Un maître barbier dans son salon à Paris, le 31 mars 2010. AFP/Archives/Patrick Kovarik
Il évoque l’Antiquité, avec les philosophes grecs, parle de la « virilité guerrière » que la barbe a pu symboliser, en vient à François Ier, qui se serait laissé pousser la barbe pour dissimuler une cicatrice au menton... Au XXe siècle, dans les années 50, « la barbe réapparaît avec les beatniks, quand elle n’est plus à la mode chez les gens de pouvoir, pour montrer qu’on se fiche de son apparence », explique-t-il. « Le poil devient un signe de rébellion. (...) Jésus-Christ passe alors pour le premier hippie ». Puis le phénomène disparaît, jusqu’à ce que la barbe de 2-3 jours revienne dans les années 1990. « Puis on l’a laissé pousser », résume Laurent Cotta.
Le phénomène hipster, qui « reprend plusieurs éléments de l’idéal des beatniks », est passé par là. « Aujourd’hui, en voyant le visage de certains hommes, on se dit qu’ils peuvent être hipster comme salafiste ! » tant la barbe est fournie, lance-t-il. La barbe aujourd’hui, « ça dit qu’on travaille dans des professions artistiques. Ça reste beaucoup moins facile à porter dans une banque que dans un bureau de style », assure Laurent Cotta.
Antoine Ettori, graphiste âgé de 28 ans à Paris, porte une barbe fournie mais pas longue « depuis un ou deux ans ». « Je suis loin d’être le seul dans ma profession. C’est un look faussement négligé, qui n’est pas mal perçu », confirme-t-il. « Ça demande plus d’entretien que si je me rasais : je la taille régulièrement, presque une fois par jour, pour ne pas avoir le côté père Noël. (...) Et mon coiffeur taille très bien la barbe », explique-t-il.
Sarah Daniel-Hamizi a ouvert il y a 10 ans son salon La Barbière de Paris, dans le IXe arrondissement. « J’ai de plus en plus de clients. (...) Certains viennent une fois par semaine », se félicite-t-elle. Qui sont ses clients ? Des homosexuels comme des hétérosexuels, et surtout des cadres sup’. « C’est un budget », reconnaît-elle. La taille simple coûte 18 euros, il faut compter 27 euros pour une barbe sculptée, 7 euros pour une épilation des pommettes ou des narines. Elle propose coloration, brushing et même maquillage éphémère.
Elle a noté « un boum évident » de la barbe. « Elle est maintenant tolérée par la société, si elle est entretenue. » Elle lui voit quantité d’avantages : ça permet de dissimuler acné, cicatrices, « ça donne un côté viril », « c’est un moyen de séduction, comme les cheveux pour les filles ». Et pour ceux qui souffrent de calvitie, la barbe permet d’attirer le regard sur le bas du visage.
Il y a maintenant cinq barbiers dans son salon. « Des coiffeurs m’appellent de partout pour être formés », dit-elle. Les barbiers sont de plus en plus nombreux à Paris, alors que les hommes font davantage attention à leur physique. Mais Sarah Daniel-Hamizi met en garde : « Ce métier de tradition demande beaucoup de technique : c’est d’une précision chirurgicale. À un poil près. »


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14 h 24, le 06 septembre 2013