« Un moment d’éternité volé à l’histoire ». Photo Michel Sayegh
intacte?»
En allant sur leurs traces, Mouna Bassili Sehnaoui dont le travail n’est plus à présenter, essaye de comprendre le but de leurs visites répétées et les raisons de cet attrait. Ces voyageurs allemands français et anglais comme Bartlett, Eugene Flandrin, A. Gusman, Ch. Wilson ou Edward Zier étaient attirés par la Terre sainte, certes, mais au-delà de cela, «ils ont du être touchés par l’hospitalité et l’esprit d’ouverture qui caractérisent le pays ainsi que par une sérénité et une douceur de vivre», signale Sehnaoui. Ils se sont donc faits les témoins d’un monde encore vierge, pas encore défriché.
Sur les traces des orientalistes
Celle qui s’est frottée à toutes les techniques classiques, après avoir suivi une formation académique dans un institut italien des beaux-arts et qui a exploré l’art graphique et la gravure, s’amuse à s’exprimer en différents langages picturaux. Consciente d’un patrimoine culturel riche qu’on se doit préserver pour les générations futures, l’artiste entreprend ce projet de longue haleine. «Je me suis mise à mûrir le projet en 2005, car quoi de mieux pour moi que la peinture pour répondre à toutes ces interrogations?» Des balades dans la nature, une recherche assidue de gravures portant sur les différentes régions libanaises et des repérages ont permis à l’artiste de faire un saut dans le temps. En aquarelles, gouache (sur papier) ou huile (sur toile) elle traduira ses impressions et amènera à l’œuvre des prédécesseurs un regard nouveau. Pas de nostalgie maussade dans ce travail, mais un tendre et doux désir de ranimer le passé et une volonté féroce de faire revivre ces moments fugaces qui tendent à se faire rares. Les tableaux – plus d’une quarantaine – ne sont pas des cartes postales louant les paysages libanais mais un moment d’éternité volé à l’histoire. Et si certaines aquarelles prises in situ certifient que la nature a été inchangée comme Qadisha, Jbeil ou même la Grotte aux pigeons, Beyrouth apparaît comme violée dans son authenticité. Bye bye Beyrouth, une gouache grise qui fait avoisiner bâtiments agressifs et grues carnassières crevant le ciel, avec les petites maisons en tuiles, n’est-elle pas la traduction d’un monde évanescent, parfois en voie de disparition? «Je voudrais le “fixer”, ne pas le laisser s’échapper», précise Mona Bassili Sehnaoui. Et c’est en toiles non figées mais bien animées que l’artiste assure leur pérennité.
Le ravissement à jamais recommencé
En effet tout comme ces orientalistes étonnés de voir un monde nouveau, l’artiste va à la redécouverte de son pays en y jetant un regard stupéfait, souvent attendri. Pour elle, Baalbeck ne se résume pas aux colonnades, ni au temple de Bacchus, mais représente également le marchand de pastèques rouges ou encore une chambre de l’hôtel Palmyre aux couleurs désuètes.
Épaisseur et couleurs en aplats, aux lignes bien stylisées d’une part pour ces gouaches où les traits dessinent des ombres, mais ouvrent également de petites fenêtres comme des parenthèses de temps. Et d’autre part, transparence pour ces aquarelles «où la nature s’est imposée dans toute sa magnificence, dictant à Sehnaoui ses désirs de pureté et de majesté. Mouna Bassili Sehnaoui raconte des histoires. D’un pays qui respire la douceur de vivre. De jeunes filles ivres de jeunesse «Ça va habibi?» D’une soirée mystique de prières, d’appel à un ciel commun. Sur ses œuvres elle éparpille des symboles: une colombe, un soleil, des fleurs. Comme des cicatrices qu’elle voudrait guérir. Elle ouvre également sur les mêmes espaces des fenêtres, comme des strates de temps. « De nos jours grâce aux médias et au virtuel, nous vivons plusieurs époques et différents lieux à la fois », dit l’artiste. Un besoin d’interpeller l’histoire afin de panser les blessures du présent.
*Galerie Aïda Cherfan (place de l’Étoile) jusqu’au 31 décembre. Tél : 01/983111/222.


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