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La Turquie, « un pays propice aux théories du complot »

Nouveaux heurts entre police et manifestants à Istanbul

Violences Les ministres allemand et turc des Affaires étrangères
discutent de l’UE à Doha.
OLJ
24/06/2013
La police turque a utilisé des canons à eau pour disperser des milliers de manifestants de retour samedi sur la place Taksim à Istanbul, provoquant à nouveau des heurts après plusieurs jours de calme qui succédaient à trois semaines de manifestations sans précédent contre le gouvernement islamo-conservateur.
Les manifestants s’étaient rassemblés sur la place Taksim pour commémorer l’assaut donné par la police une semaine plus tôt dans le parc Gezi, jouxtant la place, le dernier bastion de la contestation antigouvernementale. Les contestataires ont conspué le Premier ministre Recep Tayyip Erdogan, appelant à sa démission et scandant : « Ce n’est qu’un début, continuons le combat », avant de jeter des œillets rouges sur la place et sur les marches menant au parc Gezi, en hommage aux morts, aux blessés et aux personnes arrêtées au cours de la répression policière des manifestations. Mais une heure et demie plus tard, et après des sommations appelant les manifestants à évacuer la place, la police est entrée en action, des centaines de membres de la police antiémeute repoussant la foule avec leurs boucliers, appuyés par des canons à eau.
La police n’a pas eu recours sur la place à des grenades lacrymogènes, dont l’usage massif contre les manifestants au cours des dernières semaines avait été très critiqué, notamment par les associations de médecins. Mais très vite, elle a repris ses habitudes au cours des heurts qui l’ont opposée à des centaines de manifestants dans les ruelles du quartier de Beyoglu, proche de la place Taksim. Après plusieurs charges contre des jeunes jetant des pierres et des bouteilles, les forces de l’ordre ont arrosé le quartier de gaz lacrymogène. Les policiers ont également tiré sur les manifestants avec des balles en caoutchouc. Dans la rue Mis, connue pour ses bars, un groupe d’agents antiémeute a été pris à partie par les consommateurs, qui jetaient des verres et des bouteilles depuis les balcons, et des chaises et des tables depuis les terrasses sur la rue. Il a réussi à quitter les lieux après avoir tiré une grenade de gaz lacrymogène. La police a brièvement roué de coups quelques manifestants, sous les yeux d’un journaliste. Des groupes de jeunes commençaient à ériger des barricades sommaires dans certaines ruelles. Ailleurs, plusieurs hommes en civil et munis de bâtons menaçaient les manifestants, sous les yeux de la police.
La police est également intervenue contre des manifestants dans deux quartiers d’Ankara, Tunali Hilmi et Dikmen, a rapporté le quotidien Radikal. En outre, une cinquantaine de suspects, liés selon les autorités à une organisation d’extrême gauche clandestine, ont été inculpés pour appartenance à une organisation terroriste et placés en détention préventive vendredi et samedi à Istanbul et Ankara.
Hier, près d’un millier de manifestants réunis sur la place Taksim pour une « marche en l’honneur des transsexuels » en ont profité pour entonner des slogans du mouvement, sans être réprimés par la police. « Ce n’est que le début, la lutte continue », a scandé la foule colorée de militants des droits des transsexuels, travestis, gays et lesbiennes. « Tayyip, les invertis arrivent ! » ont également crié les militants, « je suis là mon amour, ouvre, ouvre ! » Partis de la place Taksim, les manifestants ont marché sur l’avenue commerçante Istiklal en arborant des pancartes en turc et en kurde sur lesquelles on pouvait lire « être transsexuel n’est pas une maladie » et « la transphobie tue ».
Par ailleurs, les chefs de la diplomatie allemand et turc se sont rencontrés samedi à Doha pour évoquer notamment les relations de l’UE et de la Turquie, a annoncé le ministère allemand des Affaires étrangères, au lendemain d’échanges cinglants entre Berlin et Ankara. « L’entretien (entre l’Allemand Guido Westerwelle et le Turc Ahmet Davutoglu) s’est déroulé dans une atmosphère constructive et amicale », a précisé le ministère dans un court communiqué publié à Berlin. Le ton était violemment monté vendredi entre Berlin et Ankara alors que la Turquie avait rejeté les critiques allemandes sur la répression des manifestations anti-Erdogan. Les ambassadeurs des deux pays avaient été convoqués aux ministères des Affaires étrangères respectifs. Samedi, l’ambassadeur d’Allemagne à Ankara, Eberhard Pohl, a été de nouveau convoqué au ministère turc des Affaires étrangères. M. Pohl s’est entretenu pendant une heure et quinze minutes au ministère avec le sous-secrétaire d’État turc Feridun Sinirlioglu, a rapporté la chaîne d’information NTV. Aucune des deux parties n’a fait de commentaire à l’issue de l’entretien.
(Sources : agences)

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