Rechercher
Rechercher

Culture - Photo

Chaza Charafeddine, miroir de l’insupportable violence

Dans une série d’autoportraits accrochés à la galerie Agial* jusqu’au 15 décembre, Chaza Charafeddine se fait le miroir de la violence. Une « réflexion » pour le moins dérangeante. Mais qui dit que cette violence devrait être confortable ?

Trois études sur un autoportrait signées Chaza Charafeddine et inspirées du travail du peintre Francis Bacon.

Quand l’artiste Chaza Charafeddine entame son projet «The Unbearable Lightness of Witnessing», le cycle de violence venait de commencer en Syrie. Mais les images accumulées d’autres horreurs étaient présentes à son esprit. Nul ne peut supporter autant de mal causé par et sur l’être humain à moins d’être vraiment déshumanisé. «Comment peut-on assister à tellement de violence sans en être affecté ? se demande-t-elle. Le seul moyen d’endurer ceci est de s’imaginer que cela se passe à travers un écran.»
Avant de se lancer dans les arts visuels et la photographie en 2007, Chaza Charafeddine avait poursuivi des études de pédagogie thérapeutique et de danse eurythmique en Allemagne. En 2007, également, elle signe son premier roman Flashback paru aux éditions al-Saqi.
Dans ce qu’elle a appelé un exercice sur l’autoportrait, l’artiste a tenté de reproduire le visage de la violence et plus tard de l’incarner. Certes beaucoup de peintres se sont essayés à le faire auparavant. Après avoir parcouru le travail effectué à différentes époques, la photographe s’est retrouvée littéralement dans l’œuvre de Bacon, lequel, à travers des lambeaux de chair, de viande et ses triptyques de figures distendues, distordues et écorchées, donne une image toute crue de la violence à l’état pur.
«Quand je vais chez le boucher, je suis toujours surpris de ne pas être à la place de l’animal», dit Francis Bacon. C’est à partir de cette pensée du peintre que démarre l’exercice de Charafeddine. Se mettre à la place de la bête écorchée, ouverte, sanguinolente pour penser (et non panser) les plaies. «Lorsque je regarde des blessés, je me mets à tâter les blessures virtuelles qui auraient pu entailler mon corps, dira-t-elle. Celles-ci ne sont probablement pas logées dans l’épiderme ou le derme, mais bien au fond, installées, prêtes à ressurgir.» L’exercice démarrera donc par un essai sur le travail de Bacon («Trois études du portrait de George Dyer et «Étude pour trois têtes») pour prendre par la suite une dimension plus large et plus personnelle. La personne représentée n’est plus «l’autre», mais Charafeddine elle-même qui, grimée, maquillée, se reflète dans des plaques en alu brillantes ou mates. Sous l’objectif du photographe Talal Khoury, elle se positionne en «cobaye» et, jouant avec les aspérités des plaques, recrée sa propre violence. En usant toutefois des références de Bacon, notamment le jeu d’éclairages et les positions de la tête.
«C’est insupportable, pense l’artiste, mais encore plus insupportable de se retrouver impuissant devant autant d’horreur. L’homme est-il ce témoin à la substance si légère au point de ne pas réagir?» Il est donc difficile de se reconnaître dans la glace sous ce masque-là, tout comme l’être se reconnaît à peine quand il est sous la maîtrise de la violence. D’ailleurs, ce déni lui fait souvent dire que la violence est un état bestial alors que les mauvais sentiments qu’il réprime et refoule en lui sont souvent plus puissants et plus nuisibles que le comportement d’un animal. Ce dernier jouit au moins du crédit de tuer pour survivre et se défendre, contrairement à l’homme qui assassine par plaisir.
Comme synonyme à «carnage», le dictionnaire offre plusieurs options: conflit, guerre, hostilités. La souffrance, la haine, les antagonismes se trouvent donc dans la chair. Chaza Charafeddine l’aura très bien compris.

*Agial (rue Abdel Aziz), jusqu’au 15 décembre. Tél. : 01/345213.
Quand l’artiste Chaza Charafeddine entame son projet «The Unbearable Lightness of Witnessing», le cycle de violence venait de commencer en Syrie. Mais les images accumulées d’autres horreurs étaient présentes à son esprit. Nul ne peut supporter autant de mal causé par et sur l’être humain à moins d’être vraiment déshumanisé. «Comment peut-on assister à tellement de violence sans en être affecté ? se demande-t-elle. Le seul moyen d’endurer ceci est de s’imaginer que cela se passe à travers un écran.» Avant de se lancer dans les arts visuels et la photographie en 2007, Chaza Charafeddine avait poursuivi des études de pédagogie thérapeutique et de danse eurythmique en Allemagne. En 2007, également, elle signe son premier roman Flashback paru aux éditions al-Saqi. Dans ce qu’elle a appelé un exercice...
commentaires (0) Commenter

Commentaires (0)

Retour en haut