New York, a également séduit son public avec sa collection sous son propre nom.
Il s’est inspiré de l’uniforme militaire, de sa « simplicité rigoureuse », puis il l’a détourné. Les silhouettes, souvent monochromes (écru, kaki, beige, bleu touareg), restent très épurées. Les matières, du coton mélangé à de la soie, semblent caresser la peau tout en légèreté.
Beaucoup de looks sont amples, mais resserrés à la taille. Certains vêtements sont trompeurs : on croit voir un manteau, c’est en fait une robe.
« J’aime beaucoup ce côté sobre très fonctionnel (de l’uniforme militaire). Après, c’est la personne qui donne une allure aux vêtements et pas le vêtement qui déguise la personne », a expliqué à l’AFP le créateur en coulisses.
Damir Doma, épuré
Le vestiaire du jeune styliste croate Damir Doma, ancien collaborateur des Belges Raf Simons et Ann Demeulemeester, célèbre le style épuré et minimaliste en vogue : beaucoup de robes droites d’un blanc immaculé, parfois ajourées de petits cercles.
Le short de ville, façon pagne, se fait passer pour une jupe ou une robe dans un parti pris de découpes structurées. Le noir s’invite sur des robes à la taille marquée par de larges ceintures.
Des robes associent lin brut et popeline de coton dans des effets géométriques. Une veste noire et blanche est associée à une jupe orange, tandis qu’une tunique trapèze couleur jonquille flirte avec une jupe blanche.
Alexis Mabille, look et attitude
Style très différent chez Alexis Mabille, avec sa collection « Bomb Girl ». Il fait défiler combi-pantalon kaki, robe foulard décolletée, blouson sans manche en toile de coton bleu.
Le trench, transparent, laisse voir des sous-vêtements noirs ; le short kaki se porte avec des bottines de cow-boy ; la chemise en soie blanche est complètement ouverte sur la poitrine.
« C’est inspiré de Rosie the Riveter, icône américaine libérée très féminine, un clin d’œil aux pin-up d’Alberto Vargas (peintre péruvien, NDLR). Elles ont des seins, des bouches rouges et des démarches de garçon. Ce sont des bombes sexuelles avec un caractère d’enfer. C’est une collection articulée autour du look et de l’attitude », dit Alexis Mabille.
Cette bombe hyperféminine mais qui s’approprie les codes masculins « adopte un vestiaire hyperglam porté avec désinvolture, comme un mec », dit-il encore.
Gareth Pugh, théâtral
Au Palais de Tokyo, le Britannique Gareth Pugh, révélé avec des costumes de théâtre et d’opéra, a présenté une collection très architecturée aux looks futuristes. Les vestes à manches courtes forment des sortes de coques protectrices, tandis que les robes portées parfois sur des pantalons fluides affichent des cols spectaculaires. Le gris, le noir et le blanc dominent avec quelques touches vert émeraude. Le soir, la robe longue se porte avec des manches de fourrure façon grizzly.
Hier jeudi, c’était le tour de Balenciaga, Carven, Balmain et Lanvin.

