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Culture

Des artistes méditerranéens parlent d’exil et de liberté

Marseille capitale culturelle
OLJ
14/02/2013
Une énorme ceinture de chasteté par la Libanaise Lara Baladi, un corps de femme caché par un voile blanc, des portraits d’immigrés: les thèmes de l’émigration, de la mondialisation et de l’identité, mais aussi les espoirs et désillusions du printemps arabe traversent les œuvres exposées à Marseille d’une quarantaine d’artistes originaires du pourtour méditerranéen.
Pour cette exposition «Ici, Ailleurs», proposée jusqu’au 31 mars, la Tunisienne Mouna Karray, 42 ans, a photographié son corps couvert d’un drap blanc. «Je voulais parler d’enfermement, social, politique, intellectuel», dit-elle à l’AFP, de ce travail initié peu avant la révolution du Jasmin.
Cette série «est un acte d’existence: j’existe, même si on ne me voit pas», commente-t-elle, interrogée au lendemain du meurtre de l’opposant au pouvoir islamiste Chokri Belaïd: «J’en suis malade», dit-elle.
«Depuis la révolution, un mouvement artistique underground est en train de naître. L’artiste a compris qu’il a le droit d’occuper la rue, de sortir. Le seul moyen de lutter contre l’obscurité, c’est la culture et l’esprit critique», dit-elle encore.
L’exposition a été organisée dans le cadre de «Marseille, capitale européenne de la culture», dans une ancienne manufacture de tabac, la Belle de mai.
Au dernier étage, montée dans une «tour-panorama» tout juste inaugurée, la Libanaise Lara Baladi a pendu au plafond une énorme ceinture de chasteté de cuir et fer.
La sculpture «renvoie aux événements en Égypte depuis janvier 2011», dit-elle, et «s’élève contre l’interdit, particulièrement la menace pesant sur les libertés des femmes».
Certains artistes sont venus en résidence dans des entreprises de la région. C’est le cas du Palestinien Taysir Batniji, accueilli dans une savonnerie de Salon-de-Provence, et qui rappelle sur 349 savons de Marseille gravés que «toute personne a le droit de circuler librement».
«Le thème du déplacement est récurrent dans mon travail», relève ce natif de Gaza installé à Paris, qui souligne aussi «la fragilité » des choses: il avait déjà inscrit ce message à Genève dans du chocolat, finalement dévoré par le public.
Souvent grave, l’exposition offre un large spectre d’œuvres, mais les points communs sont là : attachement à la mémoire, aux libertés, questions d’identité (culturelle, sexuelle...), ombre de l’actualité...
Et le résultat peut être saisissant: le travail de Hrair Sarkissian, né à Damas et basé à Londres, immortalise, visages dans la pénombre, des descendants d’Arméniens de Turquie convertis à l’islam en 1915. Des tirages grand format impressionnants, portraits sans visage de ces reconvertis dans le secret au christianisme.
Plus loin, Zineb Sedira, née en région parisienne dans une famille algérienne, s’est plongée dans les archives de Marcel Baudelaire qui photographia le port de Marseille, port d’arrivée en France de nombreux étrangers maghrébins et africains, pour en retranscrire la mémoire en vidéo.
Là, la Française Annette Messager montre un bateau ballotté sur un tapis de cheveux (La mer échevelée), démonté par des ventilateurs: une «métaphore de la vie et des incertitudes de la
traversée».
Tous sont «des artistes nomades», explique la commissaire, Juliette Laffon, qui a souhaité «favoriser les projets les plus abordables» pour le public.
La plasticienne Orlan a pour sa part assisté à des cérémonies de remise de titres de citoyenneté à Marseille. «Un moment émouvant», raconte à l’AFP la Française qui photographie ici 24 de ces visages, sur fond de drapeaux mouvants colorant les peaux.

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