Touristes chinois à Paris.
« Cela devient un fléau. Depuis l’an dernier, on a quasiment quotidiennement des attaques », déclare Jean-François Zhou, qui dirige à Paris l’agence Ansel Travel spécialisée dans l’accueil de touristes chinois.
Le 20 mars dernier, un groupe de 23 personnes fraîchement débarqué à Roissy s’est fait détrousser devant un restaurant au Bourget, au nord de Paris. Leur accompagnateur a été frappé et s’est fait voler un sac qui contenait les passeports et une grosse somme en liquide.
« L’information a aussitôt circulé sur Weibo, le twitter chinois », souligne Jean-François Zhou, et jusqu’à la télévision. L’Association chinoise du tourisme a exhorté la France à punir les coupables et assurer une « protection efficace » des touristes chinois.
Li Ping, ministre conseiller chargé des Affaires consulaires à l’ambassade de Chine, reconnaît qu’ « il y a une tendance à une croissance des plaintes depuis un an ou un an et demi ». Beaucoup concernent des vols à l’arraché, surtout à Paris. « En une semaine, on peut avoir cinq ou six demandes de délivrance d’un titre de voyage », pour remplacer un passeport volé, dit Li Ping.
Il assure que « la partie française » a conscience du problème et y accorde « une attention importante ». « D’après ce que je sais, la police fait des efforts pour mieux surveiller », ajoute-t-il.
La ministre du Tourisme, Sylvia Pinel, a promis mardi de « veiller à la sécurité des touristes étrangers » en France et assuré que « tout sera fait pour retrouver les auteurs » de l’agression du Bourget.
Pourquoi les Chinois sont-ils visés ? « Parce qu’ils voyagent souvent avec beaucoup d’argent en cash. Certains peuvent avoir jusqu’à 10 000 ou 20 000 euros sur eux pour faire des achats », note Jean-François Zhou.
Pour la France, l’enjeu est énorme. Les Chinois sont de plus en plus nombreux à visiter le pays (1,1 million en 2012, deux millions attendus à l’horizon 2020) et dépensent en shopping environ 60 % de leur budget voyage, surtout en produits de luxe, soit 1 470 euros en moyenne par enseigne (en détaxe), selon le leader mondial de la détaxe Global Blue.
Les Chinois forment déjà la première clientèle des achats en duty-free en France. Et achètent 25 % des produits de luxe dans le monde, selon le cabinet Bain & Company.
Mais, pour Jean-François Zhou, « la situation est grave » : « Si les agressions continuent, ça risque de nous pénaliser. Pour l’instant, venir à Paris est un rêve pour les Chinois, mais ça peut changer », dit-il.
Parmi ses clients, « sur un groupe de 800 personnes en octobre, une dizaine ont été volées dans la même journée, au Louvre notamment. En février, un minibus bloqué dans un embouteillage a été attaqué, les vitres ont été cassées, les sacs volés. Le week-end dernier, des touristes ont été dépouillés dans un hôtel 4 étoiles à Paris... »
Selon Paul Roll, directeur de l’Office de tourisme de Paris, les Chinois sont ciblés dans deux zones : sur les grands axes touristiques de la capitale, du Louvre au quartier de l’Opéra et aux grands magasins, en passant par la place de l’Étoile...; et près d’hébergements où ils séjournent en banlieue, dans des endroits « sans densité de vie ». « On travaille avec la préfecture là-dessus. On a sorti un dépliant en chinois sur les problématiques de sécurité », indique-t-il à l’AFP.
Renlai Zhu, directeur du site d’information sur Paris en chinois YouParis.com, tempère le phénomène des vols et des agressions : « Oui, il prend de l’ampleur, mais n’est pas propre à Paris, il existe aussi en Espagne ou à Rome. »
Si les pouvoirs publics ont à cœur de rassurer les touristes chinois, ils veulent également faciliter l’accès aux visas. « Les visas sont un véritable outil marketing. Qui donne des visas aisément verra plus de touristes venir », dit Paul Roll à l’AFP. « L’Allemagne en délivre bien plus que nous aux Chinois », note-t-il.

