Thierry Van Biesen : « Dans les contrastes se loge la lumière. »Photos Michel Sayegh
Dans la Grande Pomme, l’étudiant côtoie les figures les plus prestigieuses de la photographie, notamment Sarah Moon, Duane Michals et Arthur Elgort. «Contaminé» par l’art de la photographie, l’artiste en herbe laisse tomber les études pour se frayer son petit chemin et, de retour au Liban, ouvrir son propre studio en compagnie du reporter libanais Patrick Baz. Tout en poursuivant parallèlement des études de mathématiques, «pour la forme», dira-t-il en rigolant, il travaillera pour de grandes marques publicitaires.
Une touche personnelle
Mais ce n’est qu’en 1997, établi alors à Londres, que Van Biesen va créer son propre style et se forger sa personnalité. «C’est avec Marianne Ghantous, devenue plus tard ma femme, que nous commencions à créer notre univers personnel. Elle m’a insufflé une vision particulière, teintée de lumière et d’optimisme, et m’a appris à réaliser les contrastes», avoue Van Biesen. Et de poursuivre: «En souvenir de ma compagne et artiste partie trop tôt, j’accroche aujourd’hui mes œuvres à Beyrouth.»
En effet, dans le monde presque virtuel de Thierry Van Biesen pas de place à la noirceur ni aux idées obscures. Tout est prétexte au ludique, à la joie, aux couleurs criardes et fortes, à la lumière qui baigne, voire éclabousse chaque photo. «La guerre du Liban a eu un grand impact sur ma personne, dit le photographe. Je voulais occulter tout ce qui s’est passé et éliminer tout cet univers de laideur. J’ai donc tout supprimé autour de moi et me suis créé une sorte de bulle dans laquelle je me suis enfermé...» «Mais, ajoute-t-il, pas tout à fait close, puisque cette bulle me permet d’avoir des ailes et de m’envoler.»
Des femmes qui sautent en jupes froufroutantes sur une plage de sable doré; des mers d’un bleu profond où sont posées des figures féminines sur un rocher; des silhouettes aux longues jambes arpentant la terre, les vagues, le ciel et toujours ce bleu, ce bleu de l’immensité qui colore la palette de Thierry Van Biesen. Autant d’images qui évoquent l’envol, l’évasion. Vers des horizons nouveaux. «Il y a bien sûr des montages dans ma photo et une mise en scène bien élaborée», signale le photographe qui dit faire des croquis avant de se mettre derrière l’objectif. Aujourd’hui installé à New York, Thierry Van Biesen est tentaculaire. Son travail est voyages. «Chaque photo a une histoire, confie-t-il, qui germe d’abord dans mon esprit pour prendre forme par la suite dans cette mouvance lumineuse.» Et voyager. Ailleurs.

